‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 34 sur 68 · CIM LU MAMA US · texte numérisé non relu

CIM LU MAMA US

Â% moment où nous entrâmes dans cette baie, nous aperçûmes sur la côte septentrionale un village et des habi-

tans, à qui la vue de nos vaisseaux parnt inspirer du

trouble et de la crainte. Nous distinguiouis nettement des gens qui marchoient vers l'intérieur du pays, avec des fardeaux sur leurs épaules, Je résolus de débarquer près de leurs habitations qui frappoient nos regards, et je me mis, en effet , en route avec trois canots armés et quelques-uns de mes Officiers. Trente ou quarante hommes qui portoient une hallebarde, un arc et des traits, étoient rangés en bataille sur un monticule. près du village : à mesure que nous gpprochâmes, trois d’entre eux descendirent sur la grèye ; ils ôtèrent leurs chapeaux , et ils nous firent des révérences profondes. Nous répondimes à leurs politesses ; mais cet accueil de notre part ne leur inspira pas asséz de confiance pour attendre que nous eussions débarqué , car ils se retirèrent au moment que nos canots touchèrent le rivage. Je les suivis seul, sans rien tenir à la main ; je les déterminai, par mes signes et mes, gestes, à s'arrêter, et à recevoir en présent quelques bagatelles. Ils me donnèrent, en retour, deux peaux de renard et deux dents de cheval de mer. J'ignore si les largesses commencèrent de mon côté ou du léur; il me parut qu'ils avoient apporté ces

. Choses afin de me les offrir , et qu’ils me les auroient pré-

sentées quand même ils n’auroient rieh reçu de moi. &

Je les jugeai très-craintifs et très.ciféonspects ; et ils me prièrent, par gestes, de #e pas laisser avancer les gens de ma troupe : l’un d’entre eux', sur les épaules duquel je voulus mettre la main, tressaillit, et recula de plusieurs pas. Ils se retirèrent à mesure que j’approchai; ils étoient prêts à faire usage de leurs piques, et ceux qui se trouvoient sur le monticule se disposoient à les soutenir avec leurs traits, J'arrivai insensiblement au tœilieu d'eux , ainsi

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que deux ou trois de mes compagnons. Des grains de verre que je leur distribuai leur inspirèrent bientôt une sorte de confiance ; ils ne s’alarmèrent plus lorsqu'ils virent que quelques autres de mes gens venoient nous joiadre ; et les échanges entre nous commencèrent peu-à-peu. Nous leur donnâmes des couteaux, des grains de verre, du tabac, et ils nous donnèrent plusieurs de leurs vêtemens et un petit nombre de traits, mais rien de ce que nous leur offrimes ne put les engager à nous céder une pique ou un arc. Ils eurent soin de les tenir toujours en arrêt; ils ne les quittèrent jamais , sij'en excepte quatre ou cinq hommes, qui les déposèrent une fois pour nous régaler d’une danse et d’une chanson : jls ne manquèrent pas même alors de les placer de manière à pouvoir les reprendre dans un instant; ils désirèrent , pour leur sûreté, que nous nous tinssions assis. °

Leurs traits étoient armés d’os ou de pierres ; mais nous en remarquâmes très-peu de barbelés, et quelques-uns avoient une pointe mousse arrondie. Je ne puis dire à quel usage ils emploient ces derniers, à-moins qu'ils ne s'en servent pour tuer de petits animaux, sans gâter la fourrure. Leurs arcs ressembloient à ceux que nous avions vus sur la côte d'Amérique , et à ceux qu'on trouve parmi les Esquimaux. Les piques et les hallebardes étoient de fer ou d'acier, et de fabrique européenne d asiatique : on s'étoit donné beaucoup de peine pour les orner de sculptures et de pièces de rapport d’airain, ou d’un métal blanc. Ceux qui.se tenoient devant nous, l'arc et les traits en arrêt, portoient leurs piques en bandoulière sur l'épaule droite : une lanière de cuir rouge formoit Ja bandoulière ; un carquois de cuir , rempli de flèches , pendoit sur leur

épaule gauche. Quelques-uns de ces carquois nous parurent extrêmement jolis ; ils étoient de cuir rouge ; et ils offroient une broderie élégante et d'autres ornemens.

