‹ Troisièmes mélangesChapitre 61 sur 96 · PREFACE. CI · texte numérisé non relu

PREFACE. CI

contestons pas votre droit , à vous qui maintenant avez part à la puissance politique , nous voulons au contraire que vous en jouissiez pleinement ; mais nous voulons en jouir comme vous , parce qu'il nous appartient comme à vous , et qu'il n'existeroit pour personne , si quelques uns pouvoient en dépouiller les autres à leur gré.

Le sentiment de la justice, inhérent au cœur de chaque homme , prête à ce langage une force invincible. Un peu plus tôt, un peu plus tard, il produira donc son effet. Ce qui trouble encore quelques esprits , ce sont les inquiétudes qu'ont fait naître certaines maximes violentes qui n'enfanteroient, au lieu de la liberté voulue de tous , qu'une tyrannie exécrable. Il est possible que des têtes désordonnées , des âmes sombres , aient rêvé , dans leur délire, une semblable tyrannie. Il est possible aussi que les despotismes européens aient évoqué ce fantôme sanglant pour contenir les peuples par une terreur plus vive que le désir même de secouer l'odieux joug dont ils les écrasent. Mais l'opinion publique s'est soulevée avec une horreur si unanime contre toute théorie qui porteroit atteinte soit à la sûreté personnelle, soit au droit de propriété, soit à une liberté quelconque , qu'il n'est personne en France aujourd'hui qui croie à la possibi-

Cil PREFACE.

lité du régime atroce dont on a tâché de lui faire peur.

Je me trompe , ce régime est possible ; qui de nous l'ignore ? Il est possible , car il existe en Pologne , en Allemagne , en Italie ; il est possible , mais là seulement où règne l'absolutisme, et là où il s'efforce de régner. A quoi partout aspirent les peuples > si ce n'est à s'en affranchir ? Pourquoi combattent-ils , sinon pour leur vie , leurs biens , leur liberté d'homme? Ils se sont fatigués, c'est leur crime, du 93 des rois. Contemplez l'Europe : qui aujourd'hui emprisonne en masse , qui torture, qui confisque , qui fusille et mitraille et tue ? Ce que la Convention même ne fit pas , les souverains le font sans remords. Elle ne jetoit point au fond des mines les Vendéens échappés au carnage; elle n'ordonnoit point à la cavalerie de passer sur le corps de malheureux réfugiés couchés à terre et demandant , pour toute grâce , de n'être pas livrés à leurs bourreaux ; elle n'arrachoit point les enfants du sein de leurs mères pour les distribuer, comme des têtes de bétail , à des étrangers; elle ne transportoit point des populations entières dans des pays lointains , pour leur ôter tout , jusqu'à l'air et au soleil de la patrie; elle ne çhoisissoit point arbitrairement de nouveaux juges à ceux qu'avoient acquittésses tribunaux,

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