SCENE PREMIERE
BIBI et BEC-SALE. OUVRIERS
(Au lever du rideau, la scène est vide. Il fait petit jour. Des boutiques viennent d'ouvrir, éclairées par les reflets rougeàtres du gaz. Un garçon pose devant l'Assommoir deux tables et quatre chaises en fer. Un maçoa paraît à gauche et traverse le théâtre, en soufflant dans ses doigts. Il a un demi-pain sous le bras. Puis, on en voit plusieurs. Peu à peu, des ouvriers descendent à leur travail, des serruriers ayant des bourgerons bleus, des peintres avec des paletots sous lesquels passent des blouses blanches. Un ouvrier s'arrête, allume sa pipe et s'en va. Le jour a augmenté, les lumières des boutiques se sont éteintes. Bibi la Grillade et Bec-Salé entrent au milieu du flot des ouvriers, qui devient plus rare.)
BIBI
Voyons, Bec-Salé... Marche donc un peu, nous arriverons en retard au chantier.
BEC-SALÉ
T'es bon, toi, Bibi. T'es pas esquinté... Moi, j'en peux plus.
BIBI
Quoi qu't'as ?
BEC-SALÉ
J'sais pas. J'crois que c'est nerveux.
BIBI
Nerveux! On l'en fichera des nerfs ! Avoue donc que t'as la flemme.
BEC-SALÉ
Peut-être bien... Et toi ?
BIBI
J'sais pas en train non plus.
BEC-SALÉ
Faut que je déniche Mes-Bottes... Nous le verrons sans doute arriver tout à l'heure à l'Assommoir.
BIBI
Probable... Ah' c'est un rude lapin, Mes-Bottes! Le roi des Loupeurs, on peut dire. Et bon zig!
bec-salé.
Entrons-nous l'attendre ?
BIBI
Quoi que tu payes ?
BEC-SALÉ
Ah ! pour ça. flûte ! Les toiles se touchent, mon
vieux. Il montre ses poches.)