CHIENS
CEBC. CALL.
Porc
12 jours 12,5
Chien
Cheval
Ane
Mouton
Bœuf
de la virulence des trypan. de diverses origines, en indiquant le temps moyen au bout duquel ces trypan. tuent la souris, le rat, le cobaye, le chien, et le cercopithèque callitriche.
Yorke et Blacklock, avec leur virus de Gambie, sont arrivés à infecter facilement les chèvres, lapins, cobayes, chiens, rats, souris.
Le virus de Bouffard et Dupont, pathogène pour le rat gris, n'a pas infecté la chèvre, le cobaye, le chat, le singe patas. Nous verrons qu'un même virus, suivant les passages qu'il a subis, peut ou non infecter le cobaye.
Au point de vue de la sensibilité des divers mammifères à l'inoculation du virus naturel par l'intermédiaire des tsétsés, Bouet et Roubaud considèrent la chèvre et le mouton comme les animaux de choix; les chiens viennent ensuite, souvent réfraclaires; les chats et les cobayes s'infectent difficilement.
Rats et Souris. — Les rats, souris, cobayes et lapins sont sensibles.
Chez le rat, d'après Dutton et Todd \ l'incubation varie en moyenne entre 3 jours et 12 jours. La mort est survenue, à une exception près, de 20 à 70 jours après l'inoculation. Les trypan. sont presque toujours présents dans le sang. Parfois, quand la maladie évolue en 20-25 jours, le nombre des trypan. augmente graduellement jusqu'à la mort. Chez les rats un peu plus résistants, il y a, à certains moments, baisse du nombre des trypan. ; on peut même ne plus en voir à l'examen microscopique. Chez certains de ces rats, Dutton et Todd ont noté de l'œdème de la tiinica vaginalis et de la paroi de l'abdomen; parfois une légère diminution dans le nombre des hématies.
Les faits que nous avons publiés en 1904 concordent avec ceux de Dutton et Todd; nous trouvons, comme durée moyenne de la maladie chez les rats blancs ou pie de laboratoire, 23 jours; maximum 42 jours, minimum 10 jours. Les trypan. sont généralement nombreux. A l'autopsie, la rate est considérablement hypertrophiée, surtout chez les rats qui ont présenté une certaine résistance; par exemple chez un rat de 125 gr., qui a résisté 42 jours, elle pesait 5 gr.
Les souris, d'après Dutton et Todd, sont un peu plus sensibles que les rats : 2 à 7 jours d'incubation, mort en 16 jours à un mois.
Dans nos expériences de 1904, les souris blanches de laboratoire ont montré à peu près la même résistance que les rats; pourtant certaines ont résisté des mois. On a tantôt une infection aiguë à marche assez rapide (au moins 8 jours), tantôt une infection à marche lente (pouvant durer plus de 5 mois), mais se terminant toujours par la mort. Dans un cas comme dans l'autre, les trypan., durant le cours de l'infection, sont généralement nombreux à l'examen microscopique. Si la maladie se prolonge, l'hypertrophie de la rate qui atteint des proportions inouïes, est véritablement caractéristique. La souris est déformée, on sent facilement au palper la rate énorme formant une tumeur abdominale. Chez 2 souris de 24 à 25 gr. dont la maladie a duré 92 et 111 jours, les rates pesaient respectivement 2 gr. 62 et 2 gr. 55. Même quand la maladie évolue en 1 à 2 semaines, le poids de la rate d'une souris de 20 gr. n'est jamais inférieur à 0 gr. 40, c'est-à-dire encore 6 fois le poids normal.
Une de nos souris mérite une mention particulière. Elle est morte après 5 mois 1/2 d'infection.
Inoculée le 12 novembre 1903, la souris est prise le 18 novembi'e:
1. Une partie seulement des rats et souris infectés par Dutton et Todd, l'ont été par le Tr. dimorphon sensu stricto.
INFECTIONS DUES AU TRYPAN. DIMORPHON 607
mort le 24 avril 1904. En novembre et décembre, la souris a reçu trois injections de sérum humain qui ont fait dis{)araître momentanément les trypan.
