TRYPANOSOMIASE DES CHEVAUX DE L'ANNAM
Agent pathogène : Trypanosoma annamense, Laveran, 1911.
§ 1. — Historique. Répartition.
Dès 1888, le vétérinaire français Blanchard signalait l'existence, au Tonkin, d'une trypanosomiase enzootique sur les mules ',
Depuis lors, cette trypanosomiase a été étudiée par Carougeau, Blin, Vassal, Brau, Saint-Serniu et Mutin Boudet, H. Schein, Hallot, Mathis et Léger ^.
En 1905, le D"^ Vassal a bien voulu nous faire remettre par M. Vernet, de Suoi-Giao, un lapin infecté avec le trypanosome des chevaux de TAnnam, ce qui nous a permis d'étudier ce trypanosome comparativement avec le Tr. Evansi^.
Les épizooties causées par la trypanosomiase des chevaux de l'Annam régnent fréquemment dans la région de Khanh-Hoa et de Nhatrang; Vassal a observé deux de ces épizooties en 1904 et 1905.
Le sud de nos possessions indo-chinoises n'est pas indemne. On a observé à Halien, port de mer à la frontière de la Gochinchine et du Cambodge, une épizootie des chevaux due très probablement au môme trypanosome que celui de l'Annam \
1. L.-F. Blanchard (rapport de Mollereau), Bullel. Soc. ceiitr. méd. vétér.. 30 déc. 1888, p. 694.
2. Carougeau, Bull. écon. de l'Indochine, 1902, p. 282, Bull. Soc. cenlr. méd. vétér., 30 juin 1901, p. 295, et liev. gén. méd. vétér., 1903, 1, p. 68.5. — Blin, Revue gén. méd. vélér., 1903, I, p. 213. — J.-J. Vassal, Trypanosomiase des chevaux de l'Annam, Ann. de l'Inst. Pasteur, 1906, t. XX, p. 2.")6. — Brau, Saint-Sernin et Mutin Boudet, Bullet. Chambre d'agric. de Cochinchine, 10 février 1906. —II. Schein, Ann. Inst. Pasteur, 25 sept. 1907. — Hallot, Revue gén. méd. vétér., août 1908. — Mathis et Léger, Rech. de parasitai . et de path. au Tonkin, Paris, 1911.
3. A. Laveran et F. Mesnil. Ann. Inst. Pasteur, 1900. t. XX, p. 296.
4. Kermorgant, Bull. Acad. Médecine, t. L, 3 nov. 1903, p. 202. — Montel, Ann. d'hyg. et de méd. coloniales, 1904, t. VII, p. 219. La présence de trypan. dans le sang des animaux atteints par cette épizootie a été constatée par Laveran.
Schein cite parmi les provinces atteintes celle de Vietri, au nord de Hanoï.
Il est probable que beaucoup d'épizooties signalées en Cochinclîine, au Tonkin, au Laos, doivent être attribuées à la même maladie. L'Indochine toute entière paraît contaminée (Schein).
§ 2. ^ Évolution de la maladie. Symptômes.
Les épizooties atteignent presque exclusivement les équidés ou du moins elles ne font périr, dans une forte proportion, que ces animaux. Les bovidés peuvent s'infecter, mais l'infection ne se manifeste en général, chez eux, par aucun symptôme apparent et elle se termine le plus souvent par guérison, aussi passe-t-elle inaperçue dans la plupart des cas, La maladie a été observée quelquefois à l'état d'infection naturelle chez le chien,
Equidés. — Au début de l'infection, le cheval a toutes les apparences de la santé, lappétit est conservé; d'après Vassal, cette période d'incubation a une durée de 8 à 10 jours.
La fièvre constitue un des premiers symptômes; la température s'élève brusquement à 39'',o ou 40"; les poussées, qui durent de 4 à 0 jours, sont séparées par des intervalles d'apyrexie.
C'est d'ordinaire à l'occasion du travail que la maladie devient apparente; l'animal est paresseux, on a de la peine à le faire sortir de l'écurie.
Le cheval maigrit et s'anémie, les muqueuses se décolorent. Des œdèmes apparaissent à la partie inférieure des membres et à la partie médiane de la région ventrale.
A la dernière période, la marche devient chancelante et, la paralysie du train postérieur augmentant, le cheval tombe sur le flanc pour ne plus se relever.
Les trypanosomes se montrent dans le sang par poussées qui coïncident d'ordinaire avec les poussées fébriles.
Vassal n'a jamais observé d'ophtalmies ni de dermatoses.
Schein note que le poil se pique et que quelques chevaux présentent de la conjonctivite ou de la kératite.
L'urine devient albumineuse pendant les poussées de fièvre (Schein).
Brau, Saint-Sernin et Mutin Boudet ont décrit deux formes de la trypanosomiase : une forme œdémateuse grave, entraînant la mort en 30 à 45 jours, et une forme sèche, plus lente, ne tuant les chevaux qu'en 60 à 75 jours. Schein fait observer que des œdèmes, parfois fugaces, se produisent presque toujours au cours de la maladie et que leur présence n'implique pas une évolution plus rapide; il cite
TUYPAN, DES CHEVAUX DE L'ANNâM 407
le cas d'un cheval qui a vécu 4 mois 1/2 et qui présentait un fort œdème ventral.
