E. MINORET
DE
On n'écrit que pour convaincre et, quand on écrit sur l'histoire, on doit se préoccuper non seulement d'être juste, mais de le paraître. Aussi, en pensant à l'ignorance et aux préjugés qui maîtrisent et obscurcissent un si grand nombre d'esprits, on se demande s'il n'est pas besoin d'apologie pour parler sans mépris de Louis XIV.
Désunis, désagrégés, mêlés comme la poussière, nous voyons les croyances communes affaiblies, les liens particuliers relâchés , le patriotisme qui s'en va mourant, et le lien
social, tressé de ces fibres usées, près de se rompre. On adresse des invocations ardentes, désespérées, à la solidarité humaine, et jamais cette solidarité ne fut moins comprise. On rêve de saisir l'humanité tout entière dans un embrassement stérile, tandis que le dévouement à la Patrie, cette humanité restreinte, sera une œuvre suffisante pour longtemps encore.
Dans la Patrie, la solidarité est le dévouement aux vivants, la longue prévoyance pour les descendants, la reconnaissance et le respect pour les ancêtres; reconnaissance, respect, sentiments surannés qui répugnent à notre scepticisme, à notre indépendance.
Pour juger équitablement le règne le plus long de notre histoire, il faut d'abord essayer de comprendre le Roi. Quelques-uns seront étonnés de rencontrer en lui un grand patriote — le mot existait de son temps — et de voir planer sur tous ses desseins, sur toutes ses entreprises, l'image de la France. Maître du plus beau royaune, après le royaume des Dieux, son orgueil est incommensurable. L'Etat, c'est
vraiment Lui, ainsi que tous et lui-même en ont l'inébranlable foi. Il s'identifie avec la France et, quoi qu'il fasse, il croit toujours le faire pour sa prospérité, pour sa gloire. Il me plaît de parler de ce roi, de qui l'ambition s'est efforcée infatigablement de recompléter la Patrie. Il nous avait laissé Metz et Strasbourg, et aujourd'hui la terre que gardent les ombres de Fabert, de Ney, de Hoche, Marceau, Kléber, ne nous appartient plus (1).
1643. — Rocroy fut le don de joyeux avènement au règne nouveau. Mazarin, après avoir consacré dix-huit années à cette éducation royale, laissa le gouvernement à Louis XIV;
(1) Un homme, qui a eu le pouvoir de transformer ses rêveries en résolutions politiques, a cru que nous étions de race et de nationalité latines. C'a été une déplorable erreur. Au commencement de notre histoire, toute la terre entre l'Océan et le R.hin était celtique et gauloise, teintée sur les bords de civilisation latine et de barbarie germanique. Le fait est que nous ne sommes pas plus Latins que les Prussiens ne sont Allemands. Auguste comptait soixante cités gauloises qui occupaient toute la rive gauche du Rhin jusqu'à son embouchure. Voilà ce qu'enseignent les Latins qui, sur ce point, sont nds maîtres à tous. Les prétentions contraires n'y peuvent rien. Il faut lire Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, H, pp. 428, 448, 501, pour savoir ce qu'il nous est défendu d'ignorer.
à scs héritiers, personne ne l'ignore, des biens immenses, et à la France, ce dont on ne se souvient pas assez, les Trois-Evèchés, contestés jusqu'alors, le Roussillon, l'Artois, une partie de la Flandre, et il put dire, avec un légitime orgueil, qu'il avait le cœur plus français que la langue. On suit avec émotion les pas du jeune roi, recueillant les fruits des longs desseins de son aïeul et du grand ministre de son père, desseins respectés, poursuivis par Mazarin. La paix de Nimègue, qui nous assura la Franche-Comté, la Lorraine, Saint-Omer, Cambrai, Valenciennes, marqua l'apogée du prestige et de la puissance de Louis XIV.
1680. — Le règne a quarante ans. Turenne est mort; Condé, retiré à Chantilly. Colbert disparaîtra bientôt et, avec lui, l'esprit d'ordre, de mesure, de politique humaine et de progrès pacifique, compatibles avec les prodigalités de la magnificence et de la guerre. Peu d'années encore, et Louvois, qui est entré aux affaires en même temps que le Roi, et qui a le même âge, emportera (4691) l'esprit de ressources et la volonté implacable qui font réussir les entre-
prises guerrières. La fortune du Roi a été, jusque-là, servie par des hommes de génie, qu'il avait eu le mérite de choisir, sinon de former, comme il le croyait.
Après Louvois, il ne voulut plus de ministre nécessaire. Il avait toujours eu l'œil et la main aux affaires; il travaillera plus encore. Mais quelqu'appliqué qu'il soit, quelque connaissance des ressources, quelqu'expérience qu'il ait acquises, un homme ne peut faire seul mouvoir une si énorme machine. Il sera encore obéi, mais non secondé, par des commis sans génie et trop asservis.