Plusieurs autres choses , et leurs vêtemens en particulier , annoncent un degré d'industrie bien supérieur à ce qu’on attend d’une peuplade placée à une si haute latitude. Tous les Américains que nous avions vus depuis notre arrivée‘sur-cette côte, éloient d'uge petite taille ; ils avoient la face joufflue et arrondie , et les ds des joues proëminens. Les habitans du ‘pays où nous relàchions maintenant , nous offroient des visages allongés ; ils étoient robustes et bien faits; en un mot, ils paroissoient d’une race absolument différente. Nous n’aperçèmes ni enfans, ni vieillards, si j'en excepte un homme qui avoit la tête chauve et étoit désarmé : les autres sembloient être des guerriers d'élite ; ils se trouvoicnt au-dessous plutôt qu'audessus du moyen âge. Une marque noire, la seule de ce genre que je remarquai , traversoit la figure du vieillard : ils avoient tous les oreilles percées , et quelques-uns ÿ portoient des grains de verre : c'étoit à- -peu-près leur unique parure , car ils n’en ont point à leurs lèvres. Ceci est un nouveau peint dans lequel ils diffèrent des Américains Lund nous avions vus en dernier lieu.

Leur vêtement est composé d’un chapeau , d’une jaquette, d'unéfpaire de culottes, d’une paire de bottes et d’une paire de gants : chacune de:ces choses est de cuir, de peaux de daim ou de chien , de veau de mer, extrêmement bien apprêtées, etc. ; quelques-unes conservent leurs poils. La tête entre dans le chapeau. Indépendamment de ces chapeaux , dont la plupart des Naturels du pays fent “usage ; nous achetâmes des capuchons de peaux de chiens,

et assez gränds. pour couvrir la tête et les épaules. Leur chevelure nous parut noire; mais elle étoit rasée ou coupée très- -près , et aucun d’eux ne portoit sa barbe. Dans le petit nombre d'articles qu'ils obtiorens de nous , les couteaux et le tabac furent ce qu'is estimèrent le HE

Leurs habitations d'été différent de leurs habitations. d'hiver ; les dernières ressemblent exactement à une voûte dont le plancher est un peu au-dessous de la surface de la terre. L'une d'elles, que j'examinai, avoit@ne forme ovale, environ vingt pieds de hauteur , et à-peu-près douze d’élévation ; la charpente étoit de bois et de côtes de baleines disposéef d’une manière judicieuse , et liées-ensemble par des corps plus petits : il y a sur cette charpente une première couverture d’une herbe forte et grossière., qui‘en porte une seconde. de terre; en sorte qu'au-dehors ; la maison ressemble à un petit mondrain, soutenu par une . muraille de pierres de trois ou quatre MH À de hauteur, construite autour des deux côtés, et à une extrémité. A l'autre extrémité , la:terre ést élevée en pente , de manière à pouvoir monter à l'entrée, qui n’est autre chose qu'un trou placé au sotumet du toit. Le lieu où l’on marche étoit plaucheïé, et.il y avoit au-dessous une espèce de cel. Lier dans lequel je n’aperçus que de l’eau. Je remarquai, au bout de chacune des cabanes , une chambre voütée que je pris poûr un magasin. Ces, magasins communiquoient à l'habitation par un passage obscur , et avec l'atmosphère par une ouverture qui se trouve dans le toit, et qui est au niveau du terrain sur lequel on marche en plein air ; mais on ne peut pas dire qu’ils sont absolument souterrains, car une des extrémités touchoit au bord de la colline, le long de laquelle ils sont rangés, et‘elle étoit construite en

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pierres. Le dessus étoit surmonté d’une espèce de guérite de sentinelle ou de tour , composée d'ossemens d’uu gros poisson. FE

Les cabanes d'été sont circulaires et assez étendues ; elles forment une pointe au sommete des perches légères et des os couverts des peaux d'animaux marins, en composent la charpente. L'une d’elles, dont j'examinai aussi l'intérieur, offroit un être au foyer à côté de la porte; j'y vis un petit nombre de vases de bois, dont chacun étoit fort sale. Lies endroits où se couchent les Naturels se trouvoient sur les flancs, et occupoient à-peu-près la moitié de la circonférence. 11 paroît qu’ils ont es idées de pudeur et de décence; car il y avoit plusieurs séparations formées avec des peaux. Le lit et le coucher étoient de peaux de daim, la plupart sèches et propres.