La maladie est plus ou moins virulente suivant les épizooties. Schein a observé, dans la province de Darlac, deux foyers épizootiques éloignés l'un de Taulre de 65 km., et sans communications entre eux; dans l'un de ces foyers, les chevaux mouraient en 1 mois 1/2; dans l'autre, ils ne mouraient qu'en 3 mois à 4 mois 1/2; les trypan. provenant de ces deux foyers étaient identiques au point de vue morphologique.
Les chevaux de Vassal mouraient en 30 à 40 jours.
La maladie se termine toujours par la mort chez le cheval.
Bovidés. — Vassal n'a observé qu'un cas d'infection naturelle chez un veau. Schein signale le cas d'un bœuf mort de trypanosomiase dans un village des environs de Nhatrang qui, précédemment, avait été le siège d'une épizootie de trypanosomiase des chevaux. Il est probable que, chez les bovidés, la maladie qui, à l'état d'infection naturelle, paraît se terminer souvent par guérison, passe souvent inaperçue.
6 bovidés, inoculés par Vassal avec le virus de la trypanosomiase des chevaux de l'Annam, se sont infectés et, chez 4 de ces animaux, la maladie s'est terminée par la mort. L'amaigrissement est le principal symptôme chez les bovidés.
D'après Schein, les buffles qui ont des infections latentes, et qui ne sont pas immunisés à la suite d'une première atteinte de la maladie, jouent un rôle important dans la propagation de la trypanosomiase des chevaux de l'Annam. Ce sont, dit-il, les chevaux qui ont les contacts les plus fréquents avec les grands ruminants qui s'infectent.
Un buffle de 18 à 20 mois, inoculé par Vassal, s'est infecté. La durée de l'incubation a été de 16 jours. 5 mois 1/2 après l'inoculation, le sang du buffle n'était plus virulent. L'infection s'était donc terminée par guérison.
Chien. — Blin a observé, au Tonldn, des cas d'infection naturelle, par la trypanosomiase, chez des chiens européens '.
Schein rapporte que 2 chiens, qui avaient probablement mangé au laboratoire des cadavres d'animaux morts de trypanosomiase, ont succombé à la maladie.
Nous avons infecté à Paris 5 chiens, 2 avec du sang de cobaye, les 3 autres avec une dose assez forte (20 à 25 ce.) de sang de caprins, dans le but de rechercher si ces animaux étaient eux-mêmes infectés. La durée de la maladie a été de 50 et 26 jours (infection sur cobaye), de 16, 39 et 10 jours (infection sur chèvre). Dans tous les
I. lii.\s, Mulletin écoii. di- l'Indochine, 1902, p, ."JS.").
cas, rinfection a été aiguë ou subaiguë et s'est terminée par la mort. Les trypanosomes, après une incubation variable, étaient présents dans le sang la plupart du temps, souvent en assez grand nombre. Les 3 chiens qui ont résisté plus de 20 jours, ont montré au bout d'un certain temps de la faiblesse générale, de l'abattement, et une anémie plus ou moins intense. Ces symptômes ont été surtout accentués chez le chien qui est mort en 50 jours; chez lui les yeux se sont pris successivement; les cornées se sont opacifiées et l'animal est devenu aveugle.
La trypanosomiase des chevaux de l'Annam est inoculable à un grand nombre de Mammifères.
Souris. — La durée de l'infection varie assez notablement. C'est ainsi que, sur 6 souris inoculées sous la peau avec le sang du lapin que nous avait apporté M. Vernet, 5 ont succombé en 6 à 7 jours, alors que la sixième mourait en 14 jours seulement. Après un passage par souris ou par rat, la durée a encore varié entre 8 et 14 jours. Le chiffre moyen est 8 jours 1/2.
Un virus de passage par cobaye a tué la souris en 7-8 jours. Enfin, des virus de passage par souris ont tué les souris, inoculées sous la peau, en 3 jours 1/2 à 7 jours 1/2 (moyenne 6 jours). Les trypan. vont constamment en augmentant jusqu'à la mort.
Rats. — Des rats inoculés par Vassal sont morts en 8 à 9 jours. Les rats que nous avons inoculés à Paris sont morts en 8 à 11 jours (moyenne 9 jours).
Cobayes. — Les cobayes inoculés par Vassal sont morts en 36 à 43 jours. Nous avons inoculé une vingtaine de cobayes qui ont succombé en 21 à 97 jours (chiffre moyen : 50). Les chiffres les plus élevés sont ceux du quatrième passage; aux passages suivants, les chiffres se sont abaissés au-dessous de la moyenne. L'évolution est la même que pour le nagana et le surra : poussées de trypanosomes qui durent quelques jours et qui sont séparées par des périodes où l'examen microscopique du sang est négatif.
Lapins. — Le lapin est très sensible. L'infection a, chez lui, les mêmes caractères que celle produite par le Tr. Evansi.
Un lapin inoculé à Suez par M. Vernet, le 20 mai 1905, sur un cobaye infecté à Nhatrang, est mort le 12 juin 1905. L'examen microscopique du sang a été constamment négatif, sauf le 1" juin; nous avons vu, ce jour-là, des trypan. très rares.
Chats. — Un chat inoculé par Vassal est mort 24 jours après l'inoculation.
Civettes. Blaireaux. — Des civettes et des blaireaux de l'Annam se sont montrés très sensibles (Vassal).
Singes. — 3 Macacus rhésus inoculés par Vassal se sont infectés. L'incubation a été de 4 jours. La durée de la maladie, terminée dans