Louis XIV n'aura jamais, comme on l'eut à Rome, le vertige, la folie de la toute-puissance; mais il perdra la perception exacte et mesurée des choses. Porté jusqu'alors par la confiance publique, encouragé par le silence, il ne saura pas se borner; il continuera de croire la France inépuisable, invincible, et les résolutions extravagantes défieront la fidélité de la fortune. Voilà que les ressources sont taries; les moyens excessifs ne suffisent pas à remplir le Trésor ; la misère se répand et atteint toutes les clas-
ses; l'admiration se change, à l'intérieur, en une stupeur mêlée d'appréhensions vagues; à l'étranger, en une terreur mêlée de colère.
La grande faute est commise, la faute non encore expiée, la faute irréparable, la révocation de redit de Nantes. De ce coup, quinze cent mille parmi les plus pacifiques, les plus industrieux, les plus fidèles, sont frappés, et une part du cœur de la France est jetée hors de France. Les Stuart chassés, le Roi. par une désastreuse politique sentimentale, recueille cet incommode fardeau et l'Angleterre se donne à Guillaume d'Orange, notre plus habile, notre inexorable ennemi, l'âme de la coalition européenne. Schomberg, Ruvigni, à la tête des réfugiés français, vont nous faire reculer à la Boyne et c'est avec eux que Guillaume nous chargera à Neerwinde.
Cependant, 4690 est encore favorable à nos armes. Luxembourg est vainqueur à Fleuras (1), Catinat à Staffarde, Tourville à Beachy- Bead.
(1) Lettre collective de Racine et de Boileau au maréchal de Luxembourg : « Quelle est notre joie d'entendre publire
En 1692, Luxembourg-, attaqué par Guillaume, le bat à Steinkerque. Il est incontestable que le maréchal fut surpris. Son Rapport au Roi le reconnaît avec une simplicité et une modestie parfaites. Il avait été trompé par un espion. On ne pouvait que difficilement, à cause de la configuration du pays, tout entrecoupé de haies et de bois, deviner les inten tions et le plan de l'ennemi; mais, quand son mouvement fut prononcé, les résolutions et les dispositions du maréchal furent promptes et énergiques. Il fallait faire des prodiges; on en fit, dit Voltaire, et la surprise (1) devint une victoire.
« partout que nos affaires sont rétablies, toutes les mesures « des ennemis rompues, la France, pour ainsi dire, sauvée. » 8 juillet 1690. VII, 10. Édition P. Mesnard.
Mme de Sévigné : « Quelle belle victoire pleine, entière, « glorieuse et qui ne pouvait être placée plus à propos. » 12 juillet. IX, 536.
M'"c de S. au comte de Bussy-Rabutin : « Ne trouvez-vous « pas que Dieu prend toujours le parti du Roi et que rien ne « pouvait être ni plus glorieux à la réputation de ses armes, « ni mieux placé que cette pleine victoire. » 12 juillet. IX,
(1) L'usage avait prévalu de dire le choc de Steinkerque. Un état manuscrit, que j'ai sous les yeux, éaumère les affaires auxquelles ont pris part les officiers du régiment de Greder
Steinkerque fut un combat d'infanterie. Le Roi avait recommandé d'éviter les rencontres où toute son armée et surtout la cavalerie ne pourrait pas agir. Les généraux partageaient, semble-t-il, contre notre infanterie (1) cette mé-
et cet état annoté, signé, présenté par d'Artagnan, en 1705, dit presque partout le choc.
Les Mémoires de Saint-Hilaire, Amsterdam, 1766, //, 44, confirment et développent le Rapport du maréchal. Le Journal de Dangeuu, IV, 137, donne les menus détails, et les éditeurs ont inséré, à la page 241, le Rapport tout entier.
Les Hollandais disaient que Luxembourg s'était donné au diable pour gagner la bataille de Fleurus. Lettre de Bussy- Rabutin, 16 juillet 1690.
De la chanson :
On avait cru jusqu'à ce jour Le maréchal de Luxembourg Grand sorcier, mauvais capitaine
on peut rapprocher le mot de Mmo Cornuel sur la surprise de Steinkerque : « Ne voyez-vous pas qu'il l'a 'fait exprès, afin « de prouver qu'il n'était pas sorcier. » Tallemant, 1856. V,
Luxembourg avait été jadis impliqué dans l'affaire de la Voisin.
(1) L'armement était la principale cause de l'infériorité de notre infanterie. L'usage du mousquet à mèche était général et un petit nombre seulement de nos soldats était armé de fusils; un tiers environ était armé de piques. La pique fut supprimée vers 1703.
« Mon cousin... je vous écris ce mot pour vous mander « ce que j'ai appris des desseins du prince d'Orange qui sont « d'essayer encore une affaire d'infanterie avec mon armée,
fiance, ce mépris ancien qui nous avait été plusieurs fois funeste. Depuis les victoires de Steinkerque et de Neerwinde, dues à notre seule infanterie, l'opinion changea, aussi bien à l'étranger qu'en France.
