‹ Trois savants chrétiens au XIXe siècleChapitre 37 sur 45 · ICI EST NÉ LOUIS PASTEUR LE 27 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ICI EST NÉ LOUIS PASTEUR LE 27 DÉCEMBRE

Son père, ancien soldai de l'Empire, décoré sur le champ de bataille, avait embrassé le métier de lanneur. Peu de temps après la naissance de Louis, on 1825, il aclu'lait une petite tannerie au village

TROIS «AVAMS ClIRtTtENS. 12

178 PASITUR

d'Arbois, où devait s'écouler l'enfance de notre savant.

Ses parents résolurent dès le principe d'en faire un savant. Il va- au collège de la ville, mais l'école buissonnière l'attire longtemps. Il aimait la nature avec passion et la nature éveille en lui des sentiments d'artiste. Il caricature d'abord, puis dessine. Ouglques portraitiS au pastel, celui de sa mère en particulier, révèlent un véritable talent. yt. « Quel dommage, disait une bonne vieille Arboisienne, quel dommage qu'il se soit enfoncé dans un tas de cliimie !... Il a manqué sa vocation. Il serait arrivé certainement à se faire une réputation de peintre ! » Franchement, les artistes eux-mêmes ne regretteront pas qu'il ait « manqué sa vocation ».

Mais bientôt Louis comprit qu'il lui .fallait travailler pour répondre aux espérances de ses parents et acquérir les moyens de se rendre utile plus tard. Il se mit donc au travail avec un acharnement, une ténacité (juc nulle difficulté n'arrêtera jamais.

Après sa rhétorique, il va faire une année de philosophie au collège de Bqpançon. Ce fut là qu'il prit contact avec la chimie et qu'il aima cette science avec une passion qui ne devait jamais se

démeiilir. Il se , prépare ensuite à l'Ecole Normale. Reçu le quatorzième, il refuse, étudie

Maison où est né Pasteur, à Doii;.

encore une année et est admis le quatrième (1843).

A Paris,, il (A)ntinue à étudier la chimie avec le même acharnement, sous la direction de deux processeurs de talent, Dumas, et Balard. Ses jours de congé, il les passait à la bibliothèque ou au labora-

ISO PASTEUR

toire heureux et fier d'essayer el de mener à bien les expériences les plus longues et les plus compliquées. Un jour, il voulut préparer ilu phosphore par la calcination des os et l)assa dix-sept heures, de quatre heures du matin à neuf heures du soir, autour de ses cornueet de ses fourneaux tout rouges. On pressent déjà (piels miracles pouvait accomplir une teille énergie de volonté, une telle passion pour la science.

A peine ses trois années de Normale terminées, Pasteur fut reçu agrégé des sciences physiques et obtint de rester à l'Ecole comme préparateur. Il s'agissait maintenant pour lui de préparer sa thèse de doctorat. Tout de suite il orienta ses recherches vers l'étude des formes et des propriétés des cristaux.

Précisément à cette époque, une note de Milscherlitch, savant chimiste allemand, était venue jeter l'émoi dans les laboratoires français. Il prétendait simplement (luc djeux groupes de composés chimiques assez rapprochés, appelés tarlrates

et paratarlrales, se cristallisaient sous des formes géométriques absolument indentiques, alors qu'un chimiste français des plus distingués, Biot. avait démontré que les tartrates exerçaient une influence très différente de celle des paratartrates sur la lumière dite polarisée (cest-à-dire dont toutes les vibrations sont orientées dans un même plan). Cristaux identiques et action contraire ^ur les vibrations lumineuses, c'était une anomalie inexplicable.

Pasteur vit qu'il y avait là, dans Tune ou l'autre affirmation des deux chimistes allemand ou français, une erreur à rectifier, et il se mit à l'œuvre. Le succès couronna bientôt ses efforts et, par une observation plus précise, il démontra que les cristaux des tartrates présentaient une particularité remarquable. Leur .forme nétait plus absolu- Hient symétrique et régulière, comme l'avait cru Mitscherlitch, mais à tous el du même côté il manquait le même petit fragment, comme à des soldats auxquels on aurait enlevé Tépauletle droffe. Les cristaux des paratartrates, observés de plus près, se trouvèrent également formés de cristaux tous dissymétriques, mais ces cristaux étaient de deux sortes : aux uns, il manquait l'épauletle droite, aux autres lépaulette

182 PASTEUPf

gauche. Ces paratartrales nétaient donc pas autre chose que le mélange en proportions égales ùe deux autres sels : les tarlrates ordinaires, dissymétriques à droite, déjà connus, et les lévotartrates, dissymétriques à gauche (1), que Pasteur vient de découvrir ainsi. Mieux que cela, il a découvert par là le phénomène très général et inconnu jusque-là de la dissymétrie cristalline (hémiédrie), auquel correspond, dans la constitution même des molécules intégrantes des corps, celui de la dissymétrie moléculaire, phénomènes qui, tous deux, devaient ouvrir à la chimie et à la cristallographie des horizons aussi vastes que féconds. • ,

Il fallait dans les paralartrates séparer le nouveau sel découvert (lévotartrate). C'est là que Pasteur fit connaissance avec les premiers microbes. 11 reconnut en effet, en essayant divers procédés, que le Penicillum glaucum, une mqisissure ensemencée sur une solution de paratarlrate, avait une préférence marquée pour le tar- Irate droit et laissait le tartrale gauche intact.

1 . Les lév(itartr?ites font dévier à gauche le plan dopientafion de la lumière polarisée. Les tartrates ordinaires le faisaient dévier à droite, et les paratartrates, mélanges des deux, restaient sans actinn.

EXFAXCE ET ETUDES 183

(( De là un nouveau et singulier procédé d'analyse chimique. Les travaux de laboratoire allaient ressembler à la chasse au lapin. Entre les mains, du chimiste, le microbe allait jouer le même rôle que le furet sous la direction du chasseur. Deux corps étant combinés ou simplement masqués l'un par l'autre, vite un microbe Dour les découvrir ou une légion de microbes pour détruire l'un des deux corps et isoler l'autre (1). »

Pasteur avait à peine vingt-cinq ans et il étonna l'Académie par cette brillante découverte qui mettait en défaut les expériences de deux illustres savants : Biot et .Mitscherlitch.

Peu de temps après, il était nommé professeur (Te chimie à Strasbourg, ce qui lui permit de compléter ses recherches. Il y resta quatre années (1850-1854) et se signala plusieurs fois à l'attention de l'Académie par de remarquables travaux, *

Peu de teçips après son arrivée à Strasbourg il se maria avec M"" Marie Laurent, fille du recteur de l'Académie. « Cette femme d'élite a eu un rôle important dans son existence, toute de pensées,

Page 1