En janvier, les trypan. ont été toujours présents à lexamen microscopique, tantôt nombreux, tantôt rares. Depuis le milieu de février, les trypan. ont toujours été ou nombreux ou très nombreux. Depuis le i:i janvier, la rate était énorme; à l'autopsie elle pesait 3 grammes (Poids de la sourjs, 27 grammes).
La virulence des trypan. de cette souris s'était atténuée. Ainsi, un rat inoculé sous la peau le 2 mars 1904, na montré des trypan. dans son sang que le 2 avril. De deux souris inoculées le 18 mars, lune, inoculée dans le péritoine, a été prise le 30 et est morte le 4 avril; l'autre, inoculée sous la peau, n'a été prise que le 8 avril. Plusieurs fois, nous avons constaté, à l'examen microscopique de préparatioi>s colorées, de îïombreux trypan. intra-leucocytaires, toujours en boule, reconnaissablés à leur noyau et à leur centrosome: nous n'avons jamais pu arriver à saisir l'englobement de trypan. ayant conservé leur forme.
Dans les derniers temps de la vie, le poil était devenu rai'e.
Thomas et Breinl ont obtenu des résultats de même ordre que les nôtres : mort en 7 à 42 jours, moyenne 18, pour les rats; en 16 à 130 pour les souris. Ils insistent sur la périodicité des parasites de la circulation périphérique dans les cas subaigus ou chroniques.
Le virus, conservé à l'Institut Pasteur depuis 1904 par passages par souris, est devenu plus régulièrement virulent pour ces rongeurs qu'il tue en 7 à 20 jours (moyenne 12 jours).
Cobayes et L.^pins. — Au début de nos recherches, nous avons tué 2 cobayes, l'un en 30 jours, l'autre en 24 jours; les trypan. sont non rares ou nombreux dans les derniers jours. Il y a hypertrophie de la rate.
Thomas et Breinl, qui ont infecté plus de 25 cobayes, ont noté une incubation de 4 à 15 jours (en moyenne, 4 à 6); la durée de la maladie est de 4 à 60 jours. Dans les cas à marche aiguë, il y a toujours beaucoup de parasites dans la circulation et la mort survient au bout de 13 à 20 jours. Dans les cas chroniques, il y a souvent crise. La rupture de la raie a été notée .7 fois (5 cas à forme aiguë, 2 cas à forme chronique). Deux fois, une paralysie des membres postérieurs a été constatée peu de temps avant la mort.
La sensibilité du cobaye au Tr. dimorphon paraît assez variable; elle peut tenir à l'origine du virus; elle peut tenir aussi aux passages qu'il a subis au laboratoire. C'est ainsi que nous avons constaté que le virus de passage par souris, au bout d'un certain temps, n'infectait plus le cobaye. Pour lui faire reprendre sa virulence, Laveran a dû procéder à des injections massives et répétées chez le cobaye '.
Les deux lapins que nous avons inoculés sous la peau sont morts
1. Laveran, Bull. Soc. Palh. exot..t. U, iWÔ, p. i3G: Mesml, Ibid., p. 457.
608 TRYPANOSOMES ET TRVPANOSOMIASES
en 76 et 115 jours. L'incubation a été d'une dizaine de jours : les trypan. ont toujours été rares à l'examen microscopique. Le premier lapin est mort très anémié et cachectique; le second était comme paralysé la veille de sa mort, mais il n'avait pas diminué de poids. Rate, 20 gr. pour des lapins de 2 kg. environ.
Chez les lapins de Thomas et BreinI, la maladie a présenté, comme chez les cobayes, une forme subaiguë et une forme chronique. L'anémie a toujours été très marquée. Dans les cas à marche chronique, l'animal maigrit considérablement; il est réduit à un véritable squelette. Le poil devient rugueux. On note de l'œdème des membres postérieurs et de la base des oreilles; mais les lésions des yeux, du nez et des organes génitaux, fréquents dans la trypanosomiase du lapin, font ici défaut. Les trypan. sont toujours rares dans la circulation.
