‹ Trois idées politiquesChapitre 4 sur 25 · CHATEAUBRIAND OU L ANARCHIE · texte numérisé non relu

CHATEAUBRIAND OU L ANARCHIE

deviennent aussitôt faciles et même agréables1. Il intrigue, voyage, publie des déclarations. « Madame, votre fils est mon roi! » La mort de Napoléon II lui donne un grand coup d'espérance : si le duc de Bordeaux, lui aussi...? Mais le duc de Bordeaux grandit. Cette douceur est refusée à M. de Chateaubriand de chanter le grand air au service du dernier roi : il se console en regardant le dernier trône mis en morceaux.

La monarchie légitime a cessé de vivre, tel est le sujet ordinaire de ses méditations; l'évidence de cette vérité provisoire lui rend la sécurité; mais toutefois, de temps à autre, il se transporte à la sépulture royale, lève le drap et palpe les beaux membres inanimés; pour les mieux préserver de reviviscences possibles, cet ancien soldat de Condé les accable de bénédictions acérées et d'éloges perfides, pareils à des coups de stylet.

Ceci csl littéral. \ ses façons de craindre la démagogie, le socialisme, la République européenne, on se rond compte qu'il les appelle de tous ses vœux. Prévoir certains fléaux, les prévoir en publie, de ce ton sarcastiijuc, amer ci dégagé, équivaut à les préparer.

Assurément, ce noble esprit, si supérieur ;i l'intelli gencedes Hugo, des Michelel el des autres romantiques,

i . Voii la note V.

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ne se figurait pas le nouveau régime sans quelque horreur. Mais il aimait l'horreur : je voudrais oser dire qu'il y goûtait, à la manière de Néron et de Sade, la joie de se faire un peu mal, associée à des plaisirs plus pénétrants.

Son goût des malheurs historiques fut bien servi jusqu'à la fin. Il mourut dans les délices du désespoir; le canon des journées de Juin s'éteignait à peine. Il avait entendu la fusillade de Février. Le nécrologue des théocraties et des monarchies, qui tenait un registre des empereurs, des papes, des rois et des grands personnages saisis devant lui par la disgrâce ou la mort, n'entonna point le cantique de Siméon sans avoir mis mu ses tablettes l'exil des Orléans et la chute de Lamartine.

Race de naufrageurs et de faiseurs d'épaves, oiseau rapace et solitaire, amateur de charniers, Chateaubriand n'a jamais cherché, dans la mort et dans le passé, le tnmsmissible, le fécond, le traditionnel, l'éternel : mais le passé, comme passé, et la mort, comme mort, furent ses uniques plaisirs. Loin de rien conserver, il fit au besoin des dégâts, afin de se donner de plus sûrs motifs de regrets. En toutes choses, il ne vit que leur force de l'émouvoir, c'est-à-dire lui-même. À la cour, dans les camps, dans les charges publiques comme dans ses

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