Toujours est-il que la victoire fut sans résultat, ne termina rien, et l'année 1693 dut, comme chaque année, avoir sa campagne. Nous eûmes cinq armées : deux en Flandre, l'une dont le Roi se réserva le commandement, l'autre sous les ordres de Luxembourg; la troisième, avec
« s'il le peut. Je m'assure que vous prendrez vos précautions <c pour que cela n'arrive pas et que, s'il a tant envie de com- « battre, il vous trouvera dans un poste où toute mon « armée puisse agir et surtout la cavalerie. » A Marli, le 11 août 1692.
« ... Le comte de Luxe m'a parlé long-temps sur les mous- « quets et sur les fusils de mes troupes, m'a assuré que le « feu ne s'est soutenu que par les fusiliers et que les nouveaux « soldats ne pouvaient quasi se servir de leurs mousquets. Le « gros feu des ennemis pourrait bien venir de ce qu'ils ont « beaucoup plus de fusils que de mousquets. Examinez ce « que vous croyez qui seroit le plus utile... Parlez-en aux « vieux officiers... Le comte de Luxe m'a dit que la plupart « des piquiers ont jeté leurs piques et pris des fusils des « ennemis. Si vous croyez qu'il soit bon d'en redonner à « mon infanterie, mandez-le-moi et j'ordonnerai aussitôt « qu'on en distribue la quantité que vous en demanderez. » A Marli, le 12 août 1602. Œuvres de Louis XIV, 1806, IV, 39 i et s.
le maréchal de Lorges, en Allemagne ; Catinat en Italie; Noailles en Catalogne; une enfin, répartie sur les côtes de l'Océan, pour parer aux descentes des Anglais.
Le 3 mai, le roi déclara ses intentions, partit le 18 avec les dames, fit avec elles huit ou dix jours de séjour au Quesnoy, les envoya ensuite àNamur et s'alla mettre à la tête de Farinée de M. de Boufflers, le 2 juin, avec laquelle il prit, le 7 du même mois, le camp de Gembloux. Le prince d'Orange étoit campé à l'abbaye de Pure, de manière qu'il n'y pouvoit recevoir de subsistances et qu'il n'en pouvoit sortir sans avoir les deux armées du roi sur les bras... Dans une position si parfaitement à souhait pour exécuter de grandes choses, et pour avoir quatre grands mois à en pleinement profiter, le roi déclara, le 8 juin, à M. de Luxembourg qu'il s'en retournoit à Versailles, qu'il envoyoit Monseigneur en Allemagne avec un gros détachement et le maréchal de Boufflers. La surprise du maréchal de Luxembourg fut sans pareille. Il représenta au roi la facilité de forcer les retranchements du prince d'Orange et de le battre entièrement avec une de ses deux armées et de poursuivre la victoire avec l'autre, avec tout l'avantage de la saison, et de n'avoir plus d'armée
vis-à-vis de soi... Mais la résolution étoit prise. Luxembourg, au désespoir de se voir échapper une si glorieuse et si facile campagne, se mit à deux genoux devant le roi et ne put rien obtenir. Mme de Maintenon avoit inutilement tâché d'empêcher le voyage du roi. Elle en craignoit les absences. Une si heureuse ouverture de campagne y auroit retenu le roi longtemps pour en cueillir par lui-même les lauriers. Ses larmes à leur séparation, ses lettres après le départ furent plus puissantes et l'emportèrent sur les plus pressantes raisons d'État, de guerre et de gloire (1).
Ce départ combla le prince d'Orange de surprise et de joie. Il se croyait perdu; il l'était sans doute.
Luxembourg, quoique ses forces fussent bien
(1) Saint-Simon, I, 86. — Le départ n'empêcha pas la victoire, mais elle fut plus coûteuse, incomplète et infructueuse. Aux causes du brusque départ, données par Saint-Simon, on peut ajouter celle de la santé, compromise depuis la violente attaque de goutte devant Namur, et une autre qu'insinue La Fare. Le roi avait mis Monsieur, avec le titre de son lieutenant-général en France, à la tête de la cinquième armée, celle des côtes. Il y avait alors une grande disette, une espèce de famine, et le roi aurait conçu quelqu'ombrage de la conduite de son frère qui, répandant l'argent à pleines mains, pouvait ainsi gagner le cœur des populations. Toujours est-il qu'on ne revit plus Louis XIV à la tête de ses armées.
diminuées , envoya Villoroy prendre Huy et menaça Liège. L'ennemi avait, sous cette place, des lignes très fortes, gardées, croyait-on, par trente mille hommes. Nous ne raconterons pas comment on manqua l'occasion d'infliger là une défaite au roi d'Angleterre et de prendre facilement la ville. Une lettre de Joseph Arnauld, du 27 juillet, donne, à ce sujet, des renseignements très précis; mais nous avons hâte d'arriver à Neerwinde (1).
(1) La Gazette, du 12 août 1693, dont on attribua la relation à Racine, Saint-Hilaire, Saint-Simon, racontent la bataille de Neerwinde comme fait Arnauld, mais les lettres de celui-ci sont inédites et c'est ce récit nouveau que nous donnerons par extraits. Il joint à sa lettre un croquis que nous regrettons de ne pas faire figurer ici.
