AVANT-PROPOS
La notion du rôle des glandes à sécrétion interne dans l'économie, quoique d’origine très ancienne, fut longtemps considérée comme négligeable ; ce n’est que
depuis les premières conceptions théoriques de Brown-
,Séquarä que l’on commença à en soupçonner l’importance. L’opothérapie timide d’abord, essayée dans de mauvaises conditions, puis avee des procédés plus perfectionnés, permit de se rendre compte de l’action des glandes internes sur les phénomènes somatiques, un peu plus tard son action sur les phénomènes mentaux fut démontrée par la guérison de certains myxœædémateux, chez lesquels on pouvait suivre pas à pas, l'amélioration parallèle de l’état physique et des phénomènes psychiques et assister ainsi à une transformation complète de la personnalité.
Lorsque le trouble dans la sécrétion glandulaire interne se produit chez un individu âgé, les troubles mentaux revêtent une autre allure que chez l’enfant ,en raison des acquisitions antérieures et du développement de la personnalité ; tous ces troubles psychiques sous l'influence de perturbations fonctionnelles des glandes à sécrétion interne doivent être rangés dans le cadre
des psychoses d’origine ne dans l'immense majorité des cas. ù S
Les affections du corps Honerde méritent le premier rang parmi les affections des glandes à sécrétion interne; sans entrer dans les théories physiologiques il est permis de penser que la glande thyroïdienne joue un rôle important dans la neutralisation de certains poisons et surtout des poisons dûs à l'absorption de substances carnées ; les expériences ont montré que les carnivores sont beaucoup plus sensibles à la thyroïdectomie que les herbivores; chez les chiens, comme en témoignent les expériences, la survie est nulle si l’on soumet les animaux au régime carné, elle est beaucoup plus longue s'ils sont mis au régime du pain et du lait. -
Quels que soient les poisons destinés à neutraliser la sécrétion thyroïdienne, il n’en est pas moins vrai que deux entités morbides sont de plus en plus considérées comme dues à des modifications de cette sécrétion, ce sont d’une part le goître exophtalmique et d'autre part le myxœdémie.
Nous sommes encore loin de cet âge d’or où l’on pourrait prévenir et guérir les maladies mentales soit en empêchant, soit en neutralisant l’auto-intoxication. Cependant, on ne saurait nier les réels progrès accomplis dans cette voie depuis ces dernières années; la méthode expérimentale ne nous à pas encore donné en médecine mentale des résultats bien probants, mais nous avons pour nous la méthode d’observatiôn, dont les données plus certaines et moins variables doivent être pour nous un précieux encouragement.
Nous avons divisé en quatre parties cette étude de l'état mental dans le goître exophtalmique. ETC à
Dans le premier chapitre nous passons en revue les travaux déjà nombreux qui ont paru sur ce sujet et nous montrons en même temps les conceptions diverses des auteurs sur cet état mental.
Dans le second chapitre, nous avons passé en revue la pathogénie du goître exophtalmique, afin d'essayer de saisir les relations qui peuvent exister entre cette pathogénie et l'apparition des psychoses.
Les modifications du caractère, de l'intelligence et de la volonté et les psychoses proprement dites sont étudiées dans le troisième chapitre.
Le pronostic et le traitement font l’objet de la dernière partie.
Tel est le plan général de cette thèse. Maïs avant d'en aborder l'étude, qu’il nous soit permis d'adresser l'expression de notre respectueuse gratitude aux maïitres, qui, durant le cours de nos études médicales, nous ont aidé de leurs conseils.
Nous remercions vivement M. le dobtenr a membre de l’Académie de médecine, médecin en chef de l'admission (Asile Sainte-Anne), dont nous avons l'honneur d’être l’interne.
MM. les docteurs Rey, Journiac, Leroy, Truelle ont été pour nous un guide précieux pendant la durée de nos études et nous ont toujours témoigné une grande bienveillance. M. le Docteur Dromard, a été pour nous un maître et un ami; qu'il nous permette de lui dire notre reconnaissance pour les témoignages d’affectueux intérêt que nous avons reçus de lui.
M. le Professeur Gilbert Ballet nous a fait le grand honneur de présider ous thèse ; : nous l'en remercions
vivement.
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de à ù jet ts Date x “4 (FH ar CHAPITRE: RREMEE RAM Re LATE F es r É j - ni ï CU te ñ i , Œ 7 = à j é Fe j : 151 À RISTOBIQUE Tor T4 k F3 IS F- ? 5 Ë ù | PAIE “HE F } “te, Basepow, en 1840, décrivant la maladie qui devait Se porter son nom, note l'inquiétude et l'apathie des ma- 5 Pre-tades.
& Trousseau, dans ses cliniques, accorde une grande M place. dans l’ensemble symptomatique de la maladie de
___ Basedow aux troubles psychiques et leur attribue une l 110 ? grande valeur comme moyen diagnostique. mi dépeint à) F <%s ces malades comme versatiles, irascibles et d'une ex 3 s | gence qui ne trouve d’excuse que dans la maladie. I) À 75 cite l’exemple d’un malade atteint de maladie de Base F4 dowet qui présenta dans le cours de la maladie un a … délire très prononcé. | x : e.
