‹ Trois femmesChapitre 18 sur 53 · LA NOVICE · texte numérisé non relu

LA NOVICE

N'est-il pas dans le ciel de Toix qui le réclame? (Hugo.)

L'hymne meurt, tout se tait, et l'encens s'évapore!.. Une épouse de Dieu seule ici reste encore , Priant pour nos forfaits , que ses pleurs vont payer ; Et moi , dont la présence a profané ce temple , Sur le mur appuyé , tremblant je la contemple !... Est-il donc si beau de prier ?

De ce voile jaloux quelle main t'a couverte? Ah ! laisse-moi te voir ! sur ta bouche entr'ouverte Laisse-moi deviner ces mots qui vont à Dieu , Laisse voir si le ciel respire dans tes charmes , Si dans tes yeux d'azur, au travers de tes larmes , Brille quelque céleste feu !

Je veux , penché vers toi , prosterné sur la pierre , Écouter à l'écart ton ardente prière.

Parle , oh ! parle d'amour à ton céleste époux ; i)ue j'entende une fois des lèvres d'une femme Tomber un de ces mots qui seuls sont tout une âme , Et qu'on écoute à deux genoux.

Mais qu'est-ce donc, hélas? comme moi tu soupires, Loin d'un monde orageux vainement tu respires , Le passé te poursuit sous ces paisibles toits, Un souvenir s'éveille on ton âme pensive , Et du saint chapelet la boule fugitive

Keslc immobile sous tes doigts.

RÊVES POÉTIQUES. Ht

Quel penser vient ainsi d'arrêter ta prière? Aurais- tu donc laissé ton. âme sur la terre? Quand le sort sur ton front jeta ce voile blanc , Du cloître solitaire as-tu senti le vide? Était-il des plaisirs , dans ce monde perfide , Que tu pleuras en le quittant?

N'était-il point quelqu'un dont la marche connue Réveillait un transport dans ton âme ingénue , Qu'en tremblant près de toi tu vis souvent s'asseoir? N'aimais-tu pas un nom que répétait ta mère ? Pour quelqu'un que jamais ne nomma ta prière Ne priais-tu pas chaque soir?

Ah! si de tels pensers ta paix est poursuivie, Si dans tes jours passés tu vois toute ta vie , l'u cherches vainement un remède à tes maux ! Courbe plus bas ton front, innocente colombe... Plus bas encor, plus près , plus près de cette tombe : C'est là qu'on trouve le repos !

Comme la tienne aussi l'amour brisa mon âme , Je brûlai , mais jamais le souris d'une femme Ne promit à mes jours l'aurore du bonheur. J'attends encore en vain un œil qui me comprenne, Une main qui se sente heureuse dans la mienne , Un cœur qui réchauffe mon cœur !

Eh bien ! si tu voulais , loin de ce sanctuaire , Ensemble nous irions cacher notre misère, J'oublîrais mes tourments pour charmer ta douleur; Je poserais ma main sur ta paupière humide , Je serais ton ami , ton protecteur, ton guide , Et toi... toi tu serais ma sœur.

Quelquefois, réveillant une ancienne souffrance, Tu me dirais comment l'ami de ton enfance S'est enfui loin de toi pour de nouveaux amours , Et moi , mêlant alors mes larmes d'un sourire, Penché sur tes genoux , je semblerais te dire : a Ton frère restera toujours. »

RÊVES POÉTIQUES. lia

Là, souvent du passé nous redirons les rêves, Souvent... Mais quoi! déjà, jeune ange, tu te lèves! Ce bruit ? ah ! c'est l'appel de la cloche du soir. Du signe rédempteur te marquant en silence , Tu disparais... Ainsi dans ma triste existence Ont fui tous mes songes d'espoir !

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