Antoine-Joseph Arnauld, colonel de dragons, second fils du marquis de Pomponne, s'était signalé, l'avant-veille de la bataille de Fleurus, par une action qui avait préparé la victoire. « Les ennemis avaient construit deux redoutes de « l'autre côté de la Sambre, dont ils avaient rompu les gués, « et le chevalier de Pomponne, l'ayant passée, partie à la « nage, avec deux cents dragons, en emporta une l'épée à « la main; il prit aussi l'autre avec assez de résistance de la « part de l'ennemi. » La sensibilité deMmede Sévigné est intarissable sur cette brillante action : — « Les larmes me vinrent « aux yeux en apprenant ce que le roi lui dit. » 12 juillet 1690. IX, 537. — « Je fus accablée de tous côtés de ses louanges a et, suivant ma bonne coutume, les grosses larmes me tom- « baient des yeux. » 19 juillet 1690. IX, 558.
La lettre du 27 se termine par ces mots : « Nous marchons demain à la pointe du jour. . . »
Au camp de M. de Luxembourg, ce 30 juillet.
Je n'eus pas le temps de vous écrire hier, monsieur mon père, n'ayant quitté le champ de hataille qu'à la nuit et ayant ensuite fait encore un assez grand chemin avec mon régiment. Je n'en ay guères davantage aujourd'huy et ne suis pas mesme assez instruit de toutes les particularitez du combat pour me mesler de vous en faire une vraie relation, d'autant plus que vous en aurez sçu davantage par la lettre que le roy a reçeue de M. de Luxembourg. Vous sçavez la marche que nous avions faite le 28 pour nous approcher de l'ennemy et que M. de Luxembourg ayant appris, dans la marche, que M. le prince d'Orange estoit encore campé en deçà de la Gette, ne s'arresta point sur le Jaar comme il avoit résolu le matin, mais s'avança jusqu'à ce qu'il fût en présence des ennemis, que nous trouvasmes en bataille à la teste de leur camp. Gomme nostre infanterie estoit encore fort esloignée et ne put arriver qu'à l'entrée de la nuit, on ne put rien engager de considérable. On passa le reste du jour en escarmouches où M. de Pracontal receut un coup de pistolet dans le ventre qui le blessa légèrement. M. le maréchal
employa ce temps à reconnoistre les postes des ennemis et à en faire occuper, le long des deux ruisseaux entre lesquels ils estoient campés, par des dragons et par de l'infanterie. Ensuite nous passâmes la nuit en bataille.
Les ennemis estoient campez ayant derrière eux une des deux Gettes sur laquelle est l'abbaye d'Elezem, leur gauche du costé de Loo, appuyée dans des marais et ayant devant eux un petit ruisseau qui ne se passe que dans peu d'endroits, sur lequel est Landen, que les paysans d'ici appellent Lanfermé, lequel fut occupé dès le soir par nos troupes, aussi bien qu'un petit village qui est plus bas, mais les ennemis occupèrent celui que vous trouverez le second sur la carte sous le nom de Neerlanden. Ils employèrent tout le 28 et la nuit ensuite à faire passer leurs bagages sous Loo, à se retrancher très bien dans leur camp par un double fossé dont la terre leur faisoit une espèce de parapet et se servant de toutes les haies et de beaucoup d'arbres qu'ils coupèrent pour fermer les endroits par où on pouvoit aller à eux, particulièrement le long des deux ruisseaux; ils establirent aussi toute la nuit un nombre infini de batteries, profitant très avantageusement de la hauteur qu'ils avoient sur eux.
