LE MÊME DOMESTIQUE
De la part du prince Mourakin ! (Il remet une lettre. )
HÉLÈNE et LAURE.
Du prince Mourakin !
MATHIEU
Pour moi ? (Le domestique se relire .) Le prince Mourakin. ..(Les deux femmes se rapprochent de Mathieu.) « Le prince de Moura- « kin prie M. et madame Blanchard, iYl. et madame Mathieu de « lui faire l’honneur d’assister à son bal. »
HÉLÈNE
Est-il possible? Oh! aller à cette fête!... Laure, nous irons.
LAURE
Je n’ose partager ta joie.
HÉLÈNE
Nous irons, te dis-je. Mon cœur saute déjà.
LAURE
Nous n’avons pas même de toilette.
HÉLÈNE
On en fait. Moi, des perles dans les cheveux, toi des torsades d’or. J’ai ma robe de tulle, toi celle de ton mariage. Que nous faut-il encore?... Rien. Nous sommes jeunes; tu es belle; le bonheur me fera jolie.
Mathieu *, à Laure et à Hélène.
M. le prince Mourakin s’est à coup sûr trompé ; cette invitation ne devait pas nous être adressée; mais comme toute politesse en appelle une autre, je vais lui répondre moi-même que nous ne pouvons aller à sa fête, parce que nous sommes des gens obs-
* Laure, Mathieu, Hélène.
curs, laborieux, complètement étrangers aux habitudes du monde.
HÉLÈNE
Quoi i après une invitation aussi personnelle, nous n’irions pas à ce bal?... C’est la seule fois, depuis que nous sommes à Paris, qu’une pareille occasion... nous ne sortons pas de l’année...
Mathieu, au bureau de gauche , regardant Laure.
Madame Mathieu, soyez plus raisonnable que madame Blanchard ; écrivez vous-méine au prince...
laure, allant à son bureau.
Je suis prête, monsieur...
Hélène, à droite , allant à Mathieu.
Non ! elle ne doit pas écrire ce refus de sa main ! ce serait une faiblesse... 'Vous n’êtespas juste, monsieur Mathieu, on n’a jamais forcé les condamnés à écrire leur propre sentence. M. Blanchard n'irait pas si loin.
MATHIEU
Votre mari fait ce qui lui plaît, madame.
HÉLÈNE
Vous, ce qui nous déplaît, voilà la différence.
LAURE
Voulez-vous dicter, monsieur ?
Mathieu, dictant à Laure , qui s’est mise à son bureau. Pendant . celle lettre, Hélène fait des signes à Laure pour l' empêcher d'écrire.
a Monsieur le prince,
a M. Blanchard et moi, Jean Mathieu, son associé pour le comte merce des denrées du Midi, nous sommes parfaitement recon- « naissants de votre politesse; mais nous sommes des hommes « de travail et non de plaisir. Le bonheur de nos femmes, qui « pensent absolument comme nous, est dans l’occupation, les « distractions modestes, l’obscurité, la retraite et les goûts sim- « pies. Aimées de leurs maris, elles ne songent qu’à leur être « agréables...
laure , s’impatientant.
Oh ! certainement.
Mathieu, avec volubilité.
s En attendant d’élever les nombreux enfants qu'elles auront « un jour. Nous sommes, monsieur le prince, Blanchard et moi, a 6on associé, vos très-humbles et très-dévoués serviteurs. »
Hélène, à part.
Quelle humiliation! Je ne supposais pas Laure capable d'aller jusqu'au bout.