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Il n'en fut rien ; et naturellement le cérémonial eut le même sort que le bréviaire dont il était le complément. Ce fut avec la suppression du bréviaire gallican la mort de son .rite imagé et le renvoi de ces liturges laïques que Ton désignait alors sous le nom de « chapiers ou d'indus ». Ils disparurent et l'orgueil sacerdotal auquel, si bon qu'ir puisse être, nul prêtre n'échappe, y trouva son compte.
Comment expliquer alors que Saint-Merry ait pu garder ce vestige d'un rituel périmé qui survécut d'ailleurs, pendant quelque temps encore, mais plus effacé, dans d'autres églises du même archidiaconé, telles que Saint- Nicolasdes-Champs et Sainte-Elisabeth, pour en citer deux? Je ne sais. Il y eut, sans doute, jadis à Saint-Merry comme à Saint-Thomas d'Aquin où les chapiers n'existent plus, mais où Ton chante encore, pendant la Semaine Sainte, l'an-
tique prose de Tancien Parisien « LeLanguentibus in purgatorio » un cuté, épris des doctrines gallicanes, et qui sauva, de sa propre autorité, quelques débris des coutumes usitées <ians son église. Et par désir de ne rien innover, par crainte de mécontenter les paroissiens, par ignorance peut-être, leurs successeurs ont laissé les choses en l'état et nous en profitons. Mais en quoi consiste, au juste, le rôle réservé, dans. leur sanctuaire, aux clercs de Saint- Merry? Ils font office d'acolytes, de thuriféraires, de cérémoniaires ; ils remplissent les fonctions de diacres d'honneur aux grandsmesses; ils arborent donc la chape et quand ^ils n'officient pas, ils revêtent dans le chœur la soutane vermillon, la grande aube blanche et la ceinture cerise.
Leur but, déclarent les statuts de l'œuvre, est « de contribuer à la gloire de Dieu et aux
pompes du culte divin : 1° par Texactitude à assister aux offices, 2° par la bonne tenue, le recueillement et la piété au chœur ».
Et l'article III prescrit : h Les clercs s'engagent à exécuter de leur mieux toute^ les cérémonies qu'ils seront ipvités à faire par le Maître des cérémonies ».
Ils s'acquittent de leur tâche, avec conscience et l'on peut, -en .toute vérité le dire, leur présence à Saint-Merry est un vrai stimulant de zèle, un réconfort.
Voulant me rendre compte, par moi-même, de la façon dont ils pratiquaient l'office, je me suis rendu, le jour de 'la fête du Saint-Sacrement, à la grand'messe. J'y allai, je l'avoue, prévenu ; je pensais que des hommes à moustaches, habillés en enfants de chœur et affublés d'ornements d'église, seraient très ridicules. Je me trompais ; ces gens, qui n'avaient pas du
tout les faces en fuite des bigots, portaient leur costume avec aisance et, très au . courant de leur métier, ils évoluaient avec une ferveur à la fois mâle et touchante.
Quand Taspersion eut lieu, le prêtre, le goupillon en main, traversa toute la nef; les deux chapiers qiai soutenaient'sa dalmatique pour lui permettre de lever le bras, étaient deux clercs de l'œuvre; l'un, âgé d'une soixantaine d'années, avait une physionomie intelligente et bonhomme, avec des. traits un peu épaissis et une moustache grise; l'autre, plus jeune, et très grand, figurait assez bien un reître de la Renaissance, avec ses cheveux débordant en boucles sur le front, son nez busqué et sa moustache rousse. Vêtus de grandes chapes d'or, ils manœuvraient sans aucune gêne, comme aussi sans aucune pose, dans l'allée enserrée par des rangs de chaises, très attentifs à éviter tout faux pas au
célébrant; puis, lorsque la messe commença, ils se tinrent derrière le diacre et le sous-diacre prêtres, remplissant leur devoir deliturges, avec une précision et un respect que dans d'autres églises, certains membres du clergé ignorent,
Elle était vraiment louable cette grand' messe. On y chanta, en plain-chant,. l'Introït, le Kyrie Eleison, le Gloria, le Lauda Sion, le Credo, le Sanctus et l'Agnus Dei ; malheureusement, ici, de même que dans beaucoup de sanctuaires de Paris, l'on escamota le Graduel, l'Offertoire et la Communion, plus difficiles à chanter ; mais enfin il n'y eut pas de pétarades musicales modernes ; grâces en soient rendues au maître de chapelle et au curé !
Et ce que l'on pouvaitse croire, loin de Paris, dans cette vieille église de la rue Saint-Martin, peuplée de petits négociants dont la piété était simple et réelle !
SAINt-MERRY I4S
Si les temps étaient, pour l'Eglise de France, moins durs, Ton souhaiterait que des œuvres pareilles à celles des clercs de Saint-Merry fussent fondées dans chaque paroisse, afin de rehausser la solennité du culte et d'intéresser le peuple aux offices, en l'admettant à y prendre part ; mais, même à des époques plus propices, les clercs de Saint-Merry ont eut bien du mal à conserver leur existence, car, en 1900, l'Archidiacre de Notre-Dame, sous la juridiction duquel est placé Saint-Merry, avait résolu de les supprimer.
Celui-là pensait sans doute, comme tous ses confrères, que les laïques ne peuvent être autre chose qu'un bétail parqué dans l'étable d'une nef.
Ils furent s.luvés par la mort de ce personnage qui trépassa avant d'avoir pu mettre son
projet à exécution ; et le 26 novembre 1905,
les clercs ont célébré, glorieusement, par une cérémonie magnifique, dans leur église, leur centenaire — non le centenaire de leur création dont on ne connaît pas la date — mais celui de leur réorganisation qui fut effectuée par le curé Fabrègue, en 1805.