SCÈNE XVIII
Les Mêmes - LES DEUX FAUNES, LA NYMPHE, LA COMÉDIENNE, portant dans leurs bras des gerbes d'orchidées — Puis MINERVE — Puis trois danseuses
l'éléoant Miracle !
Miracle !
LA NYMPHE
De la terre ont surgi ces fleurs nouvelles.
LA comédienne
Elles ont la forme d'un sabot.
minerve, entrant
Ce sont les sabots de Vénus !
le rude, agenouillé devant Aphrodite
Il a suffi que son pied nu effleurât de grossières chaussures pour que l'on vit s'épanouir une floraison merveilleuse !
l'adolescent
Aphrodite ! C'est Aphrodite !
APMRODire, 5« levMnt Oui ! Je suis Aphrodite I (Elle tend les bras à l'Adolescent gui se dirige vers elle.)
Et voici mon baiser.
l'adolcscent
Aphrodite !
(Il recule. Les trois danseuses entrent et lut présentent des orchidées qu'il respire. Musique.)
t'ADOLeSCCNT
Aphrodite !
(Il va tomber doucement sur le lit de roses. Tout le monde s'incline, tandis que les trois danseuses dansent autour de la couche.)
APHRODITE
Ne versez pas de larmes, mes amis. Aphrodite ne tue que pour ressusciter. L'Adolescent qui meurt aux lèvres d'Aphrodite, ce n'est, sachez-le bien, que le trépas d'un jour. Ainsi Endymion expire auprès de Diane et ce n'est que la fin divine de la nuit. Tu pAlis soos l'étreinte sauvage et déjà tu renais pour d'autres étreintes. (L'Adolescent se lève lentement.) Les bras qui te serraient se tendent vainement pour ressaisir leur chère proie. Tu cueilles à l'arbre de la vie le nouveau fruit qui s'offre à ton désir. C'est te triomphe de la jeunesse.
MINERVE
C'est le triomphe d'Aphrodite.
l'adolescent
C'est le triomphe du Printemps.
(En effet, les personnages sont placés comme les personnages du Printemps de Botticelli. Au centre est Aphrodite. A sa droite le groupe des trois danseuses et plus loin l'Adolescent cueillant le fruit d'or. A gauche d'Aphrodite: Minerve, la Comédienne, la Nymphe. Tout prés d'Aphrodite, accroupis et la contemplant, les deux petits Faunes.)
RIDEAU
Le rideau se levait ensuite sur un paysage aux lignes calmes. Des pins maritimes et des cyprès conduisaient à une eau paisible. Aphrodite s'efforçait de ressusciter r Adolescent et elle y parvenait presque. Mais les rayons nocturnes entraient et voilaient ces suprêmes tremblements du Jour. C'était alors le ballet de la nuit qui se pâmait dans les bras d'un Amour fiévreux. Cet Eros redoutable triomphait même de la Voie Lactée, si pure. Diane et Endymion chantaient leur passion et le pâtre mourait aux lèvres de la déesse. Soudain les rayons de l'aube apparaissaient et de nouveau la claire Aphrodite était toute puissante. Elle était entourée de tous les personnages qui avaient pris part à la comédie. Ils prononçaient des vers pour donner au public la moralité de la pièce, car il convient que les spectateurs emportent du théâtre une leçon.
APHRODITE
Après la nuit, voici le jour :
Ne cherchez pas d'autre morale.
C'est un précepte simple et court :
Après la nuit, voici le jour.
MINERVE, s' inclinant devant Aphrodite
Rien ne vaut un rêve d'amour.
Tu m'as conquise, ô ma rivale.
Après la nuit, voici le jour :
Ne cherchez pas d'autre morale.
(On entend au loin un air de flûte qui ne cessera qu'à la chute du rideau.)
l'adolescent
Ce n'est qu'un songe dans les bois.
Un faune joue un air de flûte.
En vain, on hésite, on discute :
Aphrodite, on cède à ta voix...
Un faune joue un air de flûte.
Le rAUNB tttQAnr
Ce n'est rien qu'une mélodie; L'été, certains soirs, on l'entend...
LA COMéDICNNC
C'est l'air d'une flûte de Pan :
Ainsi finit la comédie.
LE TAUNc RUDE, à la. NyiTtphc
Ecoute, ô ma charmante. Au loin un air léger, Un air se meurt, un air t'appelle, un air te grise.... Est-ce un baiser qui t'effleura ? Non ! C'est la brise \ Est-ce la brise qui t'effleure encor? C'est un baiser!
LA NYMPHE
Autour de nous cet air déroule ses volutes.
Il nous étreint, il nous enlace,... et c'est charmant!
APHRODITE, au pub/l'C
Sachez goûter cet air, ce frisson, ce moment :
Les Paunes, dans les bois, jouent des airs sur leurs flûtes