Karl Koninski, Biolog. Centralbl., t. XXI, 1901, p
§ 2. — Trypanosoma rotatorium Mayer ^ et autres trypan. non pathogènes des Grenouilles et des Rainettes.
Formes du sang. — Quand on étudie le sang des grenouilles {Rana esculenta) infectées, on est frappé de Fextrême variété de formes sous lesquelles se présentent les trypanosomes.
Ce pléomorphisme a attiré l'attention de tous les observateurs. Danilewsky distingue au moins quatre variétés :
1° Forme « la plus simple, membraneuse » ; avec un corps transparent, aplati, passant insensiblement à la membrane ondulante, très mobile, possédant un long flagelle onduleux;
2," Forme « plate, enroulée sur elle-même » ou forme « en entonnoir » ou « en filtre » ;
3' Forme « plane spiralée » , avec extrémité postérieure en pointe; la membrane ondulante ne court que le long de la moitié antérieure;
4° Forme « pectinée spiralée w , avec variété « en corne d'abondance ».
Chalachnikov, collaborateur de Danilewsky, qui a fait une étude approfondie des trypanosomes de Batraciens, distingue :
1° Le groupe à formes aplaties comprenant : a) forme plate simple ; b) forme plate enroulée; c) forme transitoire, plate spiralée;
2° Le groupe à formes pectinées : a) forme pectinée spiralée; 6) forme pectinée en spirale et en tube (en corne d'abondance).
Ces cinq variétés, dont l'auteur donne de bonnes descriptions et figures, se trouvent dans le sang àe Rana esculenta^ Rana temporaria et Hyla arborea,
Chalachnikov a bien vu la mise en boule de ces diverses formes, par rétraction du flagelle. Il donne de nombreuses figures relatives à leur transformation in vitro et à leur reproduction par une segmentation qui aboutit finalement à des boules extrêmement petites. Nous y reviendrons plus loin.
Entre lame et lamelle, les trypan. se meuvent généralement sur place et l'on peut suivre ainsi les mouvements très compliqués de la membrane ondulante et les mouvements amiboïdes qui modifient constamment la forme du corps.
1. La synonymie de cette espèce est : Paramœciam loricatum ou costatum -\- Amœba rolatoria [Mayer, juillet 1843] = Trypanosoma sanguinis [Gruby, novembre 1843] = Monas rotatoria [LieberkiJhn, ISIO] = Undulina ranarum [Ray Lankester, 1871] = Trypanomosa sanguinis Grahy ^ Paramœcioïdes costalus n. sp. [Grassi 1882] = T/-. rotatorium + Tr. costatum [Françâ et Alhias] = Tr. loricatum Mayer [Dutton, Todd et Tobey] = Tr. rotatorium + Tr. Borreli [Mathis et Léger]. — Nous laissons de côté les noms proposés pour les trypanosomes des Hyla, l'identité de ces espèces et de celles des grenouilles n'étant pas établie.
TRYPANOSOMES DES BATRACIENS 861
Dans notre note de 1901, et, plus en détails, dans la première édition de ce traité, nous avons décrit un certain nombre de formes du trypan. des grenouilles en donnant leurs détails cytologiques de structure tels que les révèle notre méthode de coloration ordinaire (fîg. CXLl et fig. 15 de la planche). On retrouve toujours les caractéristiques essentielles du genre Trypanosoma.
La membrane ondulante est très plissée et à bord épaissi ; elle prend naissance au centrosome situé en un point variable de la moitié postérieure du corps. Le noyau, tel que nous Tavons figuré, est rond ou ovoïde; il se colore d'une façon assez pâle et uniforme; seuls, 2 ou 3 grains se détachent assez nettement. Ce noyau arrondi n'a pas de rapport avec le centrosome dont il est plus ou moins éloigné.
Le protoplasme se colore en bleu d'une façon très intense. Parfois on distingue un certain nombre de granules bleu foncé. Il existe en plus de nombreux grains ronds qui ne prennent pas du tout la couleur; ils n'apparaissent nettement que sur les exemplaires écrasés. Parmi ces granules, il y en a de matière grasse que Doflein ' a réussi à déceler par le Soudan IIP
Nous avons représenté les deux variétés principales du Tr. rotatorium, l'une à surface couverte de nombreuses côtes (fig. CXLI, 1 et 4), l'autre aplatie, à surface lisse (fig. CXLI, 2 et o). Toutes les deux ont la même structure chromatique. On remarquera que, en 1 et 4, le centrosome est tout près du noyau et que, par conséquent, la mem brane ondulante ne longe le corps que suivant la moitié antérieure. En 2, le centrosome est vers le milieu de l'intervalle qui sépare le noyau de l'extrémité postérieure. Enfin, en 5, le centrosome est tout près de l'extrémité postérieure du corps.
