‹ Trypanosomes et trypanosomiases [electronic resource]Chapitre 114 sur 410 · I. Delanoë, C. /?. Soc. Biol., I. LXX, 1911, p · texte numérisé non relu

I. Delanoë, C. /?. Soc. Biol., I. LXX, 1911, p

THYPANOSOMA LEWIS]

entre l'évolution du Tr. Lewis i chez la puce et dans les cultures. Ces petités formes paraissent passer facilement du péritoine dans le sani>' de la souris.

^ L — Agglutination du Tr. Lewisi1.

Le Tr. Lewisi est, de lous les Irypan., celui qui se prête le mieux à l'étude des phénomènes d'agglutination. En raison de l'intérêt de ces faits, nous y consacrons un paragraphe spécial, reproduction à peu près textuelle de notre publication de 1901.

Dans un certain nombre de conditions, les Tr. Lewisi se réunissent en amas très réguliers, qu'il est facile de caractériser. Les circonstances qui provoquent la formation de ces amas peuvent être réparties en deux catégories distinctes :

1" L'agglutination se produit dans du sang défibriné conservé depuis un temps plus ou moins long à la glacière; le phénomène est toujours partiel; il persiste jusqu'à la mort et la dégénérescence des flagellés (voir chap. Y) :

2° Quand on fait agir sur du sang défibriné ou du sérum 2à trypan., le sérum d'un certain nombre d'animaux, et en particulier celui de rats ayant reçu une ou plusieurs injections de sang à trypanosomes, on constate une mise en amas rapide (quelques minutes) et souvent totale des trypan. Tantôt, les agglomérations persistent jusqu'à la mort des parasites; tantôt le phénomène est suivi d'une désagglomération. Tous les phénomènes de cette seconde catégorie ont encore ceci de commun qu'ils sont produits par des substances que, par analogie avec ce que l'on sait des agglutinations bactériennes ou hématiques, on a le droit d'appeler des agglulinines, étant donnée leur façon de se comporter au chauffage.

Formation et morphologie des agglutinats. — Pour bien étudier la façon dont se forment les amas de trypan., il convient de s'adresser aux cas où les phénomènes évoluent très lentement et où» leur intensité n'est jamais considérable; par ex., cas de sang à trypan. où l'on a simplement ajouté de l'eau physiologique.

I. Ces phénomènes, que nous avons décrits pour la première fois en 1900 (C. R. Soc. Biolor/ie, G ocl. cl 10 nov. LflOO) et plus en détail en 1901 (Ann. Insl. Pasteur), ont été étudiés depuis, pour le Irypan. des rats, par Jiïrgens, Francis, et surtout pai Manteufel.

-• Francis conseille de laisser coaguler le sang infecté par les trypanosomes : les Irypan. passent dans le sérum et on est débarrassé des globules. Francis prenait une précaulion qui ne nous a jamais paru utile : comme le sang de ses rats infectés Contenait souvent une autoayijlulininc (voir infra). F. s'en débarrassait par une 111tration sur porcelaine avec nombreux lavages à l'eau distillée. Les trypan. recueillis sur le (ILtre étaient ensuite mis en suspension dans une quantité île liquide égale au volume initial du sérum. Il nous semble qu'ils doivent èlre bien altérés après ces opérations.

278 THYPANOSOMES ET TIIYPANOSOMIASES

Un premier fait à noter et certainement le plus important de tous, car il va donner la clef de toutes les particularités que nous relèverons, c'est que la mise en amas des trypan. n'est pas précédée de leur immobilisation. Les trypan. qui s'agglomèrent sont aussi mobiles que ceux qui, dans des préparations témoins ou dans la môme préparation, restent isolés. D'après Manteufel, il y aurait même stimulation de l'appareil locomoteur.

Le début de l'agglomération est toujours le même : deux trypan. s'accolent par leurs extrémités postérieures non flagellifères 1 (fig. XXXVtl, 1); la zone de contact est toujours très petite; elle suffit pour maintenir l'union des deux individus qui forment une ligne droite et se meuvent sur place avec vivacité*.

Généralement, les choses n'en restent pas là; d'autres individus viennent se joindre aux deux premiers et il se constitue une rosace d'un nombre variable d'éléments, disposés tous avec les extrémités postérieures au centre de l'amas, les flagelles libres et bien mobiles à la périphérie (fig. XXXVII, 2)3. On peut arriver a avoir ainsi des amas formés d'une centaine d'individus et rien n'est plus curieux que de les observer : chaque trypan. a conservé ses mouvements propres ; il paraît chercher à se dégager, à s'échapper des entraves qui le retiennent et nous verrons qu'en fait, dans certains cas, il peut y parvenir. Assez souvent, surtout quand il s'agit d'amas se constituant dans du sang conservé à la glacière, on trouve au centre un leucocyte ou un amas d'hématoblastes plus ou moins avariés.

