CHAPITRE XII
On rencontre fréquemment dans le sang des petits mammifères, et en particulier dans le sang- des petits rongeurs, des trypanosomes non pathogènes du type Tr. Lewisi. Comme ces trypanosomes ne sont pas inoculables d'une espèce animale à l'autre, on en a conclu, malgré les ressemblances morphologiques, qu'il s'agissait d'autant d'espèces distinctes.
Il était important de rechercher si une adaptation prolongée d'un même parasite chez des espèces différentes n'avait pas produit une spécification plus apparente que réelle.
On a vu (p. 258) que Roudsky a réussi à obtenir une variété du Tr. Lewisi inoculable en série à la souris et pathogène pour ce rongeur; le même observateur a obtenu une variété du Tr. Dutloni de la souris inoculable en série au rat et pathogène pour ce rongeur; enfin il a constaté qu'il y avait immunité croisée entre le Tr. Lewisi et le Tr. Dulloni devenu infectieux pour le rat.
Ces faits sont très intéressants : ils montrent qu'un trypanosome complètement adapté à une espèce animale, et spécialisé à celle espèce, est susceptible de s'adapter, dans des circonstances particulières, à d'autres espèces; on peut en conclure que certains trypanosomes des petits mammifères ne sont que des variétés d'autres espèces, mais devant l'impossibilité où l'on est de décider quelles sont les espèces à conserver, et quelles sont les variétés, il y a lieu, croyons-nous, de continuer à décrire comme espèces distinctes tous les trypanosomes des petits mammifères qui, dans les conditions ordinaires d'expérience, ne sont pas inoculables d'une espèce à une autre.
Nous étudierons ces trypanosomes dans l'ordre qui a été indiquéplus haut (voir p. 242).
Trypanosome de la souris.
Tr. Duttoni Thiroux.
Thiroux a trouvé 1 fois sur 16 dans le sang de Mus morio Trouessart, à Saint-Louis (Sénégal), un trypanosome qu'il a décrit sous le nom de Tr. Dulloni1.
En 1903, Dutton et Todd avaient signalé déjà l'existence d'un flagellé dans le sang de souris capturées dans les habitations de l'île MaeCarthy sur le fleuve Gambie'2; mais le parasite n'avait été observé qu'à l'état frais et la description était si incomplète qu'il était impossible d'identifier ce flagellé à un trypanosome. Dutton et Todd n'avaient pas vu de membrane ondulante.
Postérieurement aux travaux de Thiroux, plusieurs observateurs ont signalé l'existence de trypanosomes chez des souris.
Kendall a décrit sous le nom de Tr. musculi un trypanosome qu'il a trouvé à Panama chez 8 p. 100 des souris domestiques (.1/. musculas) examinées3. Ce trypanosome qui n'est pas pathogène ressemble beaucoup à Tr. Duttoni, auquel il doit probablement être identifié, bien que ses dimensions soient un peu inférieures à celles du trypanosome de Thiroux.
Pricolo a trouvé, chez 40 p. 100 des souris grises (M. musculus) capturées dans le jardin du laboