‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 18 sur 239 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BIBI et BEC-SALE. OUVRIERS

(Au lever du rideau, la scène est vide. Il fait petit jour. Des boutiques viennent d'ouvrir, éclairées par les reflets rougeàtres du gaz. Un garçon pose devant l'Assommoir deux tables et quatre chaises en fer. Un maçoa paraît à gauche et traverse le théâtre, en soufflant dans ses doigts. Il a un demi-pain sous le bras. Puis, on en voit plusieurs. Peu à peu, des ouvriers descendent à leur travail, des serruriers ayant des bourgerons bleus, des peintres avec des paletots sous lesquels passent des blouses blanches. Un ouvrier s'arrête, allume sa pipe et s'en va. Le jour a augmenté, les lumières des boutiques se sont éteintes. Bibi la Grillade et Bec-Salé entrent au milieu du flot des ouvriers, qui devient plus rare.)

BIBI

Voyons, Bec-Salé... Marche donc un peu, nous arriverons en retard au chantier.

BEC-SALÉ

T'es bon, toi, Bibi. T'es pas esquinté... Moi, j'en peux plus.

BIBI

Quoi qu't'as ?

BEC-SALÉ

J'sais pas. J'crois que c'est nerveux.

BIBI

Nerveux! On l'en fichera des nerfs ! Avoue donc que t'as la flemme.

BEC-SALÉ

Peut-être bien... Et toi ?

BIBI

J'sais pas en train non plus.

BEC-SALÉ

Faut que je déniche Mes-Bottes... Nous le verrons sans doute arriver tout à l'heure à l'Assommoir.

BIBI

Probable... Ah' c'est un rude lapin, Mes-Bottes! Le roi des Loupeurs, on peut dire. Et bon zig!

bec-salé.

Entrons-nous l'attendre ?

BIBI

Quoi que tu payes ?

BEC-SALÉ

Ah ! pour ça. flûte ! Les toiles se touchent, mon

vieux. Il montre ses poches.)

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