ZOÉ, CLARISSE, SIMONNE
(Au lever du rideau, Zoé est devant le lit. Clarisse et Simonne viennent
d'entrer.)
ZOE.
Chut!... (Elle se penche sur le lit et revient.) Je Crois qu'elle
dort.
SIMONNE
La petite vérole, c'est effrayant. On nous a dit ça tout à l'heure au théâtre, et nous avons voulu la voir encore une fois.
CLARISSE
J'en ai le frisson... Mais comment se trouve-t-elle ici, dans cette chambre du Grand-Hôtel?
ZOÉ
Oh! une histoire!... Vous savez qu'on l'a vendue, avenue de Villiers. Moi, je l'avais quittée, j'étais lasse
d'être chez les autres; et je me suis établie parfumeuse, passage des Princes... Donc, il a cinq jours, je la vois tomber dans mon magasin, pâle, ne se tenant plus. Son enfant était mort, elle s'était presque battue avec sa tante pour de l'argent. Et elle me disait que les rues tournaient autour d'elle. Sans doute, elle avait pris le mal en «oignant Louiset... Vous comprenez, je ne pouvais la garder chez moi. Alors, je L'ai mise ici... Je crois qu'elle n'avait pas cent sous sur elle, la pauvre fille. Si je ne trouve pas un de ces messieurs pour payer, eh bien! je payerai moi-même.
NANA, cachée dans le lit.
A boire!
■Les trois femmes ont un sursaut. Zoé va lui donner à boire, pendant que Clarisse et Simonne, restées à distance, tâchent de la voir.)
CLARISSE
La vois-tu?
SIMONNE
Non, la lampe éclaire à peine... Et puis, je n'ai pas envie de tant nvapprocher!
CLARISSE
Je voudrais bien la voir, pourtant.
ZOÉ, revenant.
Elle a toujours soif.
SIMONNE
Croyez-vous qu'elle nous ait aperçue-'?
ZOÉ
Non, elle est écrasée parla fièvre.
CLARISSE
Et lesMuffat?
ZOÉ
Les Miiffat?... La fille est déjà séparée de Dagenet. La comtesse, poussée à bout, s'est enfuie avec un amant. Et
XAXA. 317
le comte, sans argent, sans famille, fini, est. je crois, dans une maison de gâteux... Un vrai nettoyage.
SIMONNE
De sorte que Nana n'a plus que vous?
Oui. Mais le pis est que je ne peux rester toujours auprès d'elle. J'ai mon magasin. Ainsi, il va falloir que je vous laisse... Avec ça, ils font une tète dans l'hôtel, à cause de sa maladie!
SIMONNE
Dame! ce n'est pas drôle... La Faloise et Steiner, qui étaient avec nous, au théâtre, n'ont jamais voulu monter... (Rapprochant de la fenêtre.) Ils fument en bas, Slir le
boulevard.
ZOÉ
Les hommes, c'est si lâche!... Dire que pas un de ces messieurs n'a osé venir, depuis deux jours! Ah! ils n'avaient pas peur d'elle, autrefois; mais, maintenant, ils se rontentent de prendre des nouvelles, chez le concierge.
(On entend un orchestre lointain jouer le quadrille $ Orphée aux Enfers.) CLARISSE.
Qu'est-ce donc, cette musique?
ZOÉ
Ne m'en parlez pas!... Il y a un bal dans l'hôtel, un bal par souscription. Et voilà deux heures qu'on entend ça! Gomme c'est gai, dans cette chambre!... (On frappe à la porte.) Hein? on frappe, qui ça peut-il être?
SIMONNE
Peut-être le médecin.
ZOÉ
Oh! non, le médecin est venu... lia dit qu'il ne reviendrait pas.