‹ Trois pièces tirées des romans et précédées chacune d'une préface de Emile ZolaChapitre 75 sur 239 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GERVAISE, MONSIEUR et MADAME LORILLEUX.

(Ils restent tous deux sur le seuil de la porte.) LORILLEUX.

Qu'est-ce que vous nous voulez ?

MADAME LORILLEUX

Dépêchez-vous, car nous allons reporter de l'ouvrage.

GERVAISE, avec embarras.

Je voulais... J'ai fait un savonnage, on ne m'a pas payée, parce que c'est dimanche et que les gens sont à la campagne. On me payera demain.

LORILLEUX, bas à madame Lorilleux.

Une craque !

GERYAISE, la voix étranglée.

Alors, je voulais... Vous ne pourriez pas me prêter vingt sous ?

LORILLEUX, à part.

Ça y est!... (Haut.) Vingt sous, mâtin !

MADAME LORILLEUX, bas à son mari.

En voilà une mangeuse ! Aujourd'hui, elle nous tape de vingt sous, demain ce serait du double... Pas de ça !

GERYAISE.

Vous me rendriez un bien grand service.

MADAME LORILLEUX

Ma chère, vous savez que nous n'avons pas d'argent... Ça serait de bon cœur, naturellement.

LORILLEUX

Le cœur y est toujours. Seulement, quand on ne peut pas, on ne peut pas.

GERYAISE.

Je vous les rendrai demain matin, quand j'aurai touché mon savonnage.

LORILLEUX, haussant les épaules.

Votre savonnage!... Nous n'ignorons pas que vous ne travaillez plus depuis longtemps.

MADAME LORILLEUX

Ma chère, nous avons payé notre terme, nous restons sans un liard, si bien que nous sommes nous-mêmes très embarrassés pour ce soir... Et puis, voyez-vous, c'est votre faute. Il y a longtemps que nous vous avertissons. Il fallait travailler et être économe... A une autre fois...

Bonsoir ! (Elle sort.)

LORILLEUX

Oui, à une autre fois... Bonsoir ! (il sort.) SCÈNE YI

GERVAISE seule, puis VIRGINIE

GERVAISE, éclatant en sanglots

Mon Dieu ! tOUt m'abandonne i (Elle tombe accablée sur la chaise. La porte s'ouvre. Virginie paraît. Elle regarde un moment Gervaise qui pleure.)

VIRGINIE

C'est moi, Gervaise.

GERVAISE, se levant.

Qu'est-ce que vous me voulez?

VIRGINIE

J'ai appris que vous étiez tout à fait dans la peine et je viens voir ce qu'on peut faire pour vous.

GERVAISE, farouche.

Merci! je ne veux rien de personne, laissez-moi.

VIRGINIE, d'un ton doucereux.

Ne pleurez pas ainsi. Vous voyez sans doute les choses en noir... Je sais que vous ne trouvez plus d'ouvrage nulle part, et je suis venue pour vous proposer un petit travail, dans l'idée de vous rendre service... Une fois par semaine, si vous voulez venir chez moi laver la boutique...

GERVAISE

Laver... laver par terre ?

VIRGINIE

Ça ne vous va pas?... A votre aise !... Songez que vous n'avez à compter sur personne. Tout le monde s'est

éloigné de vous. On ne vous ferait pas crédit d'un sou dans le quartier... Le propriétaire va vous mettre sur le pavé, et vous serez bientôt tout à fait seule, car Xana...

GERVAISE. avec un sanglot.

Taisez-vous! Vous me rendez folle.

VIRGINIE, toujours doucereuse.

Mais, ma chère, c'est pour votre bien que je vous montre votre position... Encore si vous aviez votre

mari !

GERVAISE

Oh! oui !... Si Coupeau était là, je me croirais sauvée.

VIRGINIE

Mais il n'est pas là... Et même quelqu'un l'a vu à Sainte-Anne, il y a trois jours. Les médecins ont dit qu'il ne pouvait s'en relever... Pardonnez-moi de vous donner cette mauvaise nouvelle.

Seigneur! c'est le dernier coup !

VIRGINIE, k part.

Enfin ! je vais donc pouvoir lui dire une bonne fois... ■ Haut.) Ainsi, vous en êtes là, sans aucune ressource. Une fille qui tourne mal, un mari qui se meurt...

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