‹ Trois idées politiquesChapitre 23 sur 25 · RENCONTRE DES ATHEES ET DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

RENCONTRE DES ATHEES ET DES CATHOLIQUES

(i ...les Jésuites de 1 857 , lorsqu'un ami d'Auguste Comte vint leur offrir l'alliance positiviste. »

(Page 43).

Le projet de liguer les athées et les catholiques n'est pas une imagination de M. Brunetière, comme on le répète souvent.

La dernière année de sa vie (1857), Auguste Comte députa l'un de ces disciples, Alfred Sabatier, au Gesu de Rome pour y négocier, avec le R. P. Beckx, une alliance entre le positivisme et l'Institut des Jésuites contre le déisme, le protestantisme et les autres formes de l'anarchie moderne « qui entretiennent la société dans un état permanent de fermentation ».

Le Français fut reçu par un dignitaire de l'Ordre, qui, dès les premiers mots, perdit le sens de l'entretien, car il prenait Auguste Comte pour Charles Comte, l'économiste. Les interlocuteurs se séparèrent, sans avoir eu contact, sur ces mots d'Alfred Sabatier : « Quand les orages politiques de l'avenir manifesteront toute l'intensité de la crise moderne, vous trouverez les jeunes positivistes |uèls ;'i se faire tuer pour vous

comme vous êtes prêts à vous laisser massacrer pour Dieu. » Les choses ont marché depuis 1807. Du côté des Jésuites, mieux renseignés, est sorti un excellent analyste du positivisme : l'Autrichien Gruber1. D'autre part, « ces orages politiques de l'avenir » dont parlait Alfred Sabatier, sont devenus comme présents, et la crise intellectuelle semble plus l'or te de jour en jour. Celle-ci aura bientôt fait de déclasser les « libres penseurs » et les « incroyants », pour les répartir en esprits anarchiques et en esprits politiques, en barbares et en citoyens. Commentant la démarche de Comte et de Sabatier, le D'Audi lire nd écrivait, il y a peu d'années: « Le positivisme invite ceux qui ne croient plus en Dieu et qui veulent travaillera la régénération de leur espèce à se faire positivistes, et il engage ceux qui y croient à redevenir catholiques2. » « Athées i) positivistes et catholiques théologiens ont là-dessus, au temporel comme au spirituel, de profonds intérêts communs, les intérêts de la tradition et du monde civilisé, mc-

1. Un agrégé de philosophie, M. Georges humas, a résumé l'entretien du positiviste et du jésuite dans un article ironique et malicieux île la Revue de Paris (i*r octobre 1898). Mais, bien qu'il ait conduit la suite de son histoire fort au delà de la mort de Comte, il s'est gardé de souiller mot des travaux du Père lîruher. M. (îeorges Dumas veut évidemment insister sur les différences du systi atholique et du positivisme; il néglige les ressemblances. Or, si les premières sonl claires, elles sont d'ordre métaphysique et ne s'imposent poinl en un s|ijei de politique toute pure ; au lieu que I. » secondes, d une égale clarté, sont ici d'intérèl capital. J'ai résumé ces ressemblances, ces sympathies, ces affinités, au cours d'une polémique avet M Georges Renard, de la Lanterne, dans /.,< Qazette de France des 11 et ■:.'{ juillet el 1 5 août 1 898

1. C'esl d'ailleurs, à peine modifiée pour les termes, la formule dont so servait Auguste Comte dans une lettre à John Metcalf, en i856

11 // (.mi maintenant presser tous ceux oui croient en Dieu de revenir nu catholicisme, au nom de la raison el de la morale; tandis que, nu mime titre, tous qui n'y croient pas doivent devenir positivistes. 4

nacés d'une dilapidation soudaine ou même temps que d'une dégénérescence insensible. S'ils se distribuaient entre ces deux systèmes, l'un et l'autre énergiquement ordonnés, les défenseurs du genre humain auraient vite raison de leur adversaire, l'esprit de l'anarchie mystique. C'est contre cet esprit, ennemi-né des groupements nationaux aussi bien que des combinaisons rationnelles, que les deux Frances peuvent se réunir encore. Si elles ne parviennent à tomber d'accord de ce qui est vrai, il leur reste à s'entendre sur le bon et l'utile. Je ne prétends point que cela arrive nécessairement ; mais si cela n'arrive pas, nous sommes perdus.

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