Les agglomérats ne se constituent pas toujours aussi lentement. En particulier, dans le cas de véritables agglutinines, on voit d'emblée un nombre assez grand de trypan. s'unir pour constituer un amas. Ces trypan. se dirigent l'un vers l'autre, sans présenter d'abord la moindre orientation ; cette période dure peu et il est fréquent qu'on n'arrive pas à l'observer. Bientôt en effet les trypan. s'orientent; toutes les extrémités postérieures viennent s'affronter et l'on a la disposition en rosace que nous avons décrite .

Quand on a affaire à des sérums très agglutinants et en particu-

1. On peut avoir quelque hésitation sur les extrémités accolées quand on observe à l'état frais; ou n'en a pas quand on examine des préparations colorées. Nos figures XXXVII, I el 2. sou! reproduites d'après des frottis colorés.

2. Quand nous étudierons le trypan. du nagana, nous citerons des cas où l'agglutination se réduit à ces unions par deux. Swingle a signalé des agglutinations de Lewisi par deux, en boucle, les extrémités antérieures venant en contact comme les postérieures.

:!. Il convienl de remarquer La différence entre ['agglutination, dans laquelle le parasite a un rôle passif et où l'accolement se fait par les extrémités postérieures, et la fixation des Trvpanosomides; dans ce dernier cas, le parasite a un rôle, actif ei c'es1 toujours par le pôle antérieur, flagellé, qu'il se fixe (cellules épithéliales de r stin des insectes, parois de la trompe des glossines, etc.)

TRYPANOSOMA LEWJSI 279 lier à des sérums spécifiques, les choses peuvent se compliquer. Un certain nombre de rosaces se groupent et arrivent à constituer des ornas secondaires énormes (fig. XXXVII, 3) qui, par suite des mouvements de tous leurs composants, écartent les hématies qui les entourent; on a alors, en gouttes pendantes, un phénomène visible à l'œil nu; sur le fondjrôuge, apparaissent des taches claires à centre grisâtre.

Enfin, quand il y a persistance des agglutinats, on constate que les trypan. du centre de ces amas secondaires finissent par s'immobiliser et entrer en dégénérescence; seuls, ceux de la périphérie conservent leur mobilité.

L'adhérence, dans tous ces cas, est souvent assez forte pour qu'on puisse étaler le sang en couche mince sans défaire les agglomérations. On peut alors obtenir de fort jolies préparations colorées.

Jamais nous n'avons observé la moindre altération morphologique des trypan. qui viennent de s'agglomérer

Fig.

Agglutination du Trypan. Lewisi.

1 et 2. D'après des préparations colorées ; 3, d'après lo vivant. — 1. Deux trypan. unis par leurs extrémités postérieures. — ■2. Rosace de trypan. (agglutination primaire). — 3. Amas do rosaces (agglutination secondaire).

D'après Prowazek, les cen-

280 TRYPANOSOMES ET TRYPAN0S0M1ASES

trosomes, eu se gonflant, sécrètent une substance visqueuse (que le

Giemsa colore en rouge à la longue) qui servirait à l'union des

trypauosomes.

Agglutination de trypanosomes morts or paualïsés. — Ordinairement, nous l'avons dit, les trypan. agglutinés ont conservé" leur mobilité. Que se passe-t-il quand on s'adresse à des trypan. préalablement immobilisés? Nous avons pu résoudre celle question : I" en tuant les flagellés par le chloroforme ou le formol; 2° en étudiant l'action de quelques-uns de nos sérums spécifiques qui se sont montrés, à fortes doses, paralysants pour les trypanosomes.

Si l'on étale le sang à trypan. en couche peu épaisse et qu'on le soumette aux vapeurs de chloroforme, tous les llagellés meurenl entre S el 15 minutes et prennent un aspect granuleux; leurs contours deviennent peu nets et ils sont moins faciles à observer. Une goutte de formol ajoutée au sang donne de- meilleurs résultats; les trypan. sont bien fixés et conservent toute leur réfringence.

