ÉLÈVE ET ACTEUR
peint mieux que toutes les phrases son humeur batailleuse et son caractère entreprenant. Trente ans plus tard, le régent de Bourges, devenu supérieur dans la Nouvelle-France, écrira au prince de Condé pour solliciter un secours en faveur de la colonie, secours consistant dans Tenvoi contre les Iroquois d'un régiment laissé libre par la paix des Pyrénées \
La correspondance de Henri II de Bourbon-Condé, père de l'écolier, ne jette que des lueurs sur ces commencements. Les renseignements ^gues ou les brèves allusions qu'on y rencontre sont comme perdus au milieu des instructions tout administratives que M. le Prince, en sa qualité de gouverneur et lieutenant-général pour Sa Majesté au pays et duché de Berry, adresse à Grasset, son fidèle lieutenant dans la Grosse- Tour de Bourges, dont lui-même était le capitaine. Ce qu'ils nous révèlent, c'est une sollicitude paternelle, à la fois vive et constante, inquiète et impérieuse. De Dijon, siège de son gouvernement de Bourgogne, il écrivait à Grasset, le 29 janvier 1630 : « S'il vient quelqu'un par deçà, que l'on me mande des nouvelles de la santé de mon fils et de ses estudes ^ "%
Le carême se passe, puis la fête de Pâques, sans que le Prince soit de retour à Bourges. Comme il s'était intéressé l'hiver au travail du jeune élève de quatrième, il s'occupe maintenant de ses divertissements. Le 1 7 avril, il lui envoie, de son château de Valery-en-Gâiinais, l'autorisation d'assister à un banquet : € Si M^ de la Magdelaine fait son festin de doien, je trouve bon que mon fils y aille ; je crois pourtant qu'il retardera jusqu'à mon arrivée ^ »
Ces derniers mots laissent assez entendre que M. le Prince parlait ici en gouverneur plutôt qu'en père, et seulement pour se donner un représentant officiel.
Louis de Bourbon devait entrer ainsi de bonne heure dans la vie publique, et c'est un curieux spectacle de voir cet enfant, si sévèrement tenu dans sa vie privée, si assujetti dans sa vie scolaire, agir parfois en mattre et trancher en prince. A-t-il frappé un acte de vigueur,M. le Prince l'en félicite. « Mon fils, écrit-il, a fort bien fait pour Contremois. Je lui apprendray à se mesler de ses affaires, si je peux estre de retour. Que Ton en use de mesme à l'endroit de tous ceux qui vouldroient intimider les juges ^ > (23 avril.)
L'année se termina au mieux. Le 1 2 août, M. le Prince réclame à
1. Papiers de Condé^ série P, t. XXV, fol. 157. Québec, 12 octobre 1661. Paul Ragueneau naquit à Paris en 1608, fut reçu dans la Compagnie en 1626, s'embarqua pour l'Amérique en 1636, et prononça ses derniers vœux le 18 septembre 1644, chez les Hurons. Rappelé en France, après vingt-cinq ans de travaux et de souffrances, il géra, comme procureur, les intérêts de sa mission, et mourut à Paris le 3 septembre 1680. Voir la liste de ses ouvrages, tous relatifs au Canada, tels que mémoires et relations, dans la Bibliothèque des écrivains de la Compajznie de Jésus^ parles PP. de Backer et Sommervogel, t. III, éd. m-fol. — Un membre de la famille Ragueneau était attaché à la maison de Condé. Cf. Papiers de Condé^ série P, t LXVI, fol. 430, s. d.
2. Papiers de Condéy série O, t. I, Dossier de la Grosse^Tour de Bourges^ fol. 18.