L'extrémité antérieure va généralement en s'atténuant progressivement et se termine par un flagelle libre qui ordinairement est très court par rapport à la longueur totale du trypanosome.
L'extrémité postérieure est tantôt arrondie ou en pointe mousse (2 et 5), tantôt terminée par une pointe courte (4) ou longue (1).
Les recherches ultérieures de França et Athias, de Dutton, Todd et Tobey, de Lebedeff, de Mathis et Léger, ont confirmé nos descriptions, mais ont mis en évidence un autre type de structure, méconnu par nous, bien qu'il existe aussi chez des grenouilles des environs de Paris; nous avons trouvé de rares individus de ce type sur nos anciennes préparations comme sur celles faites au laboratoire de Mesnil en 1906-1907 par Bouet et Mathis.
Dans ce cas, le corps rappelle assez celui représenté dans la figure 5, mais le noyau a la forme d'un fuseau arqué qui peut atteindre 20 [X de long sur 1,5 à 3 a de large, pointu aux deux extrémités,
1. Doflein, Ges. f. Morph. u. Physiol. in Mùnchen, 9 mai 19il.
TRYPANOSOMES ET TIIYPANOSOMIASKS
et dirigé dans le sens de la longueur du parasite (voir p. 879, fig. CL, 1). Une de ses extrémités vient se terminer à la partie postérieure du corps et se trouve pour ainsi dire coiffée par le centrosome. La membrane ondulante longe le corps dans toute sa longueur et se termine par une partie libre.
Ce noyau est assez difficile à bien mettre en évidence, car il prend
Fig. CXLl. — Trypanosome de Uana esculenta.
1 et 4, Formes plissées, mince (1), trapue (4). — 2 et 5, Formes plates. — 3, Forme rdtractée
— 6 et 7, Formes jeunes, ol)servécs à l'état frais. — Gr. = 1400 diamètres environ.
n, noyau: c, centrosome; m, membrane ondulante; /", flagelle.
une teinte beaucoup plus pâle que celle du protoplasme et parfois on ne le distingue pas ou bien on n'aperçoit que deux masses arrondies, formées de chromatine un peu plus dense. La première représentation exacte et celle de França et Athias pour un tryan. de VHyla de nos pays (voir fig. CXLVI). Marchoux et Salimbeni signalaient peu après ce noyau chez une Hyla brésilienne en même temps que G. Martin le découvrait chez son Tr. Boueti d'un saurien (voir p. 8oO). Dutton, Todd et Tobey le mettaient en évidence chez les grenouilles
TRYPANOSOMES DES BATRACIENS
Fi'
. CXLII. — Formes indifférenciées du Tr. rotatorium (d'après Lebedeff).
du Congo, Lebedeff chez celles de Russie et enfln Mathis et Léger chez celles du Tonkin.
Même avant d'avoir bien reconnu la structure de ce noyau, França et Athias ont été d'avis de faire une espèce à part pour les formes à corps relativement mince, à centrosome situé près de l'extrémité postérieure et à membrane ondulante longeant tout le corps et très développée ; la forme du noyau est évidemment la meilleure caractéristique de cette espèce à laquelle, se reportant aux figures de Mayer, les savants portugais ont voulu appliquer le nom rotatorium, le nom costatiim étant réservée l'ensemble des autres formes, à corps ovoïde, généralement assez large, strié ou non, et à centrosome voisin du noyau arrondi.
Mathis et Léger, tout en acceptant cette division spécifique, ont fait justement remarquer que l'assimilation aux espèces de Mayer était au moins douteuse.
La thèse de l'unité spécifique a été soutenue par
Dutton,ToddetTobey, par Lebedeff etpar Koidzumi; ces deuxderniers observateurs se sont attachés à montrer qu'il existe des formes de passage qui relient les deux types spécifiques de França et Athias. Les constatations de Lebedeff sont surtout démonstratives, les figures de Koidzumi étant vraiment trop schématiques.