Singes. — Thomas et BreinI ont infecté un Cercopithecus calliirichus, un Macacus rhésus, un singe « Jew » et, fait à souligner, un Cynocephalus sphinx (en 1904, nous avions inoculé un cynocéphale sans succès). G. Martin, en Guinée, s'est beaucoup servi du Cerc. callitrichus pour isoler et conserver ses virus; on a vu, dans le tableau ci-dessus, la durée de la maladie chez ce cercopithèque.
Le Cerc. callitr. de Thomas et BreinI s'est infecté au bout de 4 jours et a succombé au bout de 160 jours. Le singe Jew est mort 75 jours après l'inoculation. Dans les deux cas, les parasites n'ont été nombreux dans la circulation que quelques jours avant la mort.
Le cynocéphale a été inoculé dans le péritoine avec une grande quantité de sang virulent provenant d'un chien. Du 22 février, date de l'inoculation, au 4 juillet, les trypan. ont été rarement vus; mais du 4 juillet jusqu'à la mort (13 septembre), on a toujours trouvé des parasites, en petit nombre, à l'examen du sang. La perte de poids et l'anémie ont été les phénomènes principaux présentés par le singe.
Le macaque, inoculé avec son sang, s'est infecté; il a succombé à une dysenterie intercurrente.
Chez les Cercopithecus callilrichus inoculés par G. Martin, l'infection a procédé par poussées, séparées par des crises pendant lesquelles l'e.xamen microscopique était négatif; la mort est survenue au bout d'un temps assez variable.
Un virus, trouvé chez le porc et qui avait été porté sur le chien, a infecté un Cerc. call., alors qu'un Cerc. ruber restait indemne.
Chats. — 4 adultes et 2 petits ont été inoculés par Thomas et BreinI. Chez les premiers, la maladie a revêtu un caractère chronique : 3 sont morts en 9 à 10 mois; le 4" a succombé en 46 jours. Un des petits chais est mort en 23 jours après une infection intense.
Dans les infections à marche chronique, les parasites sont présents d'une façon intermittente dans la circulation; la température est
INFECTIONS DUES AU TRYPAN. DIMORPHON 6a9
également irrégulière. Sauf au cours du dernier mois, l'amaigrissement est peu marqué. L'anémie existe, mais elle est faible. Dans un cas, on a noté de l'œdème de la vulve. Deux femelles ont avorté; les fœtus n'étaient pas infectés.
§ 3. — Étude du Trypanosoma dimorphon.
A l'état frais, entre lame et lamelle, on aperçoit des formes de dimensions variées. Les plus communes n'ont que 12 à 14 y. de long; l'extrémité postérieure est arrondie et le corps va en s'amincissant graduellement jusqu'à l'extrémité antérieure; ces éléments ont un mouvement tout à fait caractéristique; ils se déplacent en se tortillant sur eux-mêmes à la façon d'un têtard, puis s'arrêtent brusquement et repartent de la même façon ; la membrane ondulante est très peu apparente.
D'autres formes, moins communes que les précédentes et qui peuvent manquer dans les infections (expérimentales, atteignent 20 et même 25 a de long; elles rappellent à certains égards les trypan. du type Brucei] mais la membrane ondulante est moins développée et la partie antérieure moins effilée.
Il y a toutes les formes de passage entre les 2 types extrêmes.
Sur les préparations colorées, on retrouve ces diverses formes.
On distingue une variété courte et une variété allongée (de 22 [x de long en moyenne). Alors que la largeur de la variété courte est au voisinage de 1 [/., celle de la variété allongée oscille aux environs de 1 [JL, o. On ne peut regarder la petite forme comme une forme jeune de la grande, puisque l'une et l'autre se reproduisent par division longitudinale.
Le protoplasme se continue le long du flagelle jusqu'à son extrémité ou presque. Par conséquent, aussi bien pour la forme allongée que pour la forme courte, la partie véritablement libre du flagelle est nulle ou rudimentaire.
Comme nous l'avons dit en parlant des trypan. vus à l'état frais, on trouve toutes les formes de passage entre les deux formes courte et allongée (voir fig. LXXXIII). Certaines formes allongées ont l'extrémité post-centrosomique terminée en pointe; d'autres l'ont arrondie, comme toutes les formes courtes; il y a des états intermédiaires. La membrane ondulante n'est jamais très développée; chez les petites formes, elle est accolée assez étroitement au corps proprement dit.