Les sérums qui agglutinent les trypan. vivants agglutinent également les trypan. tués 1 et vice versa. Mais les agglomérations n'ont plus le caractère que nous avons décrit. Les éléments y sont disposés fout à fait sans ordre. Ainsi, avec les trypan. tués au chloroforme, on a des amas où les parasites dessinent un réseau à inailles plus ou moins serrées. Avec les trypan. fixés au formol, les amas sont assez compacts, mais les trypan. y sont disposés pêle-mêle.

Nos sérums paralysants (à partir d'une certaine dose) ne supprimaient pas totalement la mobilité des trypan.; mais ils la restreignaient considérablement. Dans ces conditions, les amas formés étaient comparables à ceux obtenus avec les trypan. tués au formol; souvent ils avaient la forme de gerbes. — A doses faibles, ces sérums ne se montraient presque plus paralysants; mais ils étaient encore très agglutinants; on avait alors des rosaces.

Tous ces faits ne comportent, croyons-nous, qu'une interprétation. La forme des amas, dans les cas ordinaires, est en rapport avec la mobilité des trypan. Dans un amas qui tend à se former, chaque trypan. cherche à s'échapper, son flagelle en avant; la figure d'équilibre qui est réalisée est donc celle d'une rosace dont tous les individus ont l'extrémité postérieure au centre, le flagelle à la périphérie.

D ÉSA GGLUTINATION . — Cette considération de la mobilité des trypan. permet aussi de se rendre compte d'un phénomène curieux que I on observe souvent avec les agglutinations de trypan., cl qui n'a jusqu'ici, et, pour cause, jamais été signalé avec les agglutinations bactériennes.

I. D'après Manleufel, 1rs trypan. lues par te chauffage à Kl" ne s'agglomèrent l . ! ii- sous l'action des sérums spécifiques.

TRYPANOSOMA LEWIS! 281

Il arrive que des trypan., agglutinés presque aussitôt après leur mise en contact cran .sérum, redeviennent libres et isolés dans les heures qui suivent; les amas secondaires se désagrègent; les rosaces, ou se désagrègent complètement, ou perdent un grand nombre de Leurs éléments1. C'est là un fait tout à l'ait déconcertant quand on aborde l'étude de ces phénomènes. Il ne se produit pas avec tous les sérums et il se produit d'autant mieux avec un sérum déterminé que la dose employée est plus faible. D'autre part, il ne se manifeste qu'autant que les trypan. ont une certaine mobilité. Grâce à leurs efforts, les trypan. qui ne sont pas retenus par une force trop grande, arrivent à se dégager. Mais on conçoit que, si la mobilité des trypan. diminue, il peut y avoir réagglutination; nous Pavons constaté quelquefois. On peut empêcher le phénomène de désagglomération, en mettant les gouttes pendantes à la glacière; or, nous savons que, clans ces conditions, si les trypan. conservent longtemps leur vitalité, leur mobilité est diminuée.

A un autre point de vue, on se rend compte que, si notre manière d'interpréter le phénomène de désagglomération est exacte, son intensité est en raison inverse de la valeur agglutinante du sérum employé.

Vitalité et virulence des trypan. agglutinas. — Nous avons fait un grand nombre d'expériences à cet égard, surtout avec les sérums spécifiques dont nous étudiions toujours avec soin les propriétés agglutinantes avant de les utiliser dans un but préventif; comme témoin, nous employions le même sang à trypan. mélangé soit à de l'eau physiologique, soit à du sérum de rat neuf. Les mélanges étaient conservés, soit en gouttes pendantes à la température du laboratoire (15° environ), soit en tubes fermés au coton, à la glacière.

Toujours, les mélanges agglutinés ont conservé aussi longtemps des trypan. vivants et infectieux que les autres.

Une remarque doit néanmoins être faite : nous avons déjà dit que, dans le cas d'amas secondaires persistants, les trypan. du centre de l'amas meurent assez vite. On ne saurait voir là une exception à la règle; les trypan. meurent comme conséquence secondaire de la mise en amas, par le fait qu'au centre des amas, ils se trouvent dans des conditions tout à fait défavorables pour leurs échanges vitaux. La survie des trypan. périphériques plaide en faveur de cette interprétation.

Examinons maintenant les particularités de l'agglomération dans les différents cas où elle se produit.

Agglutinines spécifiques. — Le sérum des rats neufs [rats blancs ou pie, rats d'égout (Mus decumamis)) n'est pas agglutinant-.

