‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 100 sur 239 · SCÈNE X LES MÊMES, NANA · texte numérisé non relu

SCÈNE X LES MÊMES, NANA

NANA

J'ai été longtemps, hein? Bordenave ne voulait pas se laisser attendrir. Mais comme il y a cinq mille francs de location...

NANA. -22'

MADAME MALOIR, l'interrompant.

Cinq mille !

NANA

Oui, ma chère, cinq mille francs... Bordenave a fini par se rendre. Tenez! ma tante, voici trois cents francs pour la nourrice. (Elle lai remet trois billets.) Je voudrais vous donner cinquante francs pour vos premiers frais: mais. comme il ne me reste que ce billet et que je n'ai pas de monnaie...

ZOÉ

J'en ai, moi, de la monnaie.

NANA, lui remettant le billet.

Eh bien! donne cinquante francs à ma tante, et mets les autres cinquante francs sur la cheminée.

ZOÉ, à madame Lerat.

Voici, madame Lerat.

MADAME LERAT, prenant les cinquante francs.

Bon! j'irai demain à Rambouillet.

ZOÉ, mettant cinquante francs sur la cheminée.

C'est tout en pièces de cent sous. Ça ne fait rien à Madame, n'est-ce pas?... A propos, Madame, il y a là. dans le salon, monsieur Steiner.

NANA, irritée.

Je t'avais dit de renvoyer tout le monde.

ZOÉ, doctement.

Madame me permettra-t-elle de lui donner un conseil? On ne renvoie pas monsieur Steiner, un homme si riche. et qui gène si peu les femmes.

NANA, se calmant.

Allons, fais-le entrer... En effet, il n'est pas dangereux : un actionnaire qui verse toujours et qui ne touche jamais de dividendes.

SCÈXE XI

LES PRÉCÉDENTS, STEINER, puis LA FALOISE

STEINER, entrant avec un bouquet.

J'espère, madame, que vous excuserez une visite due à la seule admiration. Je n'ai pu vous voir hier sans être

bouleversé... (Apercevant madame Maloir et madame Lerat.) Oh!

mesdames, pardon... Tiens! madame Maloir. Vous allez bien?

MADAME MALOIR.

Parfaitement, monsieur Steiner.

STEINER, a Nana.

Et j'ai même été bouleversé à ce point, madame, que mon neveu étant avec moi tout à l'heure, je n'ai su comment l'empêcher de me suivre... Voulez-vous me permettre de vous le présenter?

Mon Dieu! si cela vous fait plaisir.

STEINER, à la porte.

Entre. La Faloise. La Paioise entre et salue.) C'est le fils de ma propre sœur. Il est débarqué depuis huit jours dans la capitale... Je ne savais trop que faire de lui. J'ai étudié ses aptitudes, et comme j'ai vu qu'il se mêlait volontiers de ce qui ne le regardait pas, je me suis]dit qu'il serait peut-être un excellent journaliste.

NANA, riant.

Bonne idée !

STEINER

Je l'ai fait entrer au Nain Jaune. 11 n'est encore qu'à trois sous, mais il sera bientôt à cinq sous.

NANA. 229

LA FALOISE.

Mon oncle, ces détails...

C'est très intéressant au contraire.

STEINER, bas à La Faloise.

Maintenant, tu vas voir l'effet de mon bouquet. (Â Nana.) Madame, je me suis permis...

NANA

Un bouquet... J'en ai tant reçu depuis hier!

STEINER, finement.

Je ne crois pas qu'on vous en ait donné beaucoup comme celui-ci.

NANA, étonnée.

Des lilas!

STEINER

Oui, mais regardez dedans.

NANA, en tirant un papier.

Un papier. Des vers peut-être ?

LA FALOISE.

Oh! des vers, mon oncle! ça m'étonnerait.

NANA, lisant.

Un titre de propriété... La Mignotte, dix hectares, un petit bois, une basse-cour, tout mon rêve! (Se jetant au cou

de steiner.) Ah ! vous êtes un homme charmant !

STEINER

Madame, je suis payé, (a la Faioise.) Elle m'a embrassé, mon ami. Tu le vois, il s'agit de savoir donner, (a Nana. Et si vous nous autorisez à aller pendre avec vous la crémaillère?...

NANA

Mais il y aura toujours pour vous une chambre d'ami.

STEINER, entre ses dents.

Hein?

LA FALOISE, bas.

C'est cher, pour une chambre d'ami.

STEINKR, bas.

Laisse donc, elle est à moi. Tu verras, à la Mignotte... Madame, permettez-nous de prendre congé. A bientôt.

Saluant madame Lerat et madame Maloir.) Mesdames.

NANA

A bientôt, messieurs. [Comme ils sortent, le timbre retentit. A

Zoé. Pais-les passer par le petit salon. Et, tu sais, je ne recois plus personne.

Page 1