SCÈNE X
MATHIEU, BLANCHARD, à la même place où on les a vus à la chute du rideau. *
MATHIEU
J’ai fait assez de chiffres pour découvrir une planète. blanchard.
Je suis fatigué, je l'avoue... Si nous prenions quelques minutes de repos ?
MATHIEU
Sybarite! (Il examine un écrin qui est sur son bureau.) Blanchard!
* Mathieu, Blanchard.
blanchard, «’ avançant vers Mathieu.
Que tiens-tu là?
MATHIEU
Tu le vois, un écrin. [Il ouvre l’écrin.)
BLANCHARD
Dieul que c'est beau! pour qui ces diamants?
MATHIEU
Ne le devines-tu pas?
BLANCHARD
Si tu étais Dumartel, je te dirais... pour quelque maîtresse.
MATHIEU
N’ai- je pas ma maîtresse aussi; celle pour qui mes yeux n’ont pas assez de regards, mes regards assez d’admiration; n’ai-je pas la plus belle de toutes les maîtresses . ina femme , Laure , pour qui j’ai autant d'amour que de sévérité?... Mes principes n'ôtent rien à ma tendresse.
Qui le sait mieux que moi?
MATHIEU
C’est mon trésor, je le surveille, je le défends, mais je l’aime. Laure ne me connaît pas. Si ma bouche, si mon visage, lui exprimaient, quand je là contemple, tout ce qu’éprouve mon cœur, je ne serais plus maître de mou autorité sur elle. Je ne vois pas chez tous ces marchands de merveilles, dont Paris abonde, une étoffe nouvelle, une fantaisie à peine étalée , sans me dire : Ceci fera plaisir à madame Mathieu; c’est cinquante louis, cent louis parfois à débourser... moi qui calcule tant!... eh! bien, je les donne et je porte le présent à Laure. Si elle est contente, je me crois trop payé. Je me dis tout bas : Pour acquit, un sourire. Ainsi, ces diamants te plaisent?
BLANCHARD
Ils sont magnifiques, mais ta femme, j’en suis sûr, aimerait mieux qu’ils fussent beaucoup moins beaux et que tu lui permisses d’aller les montrer quelque peu dans le monde. Tu vas, du reste, m’obliger d’acheter demain une semblable parure à Hélène; douce obligation, dont je le remercie. Elle est vraiment superbe; veux-tu me permettre d’aller la lui montrer? '
MATniKU .
Fais mieux, mon ami, si celte parure lui plaît, laisse- la— lai ; le bijoutier en a encore une exactement pareille, que je lui prendrai pour Laure. Mais lu vas l’interrompre dans son sommeil?
BLANCHARD
Une femme à qui l’on apporte des diamants n’est jamais fâchée d’être éveillée.
MATHIEU
Va donc !
Je reviens sur-le-champ. [Il rentre à droite.)