‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 205 sur 239 · MARI F · texte numérisé non relu

MARI F

Je viens d'aller changer un roman que j'ai achevé tout à l'heure ; et j'ai pris celui-ci, un volume de George Sand.

OCTAVE

Vous aimez lire?

m TROIS PIECES.

MARIE

Ça me casse un peu la tète. Mais je suis toujours seule, que voulez-vous que je fasse?... Le matin, mon mari part à son bureau, et il ne rentre que le soir; puis, il s'en va encore après le dîner, pour tenir des écritures. Ainsi, il ne rentrera pas avant minuit.

OCTAVE

Je vous en prêterais, moi. des romans, si cela vous Taisait plaisir.

MARIE

Vrai, vous en avez? Que vous êtes aimable!... Vous choisirez bien, n'est-ce pas? J'aime les histoires qui ne sont pas arrivées, celles où il y a de l'amour, où Ton pleure, où ça se passe dans des châteaux et dans des mansardes, avec des personnages qui se font des déclarations.

OCTAVE, riant.

Bon ! bon! nous trouverons ça.

MARIE

Jusqu'à mon mariage, maman, qui est très sévère, ne m'a laissé lire que notre journal de modes: et encore elle biffait des lignes à l'encre. Alors, maintenant, je me régale, je tâche de me désennuyer... L'opinion de maman esl qu'une femme en sait toujours de trop.

OCTAVE, plaisantant.

Voyons, votre mari vous a bien appris quelque chose?

MARIE, sans comprendre.

Mon mari?... Non. je ne crois pas.

OCTAVE, faisant ce qu'il dit.

Comment! il ne s'est pas emparé, comme ça, de votre petite main? il ne l'a pas baisée? et puis... et puis, il n'est pas allé plus loin?

MARIE, se dégageant.

Que vous êtes amusant, monsieur Mouret! Vous plaisantez sur tout... (il rit plus fort.) Vous riez de moi? mais je vous assure que je trouve encore des choses, dans les livres, que je ne comprends pas.

octave.

Je vous les expliquerai, voulez-vous?

MARIE

Oh! oui, ce sera gentil!... Quand j'aurai lu vos romans, je vous dirai mes impressions, et vous me direz si elles sont justes... Mais je bavarde, je vous dérange... Au

revoir, ne m'Oubliez pas. (Elle se dirige vers la porte du vestibule.) OCTAVE.

Je vous porterai ces volumes moi-même... Vous me le permettez?

MARIE

Sans doute, il n'y a pas de mal... Je me sauve, ma lampe brûle toute seule, là-haut... Bonsoir, monsieur

Mouret. (Elle sort.)

OCTAVE, à part.

Elle est drôle, elle m'amuse... En voilà une petite femme sans défense, avec son éducation d'oiseau en case !

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