Le jour venu, ils nous accueillirent par une canonnade, qui ne peut avoir été mieux suivie ni
mieux servie. M. le maréchal disposa les deux attaques qu'il vouloit faire le long des deux ruisseaux, l'une par la droite à Neerlanden, l'autre par la gauche [à Neerwinden) ; le reste de son armée se mit en bataille sur plusieurs lignes occupant l'espace qui est entre la Gette et le ruisseau de Landen. L'attaque commença sur les dix heures par la gauche; le combat y fut très long et très opiniâtre de part et d'autre. Nostre infanterie poussa et fut repoussée plusieurs fois, mais enfin, sur les deux heures, elle demeura maîtresse du retranchement et en fraya le chemin à- la Maison du roy, que l'on fit revenir de la droite, et au reste de la cavalerie qui se trouva à portée de cette attaque. Vous jugez aisément par là que la Maison du roy n'avoit pas pu enlever la droite. Le combat de Neerlanden fut engagé par l'infanterie et par les dragons. Nous gagnasmes d'abord assez de terrain sur les ennemis et nous y maintinsmes quelque temps de manière que les lignes de cavalerie, qui soutenoient cette attaque et qui dévoient entrer dans le retranchement des ennemis dès que le passage leur seroit facilité par la brièveté de leur flanc, marchèrent fort près de ces retranchements. Mais ensuite nos gens furent repoussés et la ligne de la Maison du roy et la nostre furent obligées de revenir dans nos premiers postes où nous continuâmes à essuyer, ainsi que nous avions fait depuis trois heures, un
— is —
feu de canon qui ne peut guères se représenter, car, outre le grand nombre qu'ils en avoient, le leur estoit comme de la mousqueterie pendant que le nostre ne disoit mot et que nous n'en vismes pas pendant toute la journée dix pièces qui tirassent. C'est quasi la cause seule qui m'a fait tout le mal que j'ai souffert. J'ai perdu plus de dix chevaux et plus de cinquante hommes d'emportés, trois officiers blessés quasi à mort, deux autres plus légèrement, quatre capitaines leurs chevaux tués sous eux, trois lieutenans et deux cornettes auxquels la mesme aventure est arrivée ; mes deux timballes percées et mon estandard emporté. Pour moi, j'en ai esté quitte pour mon cheval alezan qui a esté emporté et pour avoir esté deux fois couvert de terre. Mais la digression est un peu longue. Nostre attaque de la gauche ayant esté plus heureuse que celle de la droite, toute la ligne de la Maison du roy qui estoit devant nous eut ordre d'y aller; elle fut suivie par la cavalerie qui estoit à portée et, après un combat qui fut très opiniâtre de part et d'autre, enfin on entra dans le champ de bataille que les ennemis avoient choisi dans leurs retranchements. Tout ploya ensuite. Ils démarchèrent et retirèrent les bataillons qu'ils avoient à Neerlanden. Alors M. le marquis de Feuquière qui estoit arrière ligne la fit marcher droit aux retranchements que nous passâmes, y prit six
pièces de canon. Ensuite on suivit et on chassa les ennemis, le régiment de Bourgogne ayant la teste de tout, jusques à un village qui est tout à fait dans les marais de Loo.
Ils perdirent assez de monde, mais pas tant qu'ils auroient fait si on eût voulu les faire charger plus fortement que l'on ne fit dans leur retraite : M. de Luxembourg et MM. les autres maréchaux qui y estoient eurent apparemment de bonnes raisons pour l'empescher; leur infanterie estoit loin, les ennemis en avoient à leur arrière garde qui estoit encore en bon ordre. Ils ont perdu tout leur canon. Je crois que pour le nombre d'hommes la perte est assez esgale de part et d'autre et qu'elle peut bien monter à six mille hommes, au moins de ce que j'ai vu. Ils ont plusieurs colonels et officiers principaux de pris, et ils disent avoir perdu le prince de Solms et quelques autres généraux.
Nous vismes souvent le prince d'Orange se donner tous les mouvemens et tous les soins d'un bon général, mais enfin il céda à sa mauvaise estoile, à l'habileté de M. de Luxembourg et à la valeur francoise que l'on ne put effectivement l'empescher d'admirer... Je joins ici un petit griffonnage de la situation des troupes qui ne laissera pas, mon père, de vous en donner une sorte d'idée... Je vis hier mon frère, depuis le
combat, se portant très bien... Je vous supplie de faire voir cette lettre à ma mère et à ma tante, ne pouvant pas aujourd'hui leur en envoyer de semblables...
Luxembourg, aussitôt après la victoire, envoya d1 Artagnan en porter la nouvelle.
Il n'écrit que quatre mots au roi, dans un méchant morceau de papier.
Voici à peu près sa lettre :
Artagnan, qui a vu aussi bien que personne l'action qui s'est passée aujourd'hui en rendra un bon compte à V. M. Vos ennemis y ont fait des merveilles, mais vos troupes y ont encore mieux fait qu'eux. Je ne saurois assez les louer en général et en particulier. Pour moi, Sire, je n'ai d'autre mérite que celui d'avoir exécuté les ordres que vous m'aviez donnés, de prendre Huy et de donner bataille au prince d'Orange (1).
Le lor août, il envoya Albergotti avec la lettre que nous donnons ici :
Artagnan, Sire, doit avoir appris à V. M. l'advantage que son armée a remporté sur celle de
(lj Dangcmt. IV, 331.
ses ennemis, mais, comme il partit sur-le-champ, il n'a pu avoir esté informé des détails dont Albergotty lui va rendre compte.
Pour moy, Sire, je supplie V. M. de trouver bon que je ne m'y engage pas. Il faudroit louer tant de monde que j'aurois peur d'oublier quelqu'un. Un volume ne suffiroit pas si je voulois entreprendre de dire à V. M. tous les biens que chacun mérite en particulier et je feray mieux de rendre en général la justice qui est due à toute votre armée, en assurant V. M. qu'elle a fait des choses au-dessus de toute expression.