La figure LXXXIII (5 et 6) représente la division d'une forme de passage entre les courtes et les allongées. C'est la division longitudinale égale ou subégale typique. Rien de particulier à signaler. ,
Laveran et Mesnil. — Trypanosomes et Trypanosomiases. 39
Un dernier détail à noter : la coloration bleue particulièrement intense que prend le protoplasme de toutes les formes de Tr. dimorphon', on distingue très rarement quelques granulations protoplasmiques.
Les différences morphologiques entre Tr. dimorphon et les trypan. du type Brucei sont tellement nettes qu'il nous paraît inutile d'y insister. Nous indiquerons dans les chapitres suivants les différences avec les Tr. congolense et Pecaudi.
Hindle' a publié une étude très soignée de la morphologie du Tr. dimorphon, basée sur des préparations obtenues en fixant du sang de rat ou de cobaye à l'état humide parle Flemming, et colorant soit par la méthode de Breinl (voir p. 21) soit par celle d'Heidenhain.
Fig. LXXXIII. — Tr. dimorphon (d'après Laveran.)
1,2, 3, petites formes; — 4, grande forme; — 5 et 6, trypan. en voie de division. Gr. 1400 D. environ.
Hindle, bien qu'il ait eu entre les mains le même virus que nous, revient presque aux descriptions de Dutton et Todd : en dehors de formes dites « indifférenciées » de 18 jj. sur 2 p., sans flagelle libre, il décrit des formes tronquées {stiimpy forms) de 18 ix sur 4 a et des formes allongées qui atteindraient 27 ]x de long sur 1 [x, 5 de large et auraient un flagelle libre bien développé. Les différences observées peuvent tenir, pour une part, aux différences de méthodes employées. Hindle signale aussi des kystes qui se localiseraient dans la rate.
Une particularité intéressante du Tr. dimorphon, c'est sa tendance manifeste à s'agglutine'r dès que le sang d'un rat ou d'une souris qui en renferme beaucoup est mis entre lame et lamelle. Sur les préparations colorées , on rencontre un grand nombre de trypan. associés par deux. Au lieu que les parties postérieures viennent simplement s'affronter par leurs extrémités, comme c'est le
1. Hindle, Univ. ofCalifornia Public. inZool.,t. VI, p. 127, déc. 1909.
INFECTIONS DUES AU TRYPAN. DIMORPHON 611
cas chez T}\ Brucei et Lewisi, raccolement se fait ici latéralement, et il y a contact sur une certaine longueur : les centrosomes se trouvent souvent en regard.
Nous avons soumis, à Taction de l'air liquide, du sang citrate et dilué de rat contenant de nombreux trypan. Ce sang, avant l'action de l'air liquide, a tué, à la dose de 2 gouttes, une souris en 13 jours, une autre en 15 jours. — Soumis 1/4 d'heure à l'action de l'air liquide, la grande majorité des trypan. ont été tués; il en est néanmoins qui sont restés vivants; car, à la dose de 1/2 ce, ce sang a tué une souris en 27 jours, une autre en 32 jours. — Soumis 1 heure à la température de — 191", il contenait encore quelques rares trypan. bien mobiles; néanmoins, ce sang, à la dose de 1 ce, n'a pas infecté les deux souris inoculées. A plus forte raison, du sang maintenu 24 heures à — 191" ef dans lequel l'examen microscopique ne laissait plus voir que des trypan. en boule, n'a produit aucune infection. Les souris, traitées par le sang refroidi 1 heure et 24 heures, n'avaient acquis de ce chef aucune immunité.
Nous avons fait, en 1904, un essai de culture du Tr. dimorphon dans le nailieu de Novy et Me Neal. Dans ces conditions, nous avons conservé des trypan. vivants pendant plus d'un mois à la température de 25°; mais, à partir du quinzième jour, ils ont été constamment en diminuant de nombre. Dans la seconde quinzaine, nous avons vu des formes avec 3 et même 4 flagelles qui nous ont bien paru être des formes nouvelles de multiplication ; mais le développement s'est arrêté là ; les réensemencements ont été négatifs.
