PREMIERE QUESTION
Il y eut un horrible moment d'incertitude et de poignante douleur quand le vieux monde romain chancelant sur sa base usé et flétri vit arriver de loin, à travers les forêts de Germanie, la barbarie se ruant en masse vers elle. Tout allait périr : capitole, temples des Dieux et la ville éternel fsicj et le monde entier. Rome sur ses derniers jours, avait demandé à l'Orient ses dieux et ils avaient failli à leur tour comme Jupiter et les divinités grecques.
Le vieux monde était à son agonie et un monde nouveau et une religion nouvelle assistaient à son lit de mort.
Cependant la barbarie s'amollit peu à peu; elle veut s'adonnera l'autel et chaque invasion nouvelle se faisant chrétienne, une société se trouva formée, ou du moins la face du monde changea. Ce n'était plus l'unité romaine, mais bien au contraire le chaos de la conquête : en Gaule les Franks, en Italie les Ostrogoths, en Bretagne les Saxons, en Espagne les Visigoths, tous peuples différents, portant un caractère et une physionomie aussi différente que l'Europe auparavant avait d'unité sous la domination universelle.
Le terrain était conquis, mais qu'allaient-ils faire, ces grossiers barbares, comment fonder une société, comment diriger les hommes après les avoir conquis? L'Eglise vint à leur secours, elle envoya dans chaque province des clercs, comme on disait alors, qui devaient soumettre les barbares, les instruire, les gouverner. Peu à peu, le prêtre se glissa dans la maison du barbare, se fit son ami, son confident, son premier ministre et gouverna le monde. La société civile s'appuyait sur la société religieuse, l'homme sur Dieu, — ou du moins sur son représentant, le pape.
L'Église se servit de la juridiction romaine pour gouverner la barbarie, impôts, fiscalités, armées et les barbares ne s'y refusaient pas. Nous les voyons tous soumis aux évêques. La croix d'or qui brillait à leurs mains éblouit les barbares. Attila lui-même s'écarta de Rome à la vue du pape et, de ïroyes, lorsqu'il (vit) Lupus et de Paris, à la vue d'une femme qui se disait envoyée de Dieu.
Nous voyons Clovis soumis aux évêques, Alaric II fait faire ce code de lois romaines Brevarium Alaricum totalement sous l'influence des
évêques. Le moine Augustin soumet bien promptement toute la Grande- Bretagne avec les seules armes de la persuasion et de la parole.
Nous voyons Chilpéric se plaindre déjà, bien timidement, de la puissance des évêques : « Ils ont tout, dit-il, et nous n'avons rien. » (Voir Montesquieu, Esprit des Lois, ch. XXI.)
Quant aux Goths, leur caractère nationale {sic) est si vite annulé que Charles Martel désigna leurs terres sous le nom de pays romains et nous voyons Brunehild haïe des siens comme romaine et trop civilisée.
La barbarie s'énerva si vite qu'elle disparut bientôt et mourut de langueur. Mais à peine chaque ban de barbares s'était-il affaibli qu'un autre arrivait à sa place; ainsi l'Italie qui, d'abord, avait été attaquée par les Goths, puis par les Huns, les Vandales, ensuite, vit bientôt apparaître les Hérules. Ceux-ci furent détruits par les Ostrogoths. Il y eut ensuite quelques années de repos sous la domination des Grecs. Enfin les Lombards, puis les Franks, — en Gaule les Burgondes, les Alains, les Suèves, sont poussés vers l'Espagne par les Visigoths qui, arrivés en Espagne, refoulent les Vandales sur les plages brûlantes d'Afrique. En Gaule, les Franks saliens restent sur la terre des Gaulois, depuis la fin du cinquième jusqu'au septième, et, lorsqu'ils sont affaiblis, la barbarie apparaît par l'Ostrasie, par les grands propriétaires franks habitants des bords du Rhin et qui, préservés du contact du Gallo-Romain, avaient conservé toute la rudesse et la pureté germaniques.
Cette nouvelle conquête fut plus lente et plus efficace; elle commença dès le règne des fils de Clothaire, avec la lutte de l'Ostrasie et de la Neustrie, lutte qui n'est que l'histoire de cette conquête.
En Angleterre, même {sic) événements. Nous avons d'abord vu les Logriens, puis les Cambriens confondus dans l'unité bretonne pour combattre les Scotts. Ils disparaissent sous l'invasion saxonne qui comprend avec l'invasion des Angles et, plus tard, celle-ci avec celle des Danois.
Ainsi nous voyons, dans la première période, fluctuation perpétuelle, mouvement invasif. Un peuple apparaît et retombe dans l'oubli. L'Eglise, en les adoucissant, les avait désarmés; elle ne s'était occupée que de discipline et de croyance. Quand au dogme, elle s'en inquiétait peu; elle avait ajourné la grande question de la liberté humaine, si vivement remuée par Pelage; elle avait retiré la logique pour donner la foi. La seule littérature qui existe, celle qui est populaire et universelle, ce sont les légendes, les miracles, la vie de quelques saints fameux. La société civile n'avait que des débris du monde romain et les germes de la société moderne.
Mais bientôt apparaît Charlemagne. C'est ici que s'arrête la conquête, c'est le terme du chaos : il fixe la barbarie, refoule les invasions, donne des limites à la Germanie, source intarissable des invasions, marée envahissante qui avait baigné bien des provinces et en avait emporté quelques-unes dans son reflux terrible.