Les détails ordinairement ne contentent jamais tout à fait personne. Les parents et les amis se plaignent toujours qu'on n'en a pas assez dit de ceux pour qui ils s'intéressent et j'adjouteray à cela, Sire, que ne sçachant pas bien écrire je ne dois plus m'exposer à la censure des critiques qui trouvèrent estrange l'année passée que, parlant du marquis de Hochefort, qui est fort jeune, aprez avoir dit qu'il avoit fait des merveilles, j'eusse adjouté que c'estoit un fort joly garçon (1). Tout
(1) Voici le passage du Rapport sur Steinkerque auquel le maréchal fait allusion : « Le premier bataillon de Bourbonnois, « où estoit le marquis de Rochefort, soustint encore son <<■ poste sans en estre esbranlé et c'est un témoignage que je « dois à la vérité de dire que le colonel est un fort joly et « fort brave garçon. » Le mot sur lequel on glosa n'est pas de l'invention du maréchal ; il était de l'usage journalier des
cela, Sire, m'oblige à me reporter à ce que M. d'Albergotty, qui a vu les choses de fort près, pourra dire à V. M.
Racine était familier du maréchal de Luxembourg. II s'empressa de le complimenter.
En attendant que nous soyons instruits par vous-mesme du détail de vostre victoire, trouvez bon, Monseigneur, que je vous dise qu'elle est regardée icy comme la plus grande et la plus héroïque action qui se soit passée à la guerre. Vous avez vaincu non seulement des Ennemis fort braves et fort aguerris, mais mesme des Ennemis qui combattoient en désespérez et qui se voyoient dans la nécessité ou de faire une défense extraordinaire ou de voir périr toute leur armée. Je voy
gens à la mode. On peut lire à ce sujet les deux petits livres très amusants de de Callières : Les Mots à la mode, 1692, et Du bon et du mauvais usage dans les manières de s'exprimer, 1693. — « Peut-on mieux louer M. le maréchal de L... qu'en « disant que c'est un joli homme, et M. de C... que lorsqu'on « dit que c'est un joli officier? » Des Mots à la mode, p. 12. — Le mot anglais gallant répond bien au mot joli, dans ce sens.
bien que c'est ce qui a causé cette opiniastreté avec laquelle ils vous ont disputé leurs rctranchemens, et qui vous a obligé de donner sept batailles pour une. Mais, Monseigneur, le scrupule me prend d'oser parler devant vous de choses si élevées au-dessus de moy.
Je feray mieux de vous raconter simplement ce que j'en ay ouï dire au Roy mesme. Il ne parla d'autre chose tout hier. Il répéta plusieurs fois que c'estoit une grande, une glorieuse action. Il parut vous savoir un fort bon gré d'avoir fait autant respecter son Infanterie à ses Ennemis qu'ils respectoient déjà sa cavalerie. Il loiia extrêmement et se fit un plaisir d'expliquer vos marches depuis la prise de Huy, et parlant du nombre des morts il dit que ces grandes actions ne s'exécutoient point sans qu'il en coustast aux particuliers. Je lui entendis mesme dire de fort bon cœur : Je voudrois qu'il me vînt d'Allemagne une pareille nouvelle. Enfin il lut quattre fois en public la lettre que vous lui escriviez par M. d'Artagnan, aussi noble dans sa simplicité et aussi belle que l'action mesme. Madame de Maintenon entre autres m'en parut fort touchée, et la loiia extrêmement. Je la retins par cœur et j'en charmay hier madame la princesse de Gonty et aujourd'hui M. Despreaux qui prêtent bien comme moy que l'histoire n'en doit pas perdre une syllabe. Tous ceux qui ce jour-là
ostoient à Marly, je dis raesme les plus avides louangeurs, se récrièrent aussi bien que Sa Majesté sur la grandeur de cette action, et je fus assez aise devoir vos Ennemis défaits aussi bien que ceux du Roy. Je vous envoyé une lettre de M. le comte de Toulouse qui me fit l'honneur de me choisir entre tous vos serviteurs pour me la confier. Elle est accompagnée de celle de M. d'O, son gouverneur. M. de Cavoye m'a dit de vous mander que vos victoires devenoient trop fréquentes et espuisoient son éloquence, qu'il falloit que vous lui donnassiez le temps de respirer et de retrouver de l'esprit. J'oubliois de vous dire que le Roy dit à M. le Prince devant tout le monde que vous aviez sauvé la vie à M. le Duc en lui faisant prendre des armes malgré lui. Vous jugez bien que Sa Majesté a dit beaucoup d'autres choses que je ne puis pas avoir entendues. Mais, quoy qu'il en soit, je puis vous assurer que je ne l'ay jamais veû si content.
11 est présentement dans de justes inquiétudes pour ce qui se sera passé en Allemagne, et Dieu veuille, comme il l'a dit lui-mesme, que les nouvelles soient aussi bonnes de ce costé là que celles qui lui sont venues de vous.
Pardonnez une si longue lettre à la joye que vous m'avez causée, et à l'extrême interest que je prends à vostro gloire qui semble tous les ans ne
pouvoir plus croistre et qui croist pourtant tous les ans.
Je suis, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur,
Racine.
A Paris, le 2e aoust.
A Paris, le 3e aoust.