Thomas et Breinl ont vu les tubes ensemencés de sang infecté, renfermer des parasites virulents jusqu'au 23*= jour. Dans la seconde culture, on a des formes qui restent vivantes près de 2 mois; mais elles ne sont pas virulentes.
Bruce, Hamerton et Bateman ont constaté un début de développement du Tr. dimorphon type ainsi que du trypan. rapporté de Zanzibar par Edington.
Laveran et Pettit ont obtenu facilement des premières cultures du Tr. dimorphon; dès le 3" jour de l'ensemencement, les flagellés forment parfois de belles rosaces, mais les repiquages donnent le plus souvent des résultats négatifs ^
§ 4. — Mode de propag-ation.
Dès leur découverte, en 1902, de trypanosomiases animales en Gambie, Dutton et Todd se sont préoccupés des modes de transmission.
1. Voir Laveran, Bull. Soc. Path. exot., t. II, 1909, p. 526.
Ils se sont servis de glossines (? Gl. palpalis). Des mouches prises dans une localité où 5 chevaux sur 6 souffraient de trypanosomiase. n'ont pas infecté les rats blancs soumis à leurs piqûres. D'autres mouches ont été portées sur un rat après avoir, au préalable, piqué un cheval et un rat infectés; encore résultat négatif.
Dutton et Todd ont eu le même insuccès en se servant de deux espèces de Stomoxi/s, très abondantes sur la Gambie supérieure. Leurs échecs tiennent peut-être, pensent-ils, à ce que les expériences ont été faites durant la saison sèche. Peut-être tiennent-ils aussi au choix de Tanimal de Texpérience, le rat.
Le premier résultat positif de transmission a été enregistré par Bouet \ à la Côte d'Ivoire, en se servant d'une Glossina palpalis qui, 24 heures après avoir sucé le sang d'un chien infecté, avait piqué un chien neuf. Ce chien, maintenu isolé, montra 15 jours après des Tr. dimorphon dans son sang.
A Agouagon, au Dahomey, Bouet et Roubaud^ ont établi, par un grand nombre d'expériences, le rôle des 3 espèces de glossines {palpalis, tachinoides et longipalpis) avec lesquelles ils ont pu opérer la transmission du Tr. dimorphon à longue échéance. Plus tard, par des expériences effectuées en Haute-Gambie, ils ont pu compléter la liste des glossines capables de convoyer ce virus, en infectant un cabri à l'aide de Gl. morsitans.
Tous leurs résultats positifs ont été obtenus avec des mouches prises dans la nature et déjà infectées. Ils n'ont donc pu déterminer le délai d'incubation chez les mouches; ils croient que ce délai est supérieur à 18 jours. Nous reproduisons presque textuellement les conclusions de leurs expériences du Dahomey.
Le Tr. dimorphon est transmis par les trois espèces de glossines de la région dans des conditions à peu près identiques. Ce sont cependant, à tous égards, les longipalpis qui sont le plus fréquemment infectées, puis les tachinoides. La proportion des palpalis contaminées de dimorphon est beaucoup moindre, et ne paraît guère dépasser 1 p. 100.
Ce sont les cabris, puis les chiens qui sont le plus sensibles à l'infection par les piqûres des mouches. Les cobayes s'infectent, mais très irrégulièrement; les chats, même très jeunes, se sont constamment montrés réfractaires. Les formes du parasite dans le sang sont, chez le cabri et le chien surtout, du type court et trapu ; chez le cobaye, on trouve toujours les deux formes du Tr. dimorphon des laboratoires.
1. Bouet, Ann. Inst. Pasteur, t. XXI, juin 1907, p. 474. Dans le môme n" de ce Recueil, Roubaud avait annoncé 6trc arrivé au môme résultat. Il a reconnu depuis avoir eu entre les mains du Tr. Pecaudi, dont la transmission par les glossines s'est ainsi trouvée démontrée.