Ta
4 Bruch, à la même date, signale la coexistence du SU goitre exophtamique avec l'hystérie. È
"4 MACDONNELL publie la première observation . de vé- de
Fr Sanie dans la maladie de Basedow. Il parle d'une ‘femme 7 "50 de 22 ans, qui fut prise de palpitations, de battements du corps thyroïde et d'accidents cérébraux maniaques.
Paul (Berlin. Klin. Wochensch, no 27, 1865) publie Fe
l'observation d’une fille de 23 ans, qui, à la suite d’un ce |
refroidissement, vit ses règles supprimées. Presque en
même temps, elle tomba dans un état de prostralion, de" mélancolie ; quelques senraines plus tard, apparurent
les Dies classiques de la maladie de Basedow.
GEIGELL, en 1866, au cours d’une longue étude sur la maladie de Basedow, rapporte l'observation d'un ma-
. lade atteint de goître exophtalmique et d’aliénation men-
tale, mais il ne cherche pas à établir les liens qui
unissent la névrose aux troubles potins observés
chez son malade.
MORE - MAckenNziE, en 1868, rapporte l'observation d une jeune fille ayant un goître exophtalmique avec pa- roxysmes maniaques.
SozBriG, en 1871, a observé une malade âgée de 42 ans qui fut prise en même temps de goître exophtalmi-
que avec impulsions irrésistibles à tuer ses enfants,
et qui guérit complètement en moins d’une année. Quinze jours après le rétablissement, de cette femme, son fils
âgé de 8 ans, à la suite de surmeénage intellectuel, fut
atteint subitement de It maladie de Basedow et dix
jours plus tard il était complètement guéri.
La même année, MEyNerT publie l'observation d'une
de jeune fille de 17 ans, chez laquelle, à la suite d'un violent chagrin, apparurent simultanément les symptô-
mes de la maladie de Basedow et une agitation maniaque des plus intenses : « Le cas, dit-il, démontre que le désordre intellectuel, peut reconnaitre pour cause l'hypérémie cérébrale et que les troubles dans l'innervation vaso-motrice jouent un rôle capital dans la produc-
tion de la folie ».
DELASIAUVE, en 1874, communique à la Société . médicale des hôpitaux l’observation d'une femme qui, atteinte de goitre exophtalmique et épileptique, présente |
des désordres cérébraux très accentués. « Faut-il, dit | Delasiauve, rapporter au goître exophtalmique une part des désordres psychiques dont souffre la malade ! Je me contente d'énoncer cette question.»
En 1875, RoBErTsoN publie en Angleterre lobservation d’une malade qui fut prise d’agitation maniaque cinq mois après l'apparition des premiers symptômes du goître exophtalmique et succomba peu de jours après. - Pour Robertson, ÿl est incontestable que, dans ce cas,
les troubles mentaux dépendaient de la même cause
que le goître exophtalmique.
… Le 15 mars 1876, à la Société de psychiâtrie de Berlin, BŒTTGER communique l'observation d’une femme
qui, peu de temps après l'apparition des premiers si-
gnes du goître exophtalmique, fut prise d’excitation maniaque avec hallucinations. Dans la même séance, Noetel,
cite le cas d'une femme chez laquelle au cours d’un goî-
‘tre exophtalmique survint une mélancolie anxieuse ; au bout de quelques jours, la mélancolie guérit et les symplômes basedowiens s’amendèrent.
JuNG, à la même date, publie l'observation d’un cas.
de goître exophtalmique et de manie, où l'amélioration des signes physiques amena l'appel des troubles mentaux:
. Au mois de décembre 1877, Cane publie en Angleterre
l'observation d’une femme qui, à la suite de violents.
chagrins occasionnés par la mort de son mari, fut prise en même temps de goître exophtalmique et de trou-
CARS Na jets
bles psychiques. La malade présenta des alternatives manie el de mélancolie et fit plusieurs tentatives de suicide . |
SAVAGE fait paraître en 1882, un mémoire contenant trois observations où le goître exophtalmique était accompgané d'accidents maniaques avec mélancolie. Il pense que dans ces trois cas les troubles psychiques sont fortuitement associés à la maladie de Basedow.
RENDU (article « Goître exophtalmique » du Diction-
naire de Dechambre), cite une femme basedowienne qui voit d’abord une foule d’objets lumineux vagues, mais qui bientôt prirent des formes humaines ; plus tard
des hallucinations de l’ouïe se sont jointes aux halluci-
nations visuelles.
En 1887, Collins publie l'observation d’une malade chez laquelle, au cours de la maladie de Basedow survinrent des désordres cérébraux : mélange d'excitation maniaque et de dépression mélancolique avec idées mystiques, idées de persécution. Les troubles psychiques disparurent au bout d’un mois laissant la maladie de Basedow dans le même état qu'avant leur apparition.
Lanpouzy (Journal de Médecine et de Chirurgie pratiques, 1886), publie l’observation d’un homme chez lequel tous les accidents qu'il a eus dans l’enfance (rougeole, angine, morsure d'un chien), avaient occasionné un délire violent et qui, par la suite, présenta des symptômes de Basedow, avec manie.
En 1889, CLarcke (Amér. Journ. 6f Insan.), publie l'observation d’un individu aliéné depuis 20 ans lorsqu'il fut atteint de maladie de Graves et une autre ob-