Je ne vous escris qu'un mot pour vous tesmoigner la part que j'ay prise àvos inquiétudes, à vos horreurs mesmes si j'ose ainsi dire pendant un si furieux combat, et enfin à la joye qui s'en est ensuivie. Je suis ravi d'apprendre que les blessures de M. le duc de Montmorency et de M. le comte de Luxe (1) ne soient pas dangereuses. Je ne sçay que de ce matin que M. le comte de Luxe n'a point la jambe cassée. Car hier et avant hier tout le monde en estoit persuadé, M. d'Artagnan mesme n'osant assurer si le coup estoit simplement dans les chairs ou s'il brisoit l'os. Quel spectacle, mon cher monsieur, pour une âme tendre comme la vostre que ce héros qui voit blesser ses deux Enfans à ses costez et qui n'en perd par un moment
(1) Deux fils du maréchal.
l'action de veiie, donnant toujours ses ordres avec la mesme tranquillité ! Gomment n'en serions-nous point touchez vous et moy. Je voy les gens mesme les plus durs et les plus grossiers qui en ont esté attendris et qui se passionnent pour M. de Luxembourg comme nous pourrions faire.
Je voulois escrire à M. de Montmorency, mais voicy M. de Cavoye qui me vient prendre pour aller souper avec M. l'abbé de Salians (1). Ayez la bonté de lui faire mes très humbles complimens, dont je suis bien seûr que la sincérité ne lui est point suspecte. Nous retournons demain matin à Marly et nous y croyons trouver un nouveau courrier de vostre armée qui apportera les détails de cette grande et miraculeuse action.
J'escriray à M. de Montmorency demain au soir, et je lui manderay des nouvelles d'Allemagne si elles sont arrivées. Je tremble par avance pour l'importance de ces nouvelles.
Ayez la bonté de donner cette lettre à M. de Luxembourg, mais à quelque heure où il n'en soit point importuné.
(1) De Saillans.
A Marly, le i« d'aoust.
Voicy un billel que Madame de Maintenon m'a escrit ce matin. J'ay cru, Monseigneur, que je ne pouvois mieux faire que de vous l'envoyer. Vous y verrez à quel point elle est touchée des grandes choses que vous avez faites et en mesme temps jusqu'où va son inquiétude pour les affaires d'Allemagne. Je puis vous assurer que toutes ses paroles se rapportent fort à son billet. Et je sçay de bonne part qu'au] ourdhui à Saint-Germain, où elle a passé l'après-disnée, elle a parié de vostre victoire comme de la plus grande action qui se soit faite de tout le règne du Roy.
Nous en ignorions assurément plus de la moitié quand je vousescrivis avant hier, et la modestie de M. d'Artagnan (1), de concert sans doute avec la vostre, avoit laissé une belle matière au second courrier pour se faire écouter avec plaisir. M. d'Albergotti est arrivé comme le Roy alloit à la Messe. Il vous dira quel accueil on lui a fait et la peine qu'il a eue pour se dérober à l'empressement de tout le monde. Heureusement Marly
(1) D'Artagnan donna une relation qui se trouve, en original, au Dépôt de la Guerre, reproduite, en note, par les éditeurs de Dangeau. IV, 420.
estoit aujourd'hui ouvert au public et il estoit plein. Le Nonce et tous les autres Ministres cstrangers s'y sont trouvez; on a déployé devant eux les drapeaux et les estendars qui ont couvert tout le pavé du grand sallon (1).
Mais on n'avoit pas besoin de ces marques de vostre victoire. Les lettres de tous les particuliers de vostre armée et sur tout les lettres de Bruxelles et le courrier de Bruxelles mesme que le Roy avoit entretenu à son lever ont causé à tout le monde des transports et des ravissemens incroyables.
Nous avons mené Taprès-disnée M. d'Albergotti dans sa chambre et là il nous a expliqué sur un plan, à M. l'abbé de Salians (2), M. de Cavoye et moy, toutes les circonstances de cette prodigieuse Action. Il nous a mesme confié des particularitez qui font bien voir qu'après Dieu, comme on dit, vous ne devez vostre gloire qu'à vous seul. On a eslé un peu cstonné ici que vous n'ayez point escrit de Relation. Et pour moy j'ay mesme admiré vostre silence. Outre que vous pouvez fort à vostre aise
(1) L'histoire a des rencontres singulières. Le 4 août 1693, les drapeaux conquis à Neerwinde couvraient le pavé du grand salon de Marly. Le 16 août 1793, la Convention rend le décret relatif à la vente des meubles du ci-devant château de Marly. — Le 29 juillet 1693, nous sommes vainqueurs; le 18 mars 1793, nous sommes, sur le même champ de bataille, forcés de battre en retraite.
(2) De Saillans.
vous confier à la voix publique, j'ay fait remarquer à vos amis que vous vous estiez vengé très justement de toutes les affaires impertinentes qu'on voulut vous faire l'année passée, sur ce que des gens, disoit-on, estoient trop loués et sur ce que d'autres ne l'estoient pas assez. Enfin , Monseigneur, tout nous paroist grand dans toute vostre conduite.