2. Bouet et Roubaud, Bull. Soc. Path. exot., t. llf, 1910, p. 722.
INFECTIONS DUES AU TRYPAN. DIMORPHON 613
L'infection chez les trois espèces de glossines, se présente d'ordinaire sous le type des infections totales. Les formes intestinales sont très voisines de celles du Tr. congolense et du Tr. Pecaudi. Les formes Lepiomonas fixées de la trompe se distinguent, par contre, assez nettement, de celles de ces deux virus, par leur allongement fréquent en formes géantes très semblables à celles du Ti\ Cazalboui, mais en différant cependant par l'aspect rubané du prolongement postérieur. Les formes sont les mêmes aussi bien dans les infections naturelles que dans les infections expérimentales obtenues chez les mouches nées au laboratoire. Dans ce dernier cas, quel que soit le nombre des repas infectants et le type de l'animal porte-virus (cabri, chien, bœuf, cobaye, antilope), la proportion des mouches {palpai is) qui ont contracté l'infection n'a môme pas atteint 1 p. 100. Bouet et Roubaud ne pensent pas que, dans la nature, cette proportion soit sensiblement plus élevée pour l'espèce en question.
Les essais d'inoculation des formes intestinales qui se rencontrent parfois en nombre prodigieux chez les mouches, sont constamment demeurés négatifs. Sur 19 inoculations de liquide intestinal des mouches diverses, contenant des quantités énormes de parasites du type Pecaudi-dimorphon, Bouet et Roubaud n'ont obtenu que deux cas d'infection à Tr. Pecaudi.
Au contraire, sur 8 inoculations de trompes correspondant à certains cas d'infection totale de quelques-unes de ces mouches, Bouet et Roubaud ont obtenu deux résultats positifs à Tr. Pecaudi et un résultat positif à Tr. dimorphon.
On voit donc que, malgré les échecs toujours possibles en raison des difficultés de ce mode d'expérimentation, ce sont bien les formes évoluant dans le liquide salivaire de la trompe, qui constituent les éléments de transmission des parasites.
Des expériences exposées ci-dessus, on peut conclure d'une manière formelle que le Tr. dimorphon est typiquement un virus à glossines, maintenu à l'état enzootique par plusieurs espèces de ces mouches. Si Tr. dimorphon existe réellement au Somaliland italien sous le nom de ghindi, il faudra ajouter Glossina pallidipes à la liste des espèces capables de le convoyer.
§ 5. — Identification du Tr. dimorphon. Pronostic.
La trypanosomiase des chevaux de Gambie existant côte à côte avec la trypanosomiase humaine, la première question qui s'est posée a été de savoir si Tr. dimorphon et Tr. gambiense étaient réellement des espèces distinctes. Nous avons été d'accord avec
Dutton, Todd et Annett, pour résoudre la question par Taffirmative.
Les 2 trypan. diffèrent morphologiquement. Les animaux ayant acquis liramunité pour Tr. gambiense sont sensibles à Tr. dimorphon; cela a été le cas pour 6 souris qui toutes ont pris, à la suite de l'inoculation du dimorphon, une infection du type aigu.
Il était également utile de comparer Tr. dimorphon avec les agents des autres trypanosomiases animales. Les différences morphologiques entre Tr. dimorphon et les autres trypan. connus en 1904, les particularités de son action sur les divers Mammifères sensibles, laissaient déjà peu de doutes sur son individualité. Nos expériences sur les deux chèvres dont nous avons parlé plus haut n'en ont laissé subsister aucun.
La chèvre I (celle qui a succombé si rapidement) avait, en effet, l'immunité à la fois contre le nagana du Zoulouland, le caderas et le surra de Maurice (voir son histoire chap. xvii, xxi et xiv) : elle a été infectée de nagana du 25 octobre 1901 à mars 1902, de caderas du 8 novembre 1902 à avril 1903, de surra du 5 juin 1903 à fin octobre 1903. Après chaque guérison, elle était éprouvée au virus dont elle venait de guérir. En plus, elle est éprouvée au nagana le 20 mai 1903 et le 15 décembre 1903; elle ne contracte pas d'infection; mais, à la suite de la deuxième épreuve, le parasite de Bruce reste dans le sang au moins une semaine. C'est le 28 décembre qu'elle a été inoculée avec le Tr. dimorphon.
