M. Jongleux, p
8. Voir ce plan aux Archives du Cher, D. T} : Lhonographie ou plan du collège de Bourges faict au commencement de Mars^ tan yd/j, pat Estienne Afartellange.
KNTRÉB A SAINT£-MARIE. 13
plus à propos, et ce dans deux ans ou plutôt si faire se peut ; auquel logis nouveau ou autre lieu commode dans l'enceinte dudit collège, ils seront tenus de loger Mgr le duc d'Anghien et autres enfans de Monseigneur le Prince, si aucuns en naissent ; tant qu'il plaira à Monseigneur le Prince les tenir audit coll^^ pour y estudier, et à cest effet leur fournir un appartement honneste et convenable '. >
Tandis que ces affaires tiraient en longueur, M. le Duc n'avait cessé depuis son baptême (5 mai 1626) de continuer sa première éducation, celle que l'on pourrait appeler l'éducation du dehors. Ceux qui avaient été les maîtres de la veille le furent aussi du lendemain. Un vieux récit, imprimé mais peu connu, le De vitâ, moribtis, et operibus R. P. Stephani de Champs, nous fournit sur cette période obscure des détails précis. € Louis, duc d'Enghien, dit l'auteur de cette biographie, était alors dans sa cinquième année. Son étonnante facilité et son intelligence supérieure le mettaient fort au-dessus de son âge et lui permettaient déjà d'étudier. Deux de nos Pères lui furent donnés pour répétiteurs. Ils lui enseignèrent à lire et à écrire, avec les premiers rudiments du latin. Pendant trois ans l'enfant reçut ces leçons particulières, grâce auxquelles il apprit vite et bien *. >
En attendant qu'il entrât à Sainte-Marie, M. le Duc avait pris son logement tout auprès. Il était descendu à Jacques- Cœur.
Ce vieil hôtel valait bien le collège neuf qu'on lui préparait.
Quelle merveilleuse chapelle pour élever à Dieu le cœur d'un enfant, que l'oratoire, haut et svelte, éclairé par ses larges baies et décoré à la voûte par ses admirables anges ! En longue robe blanche bouillonnant à flots sur leurs pieds, ils s'élancent ou planent deux à deux et déroulent leurs gracieux phylactères. Leurs visages blancs et suaves, sous la croix d'or au front, sont encadrés par des chevelures d'un blond ardent. Seuls des artistes italiens avaient été capables, au milieu du quinzième siècle, d'esquisser ces figures aux lignes idéales mais vivantes, de mouvoir dans un étroit espace ces membres fuyants et souples, ces vêtements aux contours libres et ondoyants.
Et, par un piquant contraste, quel promenoir plus gai pour les ébats du jeune Duc, que la galerie précédant l'oratoire ! Si le Petit Chaperon rouge lui avait été conté, il devait prendre un plaisir extrême à en retrouver les scènes naïves à travers les rinceaux de la frise. Les deux cheminées lui offraient, sur leur manteau historié, des sujets non moins récréatifs. A l'un, c'est Jacques Cœur lui-même, en haut-relief, jouant aux échecs avec sa femme, Macée de Léopard ; au-dessus, des paysans montés à âne courent un tournoi bouffon. L'autre manteau a la forme
1. Voir pour plus amples détails la revue des Etudes^ 15 janvier 1894, où ce travail a conimencé de paraître. Nous y renvoyons les lecteurs curieux de rindicaiion plus suivie et plus abondante des sources.
2. De Vita, moribus^ et operibus R, P. Stephani de Champs^ S, /., en tête du Stephani Dichamps Biturici, de Hieresi janseniana, libri très. Nous citons d'après la 5' édition, 1728, n-lol., donnée par le P. Souciet, auteur de la notice biographique.
d'une forteresse ; pas un créneau nî un mâchicoulis qui ne protège son archer, jetant un projectile.
Autant de pièces, autant de changements de décor, suivant Taffectation. L'escalier de la chapelle représente les préparatifs du culte ; celui de la cour d'honneur, des chambrières réglant leurs différends à coups de balai. A chaque encognure, le ciseau humoristique de l'artiste a confié quelque caprice imprévu. Sur chaque paroi, la main du magnifique argentier lui-même semble avoir gravé la mâle devise, secret de son immense fortune : A vaillans cuers, riens impossible. Ce mot, qui sent plus l'homme de guerre que l'homme de finance, ne s'est- il pas gravé inconsciemment dans l'esprit du duc d'Enghien ?
Or, de ce palais original, chef-d'œuvre de l'architecture civile, M. le Duc n'avait qu'une rue à suivre pour se rendre dans un groupe de bâtiments moitié monastiques, moitié scolaires, le vieux collège Sainte- Marie, fondé en 1504 par Jeanne de France, — sainte Jeanne de Valois, — « en l'honneur des dix vertus et plaisirs de la Vierge Marie ' >, afin que dix pauvres écoliers y fussent établis '.
Il n'y venait encore qu'en amateur, non en élève. Sa joie était de lier connaissance avec l'élite des enfants de qualité et de talent qui s'y pressaient, d'honorer par sa présence les séances littéraires ou concertations ^ et d'animer les jeux ^
Enfin le jour de l'entrée définitive à Sainte-Marie arriva. Ce fut le 2 janvier 1630. Le nouveau collège n'étant pas encore achevé, M. le Duc resta à Jacques- Cœur.
Les constructions d'alors, telles qu'elles figurent en partie sur le plan général projeté en 1634 ^ sont encore aujourd'hui debout. Régulières et froides, accessibles à l'air et à la lumière, distinguées de style malgré leur correcte uniformité, elles forment le lycée, — qui ne s'appelle pas lycée Condé. On n'en a démoli que la chapelle, remplacée par une salle d'exercices et des dortoirs. Un philanthrope du siècle dernier, Sigaud de Lafond, est l'auteur de cette transformation utilitaire. Plus récemment, sous prétexte de réparation, on a rasé le clocher du pavillon central et dépendu la cloche.
Cependant l'héritier présomptif de la couronne, égoïsme à part, devait être flatté à la pensée que le collège royal Sainte-Marie, ainsi appelé parce que fondé par une fille de France ^ se reconstruisait grâce
\. Histoire du Berry^^zx Thaumas de la Thaumassière. Bourges, 1699. In-fol, p. 128 et suivantes.
2 . Voir le plan très compliqué de ces anciennes constructions, augmentées, dans le cours des années, du prieuré de la Comtal, etc., aux Archives du Cher, sous ce titre : Ichonographie ou plan du collège de Bourses ^ comme il se treuue le 7 mars 1615. D. 77.