SCÈNE III
MATHIEU, BLANCHARD, consterné , et tenant à la main
l’écrin *.
BLANCHARD , à part.
Hélène n’est pas chez elle.
MATHIEU, à son bureau.
Te voilà déjà... eh bien, comment ta femme a-t-elle trouvé ces diamants?
BLANCHARD
Mais... fort beaux... fort beaux. ..j
A-t-elle poussé de grands cris d’admiration? l’a-t-elle embrassé?
BLANCHARD
Oui... oui... elle a été ravie. (A part.) Que penser?
MATHIEU
Mais d’où vient que tu les rapportes? Pourquoi ne pas les lui avoir laissés ?
BLANCHARD
Vois-tu... c’est que... Hélène désire auparavant connaître l’avis de ta femme... elles se consultent toujours... et... (^4 part.) où est-elle allée, mon Dieu !
MATHIEU
La fantaisie de madame Blanchard me paraît assez singulière. Il est hors de doute que ces pierreries plairont à Laure. Enfin !... reprenons notre travail. (Il prend l’écrin des mains de Blanchard et va le poser sur son bureau.)
blanchard, à part.
Hélène absente!... 11 fait jour... elle a donc passé la nuit entière hors de la maison? Oh ! qui m’apprendra...
MATHIEU
Qu’as-tu, Blanchard?
blanchard.
Moi, rien.
MATHIEU
Tu parais inquiet... troublé.
* Mathieu, Blanchard.
BLANCHARD
Non, un peu de lassitude peut-être... nous avons écrit toute la nuit... ( A part.) quelle torture !
MATHIEU
C’est fini; nous n’avons plus qu'à joindre ton travail et le mien et à relire, (il prend les feuillels écrits par Blanchard qui les lui a remis et les réunit aux siens.) Nous irons ensuite nous reposer. Veux-tu que je lise?
blanchard, à son bureau , dans la plus grande préoccupation.
Comme il te plaira.
MATHIEU lit.
« Parmi les conquêtes de l’industrie, la première, la plus fé- « conde, la plus brillaute, est sans contredit la découverte des « chemins de fer. » On dirait qu’il ne m’écoute pas. Blanchard 1 Blanchard!... est-ce qu'il dormirait? c'est pourtant sa prose que je lis... Blanchard !
blanchard, sortant de scs ré/lexions.
Eh bien... qu’y a-t-il?... poursuis... je t’écoute.
MATHIEU
Non, tu ne m’écoutes pas. Mais qu’as-tu donc?
Je t’assure... tu es d’une exigence...
MATHIEU
Lis toi-même, j’écouterai; ça marchera mieux peut-être. [Il remet le manuscrit à Blanchard, qui reste silencieux.) J'attends toujours.
BLANCHARD
Ah! j’y suis... «Parmi les conquêtes de l’industrie, la pre- « mière, la plus féconde... » Il me vient un doute... une idée...
Mathieu, à part.
Que dit-il?...
BLANCHARD
... « La première, la plus féconde, la plus brillante est sans « contredit la découverte des chemins de fer... » Oh ! non... cet espoir ne me trompe pas...
MATHIEU
Est-ce qu'il y a cela dans le manuscrit?
BLANCHARD
Mathieu !...
Mathieu, après avoir jeté les yeux sur le mémoire.
Mais non...
blanchard, se levant de son bureau.
Mathieu !...
MATHIEU
Qu’as-tu, mon ami?... est-ce que ton cerveau fatigué?...
Ma femme n'est pas dans sa chambre.
MATHIEU
Que dis-tu?