SCÈNE IV
LES MÊMES, ADÈLE, GOURD
GOURD, à Adèle, à demi-voix.
Je vous dis, moi, que vous avez jeté une tripée de lapin par la fenêtre.
ADÈLE, indignée.
Oh ! Si l'on peut dire ! C'est Lïsa ! (Elle reste en scène et range sur le buffet.)
GOURD, saluant.
Messieurs... (a josserand.) Voici votre quittance, avec la signature, cette fois.
JOSSERAND
Merci... (a octave et à Campardon.) Imaginez-vous que, par une erreur inexplicable chez un propriétaire...
GOURD
Chez un magistrat surtout.
JOSSERAND
Monsieur Dulaurier avait oublié de signer ma quittance de loyer.
GOURD
Et je n'ai pas voulu recevoir l'argent, sans donner une quittance en bonne et due forme.
JOSSERAND
Votre argent est là, dans ma chambre. Si vous voulez attendre...
CAMPARDON
Nous prenons congé de vous, mon cher monsieur Josserand.
JOSSERAND
Eh bien! je ne VOUS retiens plus... (Il lui serrelamain, puis il
serre celle d'Octave.) Monsieur Mouret, enchanté... A propos, madame Josserand reste tous les mardis soirs chez elle. Rien que des intimes, pas de cérémonie, pas d'habit. On s'en va de bonne heure... Si vous voulez bien nous faire l'honneur d'accepter demain à dîner avec notre ami Campardon.
OCTAVE
Vous me comblez, vraiment.
ADÈLE, à part.
Il n'y a pas de quoi, va! Encore un gentil garçon qu'ils vont tâcher d'empaumer!
CAMPARDON
Je vous l'amènerai, comptez sur nous.
JOSSERAND
J V Compte. (Au moment où Campardon va sortir, Gourd l'arrête.)
GOURD, à demi-voix.
Excusez-moi, monsieur Campardon, si je me permets... Votre bonne a encore jeté par sa fenêtre...
CAMPARDON
Lisa? Vous m'étonnez!
JOSSERAND
Qu'y a-t-il?
GOURD
Rien, monsieur, un détail d'administration intérieure... J'ai failli recevoir des malpropretés sur la tête, dans la cour des cuisines... Ah! monsieur, ne me parlez pas des domestiques! Quel peuple!
ADÈLE, a part.
Va donc, larbin dégommé!
GOURD, continuant.
Ce matin encore, Julie, la cuisinière de monsieur Dulaurier, a été d'une insolence avec madame Gourd !«*
JOSSERAND
Je ne pense pas que vous ayez à vous plaindre d'Adèle. Je lui défends même de se mettre à cette fenêtre, qui donne, bien fâcheusement, sur cette cour des cuisines.
CAMPARDON, se dirigeant vers la porte.
Eh bien! à demain.
OCTAVE
A demain, et merci encore.
JOSSERAND, les accompagnant jusqu'à la porte.
A demain, messieurs... Adèle, allumez une bougie... (Quand ils sont sortis, il revient.) Maintenant, votre argent, monsieur Gourd... Entrez donc, je voulais justement vous montrer une tache qui s'est produite... (il se dirige avec la
bougie vers la chambre à coucher.)
GOURD, le suivant.
Une tache! c'est impossible, dans une maison si propre, si bien tenue! (iisort.)