J'observai autour des habitations divers échafauds de dix à douze pieds de hauteur, pareils à ceux qüe nous avions rencontrés sur quelques parties de la côte d’Æ4mé rique. ‘Is étoient d’os dans toutes leurs parties , et ils paroissnient destinés à sécher du poissôn ou des peaux ; on les met ainsi hors de la portée des chiens, très-nombreux dans Je pays. Ces chiens sont de l'espèce du renard, mais plus gros et de différentes couleurs ; ils ont de longs poils -soyeux qui ressemblent à de la lainé. Il est vraisemblable qu'ils les attèlent’à leurs traîneaux pendant l'hiver : car ils ônt des traîneaux; et j'en vis un nombre assez considérable dans une- de leurs habitations d’hiver. Peut-être aussi que les chiens entrent dans leur régime diététique; car j'en aperçus plusieurs qui avoient été tués le matin.

Les canots de cette peuplade soui du même genre que ceux des Sauvages établis à la côte Nord-Ouest de l'Amé-

# DE COOK. (1778) 207 rique; nous en trouvämes de grands et de, petits dans une crique qui est au-dessous du village. .

Les environs de la bourgade nous offrirent une multitude d'ossemens de gros poissons et d’autres animaux marins; d'où il y a lieu de croire que la mer fournit la plus grandeipartie de leurs subsistances. Le pays me parut extrémement stérile ; car je n'y vis ni arbres, ni arbrisseaux. Nous observâmes, à quelque distance à POuest, une chaîne de at couvertes de neige rt depuis peu,

Nous supposämes d'abétd que cette terre fait partie de l'isle d’/aschke , marquée dans la carte de M. Staeblin, dont j'ai parlé plus haut. Mais d’après la forme de la côte, d'äprès la position du rivage opposé d'Amérique , et d’après la longitude , nous ne tardèmes pas à penser que c'étoit le pays des Tschutsky, ou l'extrémité orientale de l'Asie, reconnue par Bering en 1728: Pour adopter cette dernière opiuion sans examen ultérieur , il 'auroit fallu juger la carte de M. Staeblin extrêmement fautive, jusque dans les degrés de latitude, ou même croire qu’elle oftre des détails absolument chimériques : je n’avois pas droit de juger. sinsi.un ouvrage muni de garaÿs si dignes deconsidération, sans donner des preuves très-claires.

+ Lorsque nous eûmes passé deux ou trois heures avec œette peüplade ; vous retournâmes au vaisseau. Le vent aÿant bientôt soufflé de la partie du Sud, nous appareillâmes , nous sortimes de la baie, et nous gouvernâmes au Nord- Est, entre la côte et les dé Isles. Le lendemain à midi , la côte: ‘se prolongeoïit du Sud 60 degrés Ouest au Nord 84 degrés Ouest; les Isles nous réstoient an Sud 40 degrés Quest, et la colline à pic, qui est par-delà le Cap

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du Prince de Galles, au Sud 36 degrés Est : depuis ce Cap, Ja tetre s'étendoit jusqu'au Sud 75 degrés Est ; la latitude du vaisseau étoit de 66 degrés 5 minutes uu quart, et la longitude de 191 degrés 19 minutes ; la sonde rapportoit 28 brasses : nous nous trouvions à-peu-prés au milieu du canal, ct chacune des deux côtes se montroit à sept lieues de distante:

Nous mines ici le cap à l'Est, afin de nous Dr de celle d'Amérique. Durant notre roûte , la profondeur de la mer diminua insensiblement : comme il y avoit peu

de vent, et.que nos efforts pod#trouver des sondes plus .

considérables manquoient de succès, je me vis obligé de jeter l'ancre sur six brasses ; car il ne nous restoit d'autre moyen d'empêcher le vaisseau , de tomber dans. des eaux plus basses. La partie de la terre occidentale la plus voisine de nous ; se montroit à l'Ouest, à douze lieues. La colline à pic, qui surmonte le Cap du Prince de Galles, nous restoit au Sud 16 degrés Ouest; la partie la plus seps tentrionale en vue du Continent de l'Amérique, à VEst- Sud-Est, et le district le moins éloigné, à environ quatre Jieues..

Lorsque nous. eûmes mouillé, j’ envoyai un canot prendre des sondes, et l'on trouva que l’eau diminuoit peu-a-peu vers la terre. Tant que nous fûmes à l'ancre, c’est-à-dire, depuis six jusqu’à neuf heures du soir, nous ne rencontrâmes point ou peu de courant, et nous ne pouvions nous apercevoir si la mer montoit ou descendoit.

Il s’éleva une brise du Nord, et nous remîmes à la voile:

nous portämes à l'Ouest, route qui nous conduisit Bientôt

dans des eaux nlus profondes. Durant la journée du 32, nous marchômes au plus près au Nord : les deux côtes

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