Il tâcha de faire revivre le monde romain — il y eut, en effet, unité, mais unité de nom. Grâce à sa merveilleuse activité, qui a fait de lui un homme de génie, il put, un instant, croire avoir réussi. Montesquieu a dit de lui : « Il parcourait sans cesse son vaste empire, portant sa main partout où il allait crouler. » Mais après lui, la diversité revint. La féodalité (c'est-à-dire) d'abord figurée par le partage de l'empire en trois parties, puis en neuf et en douze, — enfin, chaque partie fut morcelée à son tour, — la féodalité s'aggrandit {sic) aux dépens du pouvoir royal, et chaque seigneur, muni de son épée, veut déchirer sa part du manteau royal étendu par terre, sans personne pour le mettre dignement sur ses épaules. La puissance papale avait, ainsi que la royauté, une lutte a soutenir contre les évêques. Après les avoir soumis, elle commencea (sic) à combattre la féodalité. Le pape s'allia au roi de France, le secourut, l'aida dans ses entreprises contre ses vassaux et celui-ci, par les secours de l'Eglise, put dignement lutter avec eux.
L'Eglise, après avoir lutté vainement contre la maison de Franconie, qui représentait la féodalité, prêche la croisade et envoie les seigneurs féodaux mourir dans les sables de l'Orient. Pendant que le seigneur féodal était en voyage sur la route de Jérusalem, les vasseaux s'unirent entr'eux, achetèrent leurs terres et formèrent les communes. Les Flandres, pays qui avaient tant de seigneurs féodaux, sont les berceaux des communes; elles s'appuyèrent sur la royauté et, de leur contact, naquit leur puissance.
De retour de la croisade, la féodalité se trouva dépouillée, faible et nue. Elle fut vaincue deux fois par le pape ou par ses alliés dans la personne de Frédéric Barberousse et de Frédéric II, de Gonradin, de Manfred.
La papauté avait combattu la protestation spirituelle, d'abord le mysticisme des Albigeois par les ordres de mendiants; elle l'avait combattue par les mêmes armes; elle eut la victoire du moment, mais le résultat fut le même; en outre, elle avait combattu la logique, la prose dans Arnauld de Breschia (sic), disciple d'Abailliard, et, faute de meilleure raison, elle l'avait tué.
C'est cette prose qui domine pourtant et qui triomphe. L'esprit positif, personnifié dans Philippe-le-Bel et ses légistes et son Parlement, abat la féodalité, le seigneur, ce centre de la vie de tant d'hommes vassaux, ce point auquel aboutissaient tous les fils de l'ordre matériel, civil, et la papauté, cett (sic) autre centre d'un autre monde, mais un monde de foi et d'amour, un (sic) concentration de toutes les idées religieuses, ce qu'il y a de plus grand alors, tel est le résultat de la seconde période du Moyen-Age.
La première avait été le chaos, le germe de la puissance papale, elle avait formé la féodalité; la seconde vit naître les communes, la royauté le Parlement, la philosophie qui s'élevèrent sur les ruines de la féodalité. Quant à la papauté, elle dura encore, malgré le soufflet de Golonna; mais, de ce moment, elle est avilie et tombe en décadence.
DEUXIÈME QUESTION France
Philippe-Auguste (USO-i^B)
1180-1189. Continuation de la guerre entre Henri II et ses fils.
1189-1191. Croisade du roi.
1191-1193. Son invasion en Normandie.
1194-1199. Guerre contre Philippe.
1200. Excommunication du roi.
1204. Confiscation de la Normandie sur Jean-sans-Terre. 1207. Commencement de la guerre des Albigeois. Meurtre de
Pierre de Castelnau.
1210. Conquête du Comté de Toulouse.
1213. Bataille de Muret.
1214. Bataille de Bouvines.
Dans les dernières années de son règne, Philippe s'occupe d'institutions.
Angleterre
1179-1199. Richard Cœur-de-Lion.
1189-1193. Sa croisade.
1199-1216. Jean-sans-Peur.
1199-1200. Querelle avec Arthur.
1200. Meurtre d'Arthur.
1205. Excommunication du roi Jean.
1207. Sa soumission.
1216. La grande charte.
1216-1217. Le prince Louis est en Angleterre.
Allemagne
1184. Paix de Constance.
1187. Croisade de l'empereur Frédéric Barberousse.
1190. Mort de Frédéric IL
Son fils, Frédéric de Souabe, meurt peu de temps après lui, à la même croisade.
1190-1197. Henri VI.
1191-1195. Conquête de la Sicile.
1195-1208. Philippe de Souabe.
1208. Sa mort.
1208-1218. Otton IV.
1209. Querelle avec le pape.
1212. Frédéric II est sacré empereur. 1214. Batailles de Bouvines.
Italie
1192. Conquête de la Sicile par Henri IV. 1192-1197. Henri IV.
1197-1250. Frédéric II.
1193. Precadie
1208. Révolte de Baccono.
1210. Institution du Conseil des dix. 1215. Les Guelfes régnent à Florence.
Plutard (sic), ils sont chassés par Frédéric II. 1187. Uggolin règne sur Pise.
1189. Sa trahison.
1195. Ruine de Pise.
Orient
1173-1341. Régnent les Agouvites.
1206. Gengis Khan réunit toutes les tribus mongoles. 1215-1216. Il commence à conquérir la Tartarie indépendante (mais sa conquête ne fut définitive qu'en 1223.)
Espagne (Etats Maures)
1187. Invasion des Almocides; bataille de Radajoz. 1212. Bataille de Las Navas de Tolosa.
Castille
Régnait Alphonse IV qui contribua beaucoup à gagner la bataille de Las Navas de Tolosa; après lui, Dona Urraca, l'année 1215, est comprise dans le règne de cette princesse.
1191. Commencement du Portugal.