MATHIEU, BLANCHARD
MATHIEU
Blanchard!... Blanchard !... c’est affreux!...
BLANCHARD
Parle...
MATHIEU
Ma femme... ma femme n’a pas passé la nuit ici.
BLANCHARD, à part.
Oh ! mon Dieu !
MATHIEU
Évadée... enlevée... que sais-je? Devines-tu la raison?... le motif?... Action infâme!... Je veux envoyer à sa poursuite... je vais appeler tout le monde. (Il va pour sortir.)
blanchard, l’arrêtant.
Y songes-tu?... oublies-tu qu’elle porte ton nom?
MATHIEU
Tu as raison... il faut se contenir, se taire... mais j’étouffe... je meurs si je n’éclate pas... Eh bien! je cours la chercher moimême.
BLANCHARD
Où iras-tu ?
Je la tuerai avec son amant.
* Blanchard, Mathieu.
BLANCHARD
Mathieu !
MATHIEU
Elle a un amant.
BLANCHARD
Mais la femme ne connaît personne à Paris.
MATHIEU
C’est nous qui ne connaissons rien aux choses de la vie, pauvres fous qui nous épuisons pour les enrichir. Voilà dix nuits que nous travaillons comme des forçats à la chaîne; la dernière nous récompense. Ma femme a quitté la maison ! c’est ainsi qu’on nous joue, qu’on nous vole notre honneur dans l'ombre, tandis que nous vivons sur notre confiance... stupide crédulité! jusqu'au jour où le hasard tire brusquement les rideaux de l’alcôve déserte, et nous montre une solitude adultère à la place que nous occupions la veille... Adieu, je les trouverai tous les deux... [Revenant.) Mais ta femme?...
BLANCHARD
Hélène était déjà levée... elle est au comptoir... là haut... elle écrit... j’en viens... je l’ai vue...
Tu es heureux, toi!... Mais veille de près sur ton intérieur... Tu vois ce qui m’arrive pour ne l’avoir pas tenue assez étroitement liée à ses devoirs. Vengeance ! oh! vengeance !... (On entend au dehors la voix de Dumarlel.)
blanchard, se précipitant sur Mathieu pour f arrêter.
É(oufife-la un instant! j’entends Dumartel... Qu'il ne sache rien... son ironie te tuerait...