Je ne vous parle point de la lettre que vous avez escrite à vostre ami, qui n'a esté veiie que des trois seules personnes à qui vous avez souhaitté qu'elle fust monstrée. Que de nouveaux sujets nous y avons trouvé de vous admirer! Nous estions forcez de nous escrierà chaque ligne quel homme, quel courage, quelle grandeur d'âme, et en mesme temps quelle tendresse et quelle attention pour ses amis ! L'un des trois entre autres, et vous jugez bien quel il est, avoit à tout moment les larmes aux yeux et pleuroit de joye, d'amitié et de reconnaissance. Mais, Monseigneur, nous vous entretiendrons de tout cela à vostre retour.
J'ay donné ce soir à M. de Beauvilliers la lettre que vous lui escrivez et celle que vous escrivez à M. l'abbé deFénelon. J'ay envoyé aussi à la Mule (1)
(1) Ne faut-il pas entendre, par ce nom familier, Boileau, de qui certain passage de la satire X avait, à ce moment-là, un succès de vogue dans les plus hautes compagnies? Nous appuyons cette conjecture sur la lettre de Racine à Boileau,
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celle qui esl pour elle, et j'ay pensé l'environner de lauriers, comme on faisoit autrefois les lettrés des Conquérans. Ne soyez point surpris si j'ay esté le distributeur de toutes ces lettres. Comme M. d'Albergotti avoit esté extrêmement mouillé en arrivant, la première enveloppe s'est trouvé toute déchirée. Ainsi il a donné à M. l'abbé de Salians (1) tout ce qui estoit pour Paris et à moy tout ce qui estoit pour ce pais cy.
Je n'abuseray pas davantage de vostre temps. Aussi bien je suis en vérité honteux d'escrire, après la lettre que j'ay veiie aujourdhui de vous. Je ne croy pas que de ma vie j'aye rien veû qui m'ait tant humilié! Il n'y avoit pas un mot qui ne fust plein de sens, et qui n'allast au cœur. Croyez moi. Monseigneur, je ne suis point un fade exagcrateur. Vous estes maintenant au-dessus des exagérations.
écrite, le 30 mai (1693), VII, 74, du Quesnoy, c'est-à-dire du camp où étaient alors le roi et toute la cour :
« J'ai été obligé de dire ici, le mieux que j'ai pu, quelques- « uns des vers de votre satire à monsieur le Prince. Nosti » homincm. Il ne parle plus d'autre chose et il me les a rede- « mandés plus de dix fois. M. le prince de Conti voudroit bien « que vous m'envoyassiez l'histoire du lieutenant criminel dont « il est surtout charmé. M. le Prince et lui ne font que redire « les deux vers : « La mule et les chevaux au marché, etc.. »
« Je vous conseille de m'envoyer tout cet endroit et quelques « autres morceaux détachés, si vous pouvez. Assurez-vous « qu'ils ne sortiront point de mes mains. »
(1) De Saillans.
Du reste, je suis obligé de vous dire que M. d'Artagnan a parlé de vous au Roy d'une manière qui a fait beaucoup de plaisir à vos serviteurs. Le pauvre M. de La Vienne à qui j'ay aussi rendu vostre lettre m'en parloit encore tout à l'heure, et estoit transporté de tout ce qu'il lui avoit entendu dire à Sa Majesté. Je prie Dieu que les nouvelles qui apparemment viendront aujourd'hui d'Allemagne n'interrompent point la joye publique et qu'elles respondent à nos espérances.
A Noisy, 2 aoust.
Vous nous devez, Monseigneur, une grande action tous les ans et vous nous payez à merveilles. Quand l'ennemi fuit les batailles, vous les lui faittes trouver jusques dans son camp. Il ne repousse deux fois vos troupes, que pour vous donner une plus belle victoire. Elle me donnera, Monseigneur, encore plus de joye, quand je saurai Monsieur le comte de Lux guéri. Je voudrois bien, Monseigneur, que sa blessure fût aussi heureuse que la contusion de Monsieur le duc de Montmorency. Personne ne sera jamais avec un zèle et un respect plus sincère que moi, Monseigneur, votre très humble et très obéissant serviteur,
L'abbé de Fénelon.
Le maréchal de Luxembourg mourut, 1 4 janvier 1695, au château de Versailles.
Si Vauban ne lui avait survécu,. Luxembour serait le dernier dos grands hommes de guerr et de gouvernement qui ont illustré cette pé riode de notre histoire. Le xvue siècle va fini] Il est, ajuste titre, compté dans le petit nombr des siècles qui ont honoré l'esprit humain, < Louis XIV a mérité de lui donner son non:
Nous n'avons pas à raconter les tristesse qui suivirent. Nous finissons sur les lettre glorieuses de Fénelon et de Racine.
Typ. G. Chamerot, 19, rue des Saints-Pères. — 16709
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