La chèvre II avait l'immunité contre le caderas et le surra.
Nous avons vu que ces 2 chèvres s'étaient montrées très sensibles à l'inoculation du Tr. dimorphon, en particulier la chèvre I qui a succombé en 12 jours 1/2.
En 1904, à peu près en même temps que Tr. dimorphon était découvert, Broden faisait connaître, sous le nom de Tr. congolense, un trypan. qui, par sa morphologie et son action pathogène, diffère peu du dimorphon. Nous verrons, au chapitre suivant, que Tr. dimorphon a été différencié de Tr. congolense.
En Afrique occidentale, Tr. dimorphon existe dans les mêmes régions que Tr. Cazalboui el Tr. Pecaudi. Il diffère du premier par l'absence de flagelle libre et en ce qu'il est généralement pathogène pour d'autres espèces animales que les Equidés et les Ruminants. Il diffère du second, encore plus dimorphe que lui, par la morphologie (voir les chap. xxii et xxvii).
On a cité plusieurs fois des cas d'infection double à Tr. dimorphon et à Tr. CazalbDui; Blacklock ' a montré que l'on pouvait arriver à séparer les deux espèces de trypanosomes.
1. Blacklock, Ann. oftrop. Med. a. Par., t. VI, 1912, p. 107.
INFECTIONS DUES AU TRYPAN. DIMORPHON 615
Contrairement à ce qui se passe pour la plupart des trypanosomiases, très pathogènes pour certaines espèces animales chez lesquelles elles déterminent des maladies sûrement mortelles, les infections à Tr. dimorphon peuvent se terminer par guérison, quelle que soit Fespèce animale ; ces guérisons sont plus rares chez les équidés, les bovidés, les chiens, que chez les chèvres ou les moutons.
i^ 0. — Traitement. Prophylaxie.
Au point de vue de sa sensibilité aux médicaments des trypanosomiases en général, le Tr. dimorphon se comporte d'une façon assez spéciale.
Les arsenicaux agissent faiblement; tel est le cas de Tatoxyl, de Tarsacétine (W. Thomas, Wenyon, Laveran). L'orpiment, qui est si actif dans les infections à Tr. congolense du cobaye, Test beaucoup moins dans les infections à Tr. dimorphon; il est nécessaire de lui associer un émétique pour obtenir des guérisons (Laveran) K
Les couleurs bleues de benzidine, actives dans le nagana ou le surra des souris, ne le sont plus du tout dans les infections à Tr. dimorphon des mêmes animaux. Le trypanrot, le rouge a sont efficaces (Wenyon) 2.
Harvey (/. c.) a cité le cas d'un cheval traité par l'arsenic administré/?er os. Ce cheval, traité à un stade très avancé de la maladie, paraît bien avoir guéri. L'état général est devenu excellent; le taux de l'hémoglobine, qui était tombé à 4.o, est revenu à la normale; les trypan. n'ont plus été vus.
Bouet (/. c.) a vu un cheval revenir à la santé à la suite de l'injection de 0 gr. 50 de trypanrot.
Thiroux et Teppaz * citent deux chevaux infectés de Tr. dimorphon qui ont été traités par l'atoxyl associé à l'orpiment. Chaque animal recevait les 1", 5% 9% 13* et 17* jours, une ingestion d'orpiment (en bols ou en électuaire) allant de 15 à 25 gr., et les 3% 7% 11% 15" et 19" jours, une injection sous-cutanée de 5 gr. d'atoxyl. Pour prévenir une rechute, un 2" traitement identique au premier était fait, après un repos de 8 jours. Ces chevaux sont revenus en bon état et ont repris du service.
Pécaud a traité un assez grand nombre de bovidés infectés de Tr. <///72orp/îon. Il remarque que l'atoxyl a peu d'action sur les Ruminants et il conseille d'employer soit l'orpiment seul, en électuaire, soit l'émétique seul, en injections sous-cutanées. « Ces injections, dit
1. Laveran, Bull. Soc. Path. exot., t. II, 1909 et t. III, avril et juillet 1910.