‹ Trois messéniennes nouvellesChapitre 6 sur 11 · LE VOYAGEUR · texte numérisé non relu

LE VOYAGEUR

«lu nous rends nos derniers signaux ; ff Le long du bord le câble crie ; « L'ancre s'élève et sort des eaux ; « La voile s'ouvre; adieu, patrie!

« Des flots Tun par l'autre heurtés a Je vois fuir les cimes mouvantes , « Comme les flocons argentés « Des toisons sur nos monts errantes.

« Je vois se dérouler les nœuds a Qui mesurent l'humide plaine , « Et je vogue , averti par eux « Que loin de toi le vent m'entraîne.

a Doux pays, bois sacrés, beaux lieux , « Je pars, et pour toujours peut-être , « Disait un Grec dans ses adieux A Cypre qui l'avait vu naître ;

« Sur vos rives la Liberté ,

« Ainsi que la gloire est proscrite ;

MESSENIENNE.

« Je pars, je les suis et je quitte « Le beau ciel qu'elles ont quitté. »

Il chercha la Liberté sainte D'Agrigente aux vallons d'Enna ; Sa flamme antique y semble éteinte , Comme les flammes de l'Etna.

A Naple , il trouva son idole Qui tremblait un glaive à la main ; Il vit Rome , et pas un Romain Sur les débris du Capitole !

O Venise , il vit tes guerriers ; Mais ils ont perdu leur audace Plus vite que tes gondoliers N'ont oublié les vers du Tasse.

N. Messéniennes , 2^ édit.

OA

Il chercha sous le ciel du Nord Pour les Grecs un autre Alexandre.

Ah ! dit-il , le Phénix est mort , Et ne renaît plus de sa cendre !

A Vienne , il apprit dans les rangs Des oppresseurs de l'Ausonie , Que le succès change en tyrans Les vainqueurs de la tyrannie.

Il trouva les Anglais trop fiers;

Albion se dit magnanime ;

Des noirs elle a brisé les fers ,

Et ce sont les blancs qu'elle opprime.

Il parcourt Londre , en y cherchant Cet homme , l'effroi de la terre ,

MESSENIENNE. 27

Dont la splendeur à son couchant Pour tombeau choisit l'Angleterre.

Mais elle a craint ce prisonnier , Et, reculant devant sa gloire , A mis l'Océan tout entier Entre un seul homme et la victoire.

Sur toi , Cadix, il vient pleurer :

Nos soldats couvraient ton rivage:

Il vient , maudissant leur courage ; Il part, de peur de Fadmirer.

Paris l'appelle ; au seuil d'un temple Le Grec , dans nos murs arrêté , Sur l'autel voit la Liberté...

Mais c'est un marbre qu'il contemple,

Semblable à ces dieux inconnus , A ces images immortelles

Dont les formes sont encor belles, Dont la divinité n est plus.

Pour revoir son île chérie , Il franchit les flots écumans , Mais le courroux des INIusulmans Avait passé sur sa patrie.

Des débris en couvraient les bords, Et de leur cendre amoncelée Les vautours , prenant leur volée , Emportaient les lambeaux des morts.

Il dit , s'élançant dans Tabîme :

« Les peuples sont nés pour souffrir; « Isova Océan , prends ta victime , « S'il faut être esclave ou mourir! »

* Cypre fut désolée par les Turcs au mois d'août 182 ^. Soixante bourgs ou villages avaient entièrement disparu au mois de septembre de la même année. PouQUEviLLE , Histoiic inédite de la régénération de la Grèce , liv. ix.

MESSENIENNE. 20

Ainsi l'Alcyon moins timide Part et se croit libre en quittant La rive où sa mère l'attend Dans le nid qu'il a laissé vide.

Il voltige autour des palais, Orgueil de la cité prochaine , Et voit ses frères , qu'on enchaîne , Se débattre dans des filets.

Il voit le rossignol , qui chante

Les amours et la liberté ,

Puni par la captivité

Des doux sons de sa voix touchante.

De l'Olympe il voit l'aigle altier Briser, pour sortir d'esclavage, Son front royal et prisonnier Contre les barreaux de sa cage

30 SECONDE MESSENIENNE.

Vers sa mère il revient tremblant.

Et l'appelle en vain sur la rive , Où flotte le duvet sandant De quelque plume fugitive.

L'oiseau reconnaît ces débris ; Il suit le flot qui les emporte, Rase l'onde en poussant des cris , Plonge et meurt... où sa mère est morte.

MESSENIENNE.

MESSENIENNE.

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