1. Les observations étaient faites en gouttes pendantes; à I.V en moyenne,

2. Nous avons même observé qu'en ajoulanl h du sang dé-fibriné à trypan. du

TKVI'ANOSOMES ET TUYPANOSOMIASES

Ce sérum acquiert, par suite d'inoculations successives de sang à trypan., des propriétés agglutinantes d'autant plus développées que 1 immunisation a été poussée plus loin. Mais déjà après une seule inoculation et lorsque l'infection est terminée, il a un pouvoir agglutinant très net. Même le sérum d'un rat en cours d'infection se montre légèrement agglutinant et quelquefois, comme nous le verrons, pour ses propres trypanosomes.

Après !'. à 10 inoculations intra-périfconéales, les rats ont un sérum dont le litre agglutinant est variable de 5 à 50, c'est-à-dire qu'à une certaine quantité de sang défibriné, il Tant ajouter, suivant les cas, au moins 1/5 ou 1/50 de son volume de sérum, pour déterminer l'agglutination des trypan. Francis cite un cas où le titre agglutinant du sérum était de 200. En employant des doses limites, on produit des agglutinations qui se défont presque complètement. Mais, à doses plus fortes, on a généralement des agglutinations persistai! les, au moins en majorité : cela est toujours vrai quand le titre agglutinant d'un sérum est supérieur à 10.

Avec les sérums bien agglutinants, employés à doses au moins doubles de celle limite, on a généralement des amas secondaires. Enfin, nous avons déjà cité l'exemple de rats (qui avaient reçu plus de 10 inoculations) dont le sérum, à 1/20 (il n'a pas été essayé à dose plus faible . donnait des agglutinations persistantes ef qui, à doses plus fortes, se montrait très nettement paralysant. L'un de ces rais qui, en sept mois, avait reçu 13 inoculations, avait un sérum qui, à 1 sur 10, était assez paralysant pour qu'il ne se formât plus de rosaces de trypan. agglutinés.

La propriété paralysante des sérums spécifiques se développe donc très tardivement au cours de l'immunisation, contrairement à ce qui a lieu pour les sérums antibactériens où elle est toujours liée à la propriété agglutinante.

Les sérums spécifiques renferment une véritable agglutinine. Le chauffage àoo-o8°, pendant une demi-heure ou trois quarts d'heure, n'abaisse pas leur titre agglutinant; mais les agglutinations produites par ces sérums chauffés ne sont généralement pas aussi belles ni aussi persistantes que celles des sérums non chauffés. A la température de 63-6o01, maintenue pendant une demi-heure, toute trace de propriété agglutinante a disparu.

Le sérum d'un cobaye, qui avait reçu plusieurs injections de sang à trypan.. s'est montré faiblement agglutinant; celui de cobaye neuf ne l'est pas du tout.

Agglutinines de divers sérums neufs. — Les sérums de cobaye, de souris blanche, d'homme, de pigeon et de grenouille ne manifestent

sérum de rat, au lieu d'eau physiologique, les trypan. ne s'aggluUnaienl pas à la glacière.

I. Le sérum de rai se coagule à celle température; il faul doue te mélangera son volume d'eau physiologique; ou obtient, après chauffage, un liquide 1res opalescent1.

TUYPÀNOSOMA LKWISI 283 pas de propriétés agglutinantes pour les trypan. du sang défîbriné de rat.

Les sérums de mouton, de chèvre, de chien et de lapin sont peu agglutinants; il faut les employer à égalité de volume avec le sang à trypan. pour obtenir des résultats nets. Même dans ces conditions, l'agglutination n'est jamais totale et Ton a généralement des rosaces d'un petit nombre d'éléments. Avec le sérum de lapin, la désagglulination est à peu près totale au bout do quelques heures. Les agglutinations sont plus persistantes avec les sérums de mouton et de chien; avec ce dernier, on a même quelques amas secondaires.

Les sérums de poule et de cheval et, d'après Francis, de chat, sont beaucoup plus agglutinants que les précédents. Leur titre est compris entre 2 et 10; une goutte mélangée à une ou même deux gouttes de sang à trypan. détermine une agglomération complète des trypan.; les rosaces sont formées d'un très grand nombre d'éléments, et on a d'énormes amas secondaires, au moins aussi gros que dans le cas des sérums spécifiques. Mais, avec ces sérums normaux, la désagglutination se produit toujours plus ou moins complètement.

L'agglutinine de ces sérums est influencée par la température, exactement comme celle des sérums spécifiques.

