‹ Trois éducations princières au dix-septième siécleChapitre 44 sur 181 · STAGE EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

STAGE EN BOURGOGNE

€ Le 29 (janvier) arriva en cette ville le Duc d'Anguien, fils a!né du Prince de Condé, pour faire sa première révérence au Roy \ » La Gazette annonça ainsi la venue de M. le Duc à Paris, et sa présentation à Louis XI IL M. le Prince et M^^^ la Princesse étaient déjà à la cour. Louis de Bourbon n'oublia point, au milieu d'un monde si nouveau pour lui, ses habitudes chrétiennes et ses devoirs envers Dieu. Pouvait-il laisser passer, sans faire ses dévotions, cette fête de la « Purification Notre-Dame » qui lui rappelait la Patronne de sa congrégation de Bourges } Du château de Saint-Maur où il se trouvait avec son élève, le P. Pelletier écrivit Tavant-veille : € Il désireroit se confesser au Père Boucher, à cause qu'il n'en cognoist pas d'autres, et qu'il a plus de confiance en luy qu'en qui que ce soit. Si V. A. l'agrée, je prieray ledit Père de venir icy samedy matin ^ > En s'y rendant du collège de Clermont, le P. Claude Boucher, tout à la joie de revoir son écolier de logique et physique à Sainte-Marie, ne pouvait guère songer que de ce même palais partirait l'étincelle qui ferait éclater la Fronde, et que dans le .noir donjon de Vincennes, voisin de l'élégant Saint-Maur de Philibert de Lorme, Louis de Bourbon, jeté au cachot comme prisonnier d'Etat, n'aurait aucune démarche plus pressée que de redemander son même confesseur et pour ce même jour de la Chandeleur 3.

Au sortir de Montrond, dit Lenet, « le prince son père luy fit faire un petit voiage en Bourgongne pour le deslasser de tant d'application qu'il avoit eu à de différentes estudes * i^. Ce voyage n'eut lieu en réalité qu'au retour de Paris. Mais pourquoi rendre déjà à la vie provinciale le jeune homme accompli, si bien fait pour être admiré de la cour et de la ville ? Sans doute pour ne pas lui laisser perdre, dans une atmosphère de flatterie et de frivolité, des vertus encore frêles. Une pensée politique devait se joindre à cette considération morale. Henri II faisait reposer sur son fils l'agrandissement de la maison de Condé, et, avec sa haute raison éclairée par l'expérience, il se rendait compte que la première condition pour acquérir de l'influence dans une contrée est d'y résider. Le duc d'Enghien était depuis longtemps populaire dans le Berry ; la Bourgogne à son tour ne verrait point ce jeune prince, à l'éducation presque achevée, sans se prendre pour lui de sympathie et lui vouer son espérance. Les peuples, comme les individus, aiment toujours ceux qu'ils ont aimés enfants.

La première ville importante du duché où il s'arrêta fut Auxerre. D'après un historien de la ville, « le 14 février (1636), toute la milice bourgeoise, et soixante jeunes gens organisés en cavalerie, allèrent jusqu'à Nangis, au-devant de M. le Duc d'Enghien. Les autorités le

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