Lebedeff distingue normalement deux types principaux : 1° la forme dite « ordinaire » avec long flagelle libre, membrane ondulante longeant le corps d'un bout à l'autre; le blépharoplastè, subterminal, se trouve à l'extrémité d'un noyau fusiforme très allongé, difficile à mettre en évidence; 2" la forme dite « stérile», arrondie et trapue, avec court flagelle, membrane ondulante ne longeant que la moitié du corps; noyau arrondi, assez voisin, mais indépendant du centrosome. Les formes enroulées en spirale dérivent du premier type; les formes à côtes du second.
Ces deux types sont reliés par des formes intermédiaires qui se rencontrent par exemple dans les infections aiguës. C'est le type dit indifférencié, assez trapu (fig. CXLII); le noyau, en forme de gourde, porte généralement le centrosome à l'extrémité du goulot; la partie libre du flagelle est courte. Lebedeff représente un certain nombre d'individus qui constituent bien le passage aux formes stériles : noyau et centrosome perdent leurs relations et le premier s'ar-
rondit; d'autres font le pont aux formes dites ordinaires. Comme il est très rare de rencontrer des infections avec formes indifférenciées, on conçoit que ces individus, d'importance capitale pour la compréhension de l'espèce rotaloriiim à laquelle Lebedeiï" rapporte tous les trypan. de grenouilles, aient été méconnus.
Les noyaux fusiformes des formes « ordinaires » font songer à une mitose. Lebedeff s'attache à montrer qu'il s'agit bien d'une division et que c'est le début de la division du trypan. Comme on n'a jamais vu même la division du centrosome, il convient de rester sceptique.
L'auteur est persuadé que les formes, dites « stériles », ne sont susceptibles d'aucune évolution. Ce sont pourtant les plus fréquentes, au moins en France.
Une dernière catégorie de formes est distinguée sous le nom de formes chromidiales. Elles se rattachent aux formes indifférenciées par les rapports du noyau et du centrosome; mais elles ont la particularité que le cytoplasme est bourré de fines granulations chromatiques. On les observe dans les vieilles infections.
En résumé, les trypan. des grenouilles présentent une variété extrême de formes. 11 y a aussi une grande variété dans les dimensions. Certaines formes sont relativement minces et d'assez petite taille; d'autres sont volumineuses et trapues et l'on trouve tous les intermédiaires. La longueur varie entre 40 et 60 a; elle ne dépasse ces chiffres que dans le cas des formes très étirées aux deux extrémités. En revanche, la largeur peut aller de 5 a jusqu'à 40 a. Chez certaines grenouilles, on ne trouve que des formes ovoïdes, par conséquent arrondies aux 2 extrémités, avec un très court flagelle libre, une membrane ondulante s'étendant seulement sur une moitié du corps, mesurant, sur les lames de sang fixées, 30 à 60 a sur 30 à 40 ;j..
Notre figure CXLl, 3, représenté une forme assez fréquente et qui a fort intrigué les observateurs; certains (Mayer, Grassi) ont voulu y voir une espèce et même un genre {Paramœcioïdes Grassi) spéciaux. C'est simplement un trypan. ordinaire qui se met en boule, sans doute par suite des conditions anormales qu'il rencontre hors des vaisseaux. Les deux variétés, pectiuée et lisse, du parasite peuvent présenter cette mise en boule et nous avons observé maintes fois cette transformation. La membrane ondulante se rétracte et, à l'état frais, le flagelle parait avoir disparu. L'examen des préparations colorées ne révèle aucune différence de structure entre cette forme et les formes normales,
Les formes représentées en 6 et 7, d'après l'état frais, nous paraissent être des formes très jeunes du trypanosome.
Tout ce que nous venons de dire se rapporte surtout aux parasites de Bana esculenta. Les descriptions, données des trypan. d'autres Rana, prouvent que l'espèce rotatorium (ou une espèce très voisine,
TRYPANOSOMES DES BATRACIENS
peut-être simple variété) s'y rencontre aussi. D'ailleurs la plupart des auteurs ont englobé clans la même description les trypan. de toutes les espèces de Rana, et parfois même des Hyla et des Bufo.
Ed. et Et. Sergent' ont remarqué que les trypan. du type rotatorium étaient parfois de petites dimensions chez les Bana esculenta d'Algérie et ils ont proposé de créer une variété nana.
Tr. mega et karyozeuklon. — Dutton et Todd ont décrit, sous les noms provisoires de Tr. mega et de Tr. karyozeuklon, des trypan. de grenouilles de Gambie.
Tr. mega. — Dutton et Todd ont trouvé cette forme chez une petite grenouille (esp. indét.) de l'île Me Carthy. La figure reproduite (CXLIII,
GXLIII. — Tr. mega et karyozeukton.
1. Tr. merfa Dutton et Todd. — 2, Tr. karyozeukton Dutton et Todd. — Gr. = 1600 diamètres environ. — n, noyau; c, centrosome; A;, chaînes do granules allant du noyau au centrosomo.
1) donne une idée de l'importance de la membrane ondulante, avec ses nombreux plis, delà striation longitudinale du corps, de la teinte foncée que prend le protoplasme et de la teinte pâle que prend le noyau (tous caractères de Tr. rotatorium). Le corps proprement dit mesure 72 fx et le flagelle 10 à 15 jjl; largeur à l'endroit du noyau, 8 {jl.
Tr. karyozeuklon. — Dutton et Todd ont vu un unique exemplaire de cette forme chez une grenouille (esp. indét.) du cap Sainte-Marie, qui renfermait aussi Tr. rotatorium. Longueur du corps proprement dit, 67 [JL 2; flagelle, 15 [ji 2; largeur à l'endroit du noyau, 6 fx 4. La caractéristique de cette forme {tig. CXLIII, 2) paraît être l'existence d'une chaîne de granules chromatiques qui semble aller du centrosome au noyau (voir k, figure). Mais les auteurs n'ont pas retrouvé cette chaîne chez des trypan. de 2 autres grenouilles de la même localité, trypan. ayant l'allure générale de la première forme, seulement de dimensions réduites.
Nous avons observé, chez des Bana esculenta de nos pays, des formes à extrémité postérieure aussi allongée que chez mega et karyozeuklon. Nous en avons même vu dont l'extrémité postérieure
1. Ed. et Et. Sergent, C. R. Soc. Biologie, t. LVIII, 1905, p. 56.
Laveran et Mesnil. — Trypanosomes et Trypanosomiases. 55
était tellement amincie qu'elle paraissait se prolonger par un court flagelle (c'est presque le cas pour Tr. karyozeukion) ; il y avait donc lieu d'émettre, sur la validité des espèces nouvelles de Dutton et Todd, un doute d'autant plus fondé que ces savants reconnaissaient l'existence, chez les grenouilles de Gambie, du Tr. rotatorium. Depuis 1903, un trypan. ayant tous les caractères du Tr. mega, a été signalé chez diverses grenouilles d'Afrique' et de l'Inde. Cette fixité des caractères nous paraît en faveur de l'individualité spécifique du Tr. mega; il est donc fort possible que cette espèce au moins soit valable.
Tr. nelspruitense. — Laveran •^ a décrit, sous le nom de Tr. nelspruitense. un trypan. nouveau trouvé par Theiler dans le sang de 2 grenouilles du Transvaal {Bana angolensis). C'est un trypan. long
Tr. nelspruitense (d'après Laveran).
Gr. = 2000 D.
et mince, atteignant 70 (jl, dont 35 pour le flagelle, particulièrement long par conséquent (fig. CXLIV). Il diffère nettement des trypan. des grenouilles actuellement connus et rappelle surtout le Tr. granulosum de l'anguille, et aussi certaines formes trouvées chez les Lepiodactglus (voir ci-dessous).
Tr. Belli. — Nabarro^ a signalé, chez des grenouilles de Hong- Kong, un trypan. dont il n'a vu que 2 individus qui ont en commun la position postérieure du noyau qui se trouve en contiguité avec le centrosome; le corps est pointu aux 2 extrémités; il mesure 22 à 25 II, plus le flagelle qui a 3 [jl chez le plus petit individu, 15 [j. chez l'autre; le corps est mince, la membrane ondulante assez développée. Ce trypan., pour lequel Nabarro a créé l'espèce Tr. Belli, rappelle surtout le Tr. Bocagei (voir p. 878).
Tr. Borreli et hylse. — Les trypan. des Hyla ont été pendant long-
1. En particulier au Congo par Broden {Arcli. f. Sch. u. Trop. Hyg., t. IX, 1905), par Rodhain (Centralbl. f. Bakter., I, t. XLV, 1907), par les membres de la mission française.