Il y a un certain parallélisme entre les pouvoirs agglutinants des sérums étrangers vis-à-vis des hématies du rat et vis-à-vis des trypan. Ainsi, parmi les sérums de mammifères étudiés, celui de cheval est le plus actif dans les deux cas. Celui de poule est très actif dans les deux cas, celui de pigeon pas du tout. Mais le titre agglutinant visà-vis des hématies est toujours beaucoup plus élevé que vis-à-vis des trypan.; ainsi, pour un sérum de poule, le premier atteignait 20, tandis que le second était compris entre 4 et 5.

Dans ces divers sérums, les trypan., agglutinés ou non, se conservent longtemps. Les sérums de poule et de pigeon nous ont paru jouir de propriétés remarquables à cet égard (voir p. 2G9).

Pouvoir agglutinant pour leurs propres trypan. des humeurs de rats infectés. — Ce phénomène se manifeste surtout quand on examine, en gouttes pendantes, les exsudats péritonéaux de rats immunisés activement ou passivement et inoculés de trypan. ; maison n'obtient ainsi que de petites rosaces qui persistent ou non.

Quelquefois, en examinant du sang d'un rat en cours d'infection, on constate chez les trypan., entre lame et lamelle, une tendance manifeste à se grouper1 et quelquefois on obtient de véritables rosaces; mais nous n'avons jamais vu ces amas persister.

Une minorité seulement de nos rats a présenté, à un moment donné, ce phénomène. Il paraît avoir existé chez tous les rats de

I. Si l'on n'étoil pas prévenu, on pourrn.il songer k un prodrome de conjugaison.

384 TRYPANOSOMTîS ET TRYPANOSOMIASBS

Francis; de plus les agglulinines se sont montrées assez, actives, car cet observateur a pu obtenir des préparations colorées avec rosaces d'agglutination persistantes. Francis a noté, et nous le confirmons sur ce point, que l'apparition de ce qu'il appelle les « autoagglutinines » dans le sang précède de peu de jours la guérison définitive du rat infecté.

Les rats de Me Ps'eal et Novy ont montré fréquemment aussi des autoagglutinines.

En résumé, le fait qui domine les phénomènes de mise en amas des trypan. et qui leur imprime un caractère si spécial, c'est que les trypan. restent mobiles '. Au point de vue de la conception générale du phénomène d'agglutination, ce fait prouve que, quand il s'agit d'éléments mobiles, l'immobilisation n'est pas nécessairement le prodrome de l'agglutination; ou, si l'on veut s'exprimer autrement, que les substances paralysante et agglutinante sont différentes. Certains faits tendent à faire soupçonner cette dualité en ce qui regarde les bactéries mobiles; le cas des trypan. la met nettement en évidence.

Les caractères de l'agglomération des trypan. rapprochent beaucoup ce phénomène de l'agglutination des spirochètes (des récurrentes, des poules ou de la syphilis). Manteufel a particulièrement insisté sur ce rapprochement.

Dans le cours de l'immunisation, la propriété agglutinant*; des sérums apparaît rapidement (même en cours d'infection) ; au contraire, la propriété paralysante ne se montre que chez des animaux hyperimmunisés (d'après Manteufel, elle est liée à la présence d'un complément, ce qui n'est pas le cas pour l'immobilisation bactérienne, prodrome de l'agglutination), et nous verrons plus loin que La propriété préventive apparaît beaucoup plus lot.

^ 5. — Modes naturels d'infection des rats.

C'est à Rabinowitsch et Kempner que l'on doit d'avoir bien posé ce problème des modes naturels d'infection des rats, en incriminant les poux et surtout les puces, ectoparasites de ces rongeurs. Leur manière de voir reposait sur les expériences suivantes :

I" Un rat blanc infecté est mis avec des rats blancs non infectés: au bout de 11 à 15 jours, on constate l'apparition de trypanosomes

I. Ledoux-Lebard (Ann. Inst. Pasteur, t. XVI, 1902) ;i constaté des faits analogues en luisant agir du sérum sanguin (de cobaye, par ex.) sur des Paramécies. Ces Lnfusoires conservent une certaine mobilité el s'agglomèrent en rosaces avec extrémités postérieures au centre de la rosace; les Infusoires sont retenus agglutinés par une substance visqueuse qu'ils éliminent.

TUYPANUSOMA LEWISI

dans le sang des rais neufs (Sivori et Lecler, nous-mêmes, avons répété avec succès celle expérience).

2° Environ 20 puces capturées sur des rats infectés sont portées sur un rat sain: on voit apparaître au bout de 2-3 semaines des I i-ypanosomes dans son sang.

