SENTIMENT ET VERITE
« Le résultat des opérations de ce cœur-prodige lui parut si parfait » (Page 23).
On ne conteste pas que le sentiment n'ajoute de la force aux tableaux de l'histoire. 11 colore, vivifie, fortifie la vue des faits; par là il la rend plus distincte et plus claire. Mais c'est une clarté qui naît de l'historien, non des choses ; elle peut causer des erreurs.
Un exemple. Michelet est liorrible dans ses descriptions de supplices. Mais l'horreur qu'il nous communique est celle qu'il eût éprouvée si, avec ses nerfs du xixe siècle, il eût été présent à ces spectacles du xive ou du XVIe. Or rien n'est plus variable que le sentir. Depuis un siècle environ, tandis que décroissait l'intelligence nationale, il est certain que la sensibilité ht chez nous d'inquiétants progrès : bien qu'aimant la plnsiologie en histoire, Michelet néglige sans cesse cette vérité historique et physiologique, plus importante que la fistule de fouis XIV ou le mal de François 1 "'!... Ses peintures tiennent donc à nos nerfs un langage que ne tenait poinl La réalité aux nerfs <!<•* gens dont il s'occupe. Qued'anachroiiismes il en lire et, de ces anachronismes, que de folies!
M. Funck-Brentano a comparé la Jeanne d'Arc de Miclielet aux études précises faites sur le même sujet par Siméon Luco. Le morceau, si vanté, a beaucoup perdu de son prix. Il serait curieux de montrer comment la plupart des erreurs de cette idvlle nous arrivent tout droit du cœur de Michelet.