Rabinowitseh et Kempner n'ont pas réussi à voir des trypanosomes en examinant des puces capturées sur des rais infectés, mais, en écrasant dans l'eau physiologique quelques-uns de ces insectes, et en inoculant dans le péritoine de rats neufs celle dilution, ils ont produit des infections 5 fois sur 9. Sivori et Lecler (1902) ont reproduit cette expérience avec succès.

De son côté, Lignières 1 a obtenu des résultats positifs en séparant 1rs rats sains du rat infecté par un treillis en fil de fer.

La question s'est vite posée de savoir si ces ectoparasites agissaient comme simples vecteurs, ou bien si le trypan. accomplissait dans leur corps une évolution.

Pour ce qui concerne les puces, la question n'a été reprise que ces dernières années. Mais, au sujet des poux, Prowazek, dès 1905, publiait ses recherches ; elles ont été le point de départ d'une longue discussion qui n'a pas encore abouti à des conclusions tout à fait définitives2.

Rôi.e des poux. — Le pou du rat appartient au genre Ilsemalopinus et à l'espèce spinulosus.

Prowazek donne d'abord une étude anatomique très détaillée de Yllsematopinus et de son embryon, et il précise bien les endroits où les trypan. sont surtout abondants : base des tubes de Malpighi et région du cœur. Les parasites passent dans la circulation sanguine, parviennent dans le pharynx et peuvent de là être réinoculés au rat.

Une seule fois, Prowazek a vu des parasites dans un œuf. La reproduction héréditaire de l'infection chez le pou serait donc exceptionnelle.

Les préparations étaient faites en diluant le contenu intestinal avec de l'eau physiologique et colorant au Giemsa; mais la coloration était fugace.

Prowazek a observé, dans le pou, des formes assez variées; chez certaines, il y aurait réduction chromatique portant à la fois sur le noyau et sur le blépharoplaste.

Plus tard, les formes mâles et femelles se différencient; les premières sont plus petites et le noyau très allongé a une forme rubanée caractéristique (fig. XXXVIII, A et H).

Prowazek a pu observer, mais très rarement, divers stades de

t. Lignièbes, (Jongr& intern. méd. vèlér. Budapest, l(.>u.">.

2. TitowAZEK, Arb. a. d. kais. Gcswidheilsanvte, t. XXII. 1903.

286 THVPANOSOMKb ET TRYPANOSOMlASES

copulation .sur le frais et sur préparations colorées. Les figures B et (. mon rent deux stades de cette copulation; le résultat final est un ookmete (fig. D), à un seul noyau et sans appareil flagellaire ressemblant tout à fait aux ookinôtes des hématozoaires pigmentés de 1 homme et des Oiseaux.

On trouve tous les passages entre ces ookinètes et des flagellés dont le blépharoplaste est en avant et au voisinage du noyau, et qui, à certains égards, ressemblent aux formes des cultures! mais ils auraient une origine sexuée et non asexuée.

Enfin, il faut encore signaler des petites formes sans flagelle ou avec flagelle rudimentaire, attachées à l'épi thélium intestinal du pou, et rappelant tout à fait les formes correspondantes des Flagellés parasites des Insectes (g. Lc/>lonionas et Crilhidiu); et aussi des formes qui paraissent enkystées.

Ces résultats de Prowazek ont été l'objet de vives critiques. D'abord, Patton et Strickland1, en 1908, ont émis l'opinion que les formes flagellées que l'on décrivait comme formes de développement des trypanosomes de Vertébrés chez les Invertébrés, ne sont autres que des parasites propres à ces derniers; et il a désigné sous le nom de Crithidia hœmalopiniles formes décrites par Prowazek.

Au même moment, Nuttall- établissait que l'on peut transmettre l'infection à Tr. Lewisi de rat à rat à la fois par le moyen des puces et par celui des poux.

Avec les puces (Cevalophyllus fascialus et Clenophlalinus agyrles), il a eu des résultats positifs, môme en employant seulement trois puces de l'une ou de l'autre espèce; il a enregistré un résultat négatif en ne se servant que d'une puce.

Avec les poux {Hsemalôpinus spinulosus), il a eu un résultat positif en se servant de 30-00 poux et un négatif avec IA poux. De plus, il

Fig. XXXVIII. — Phénomènes sexuels chez le fou (dVprès Prowazek).

A, Forme mâlo ; — B et C, 2 stades do la copulation ; — D, ookiûète.

1. Patton et Strickland, Parasilolngy, t. I, 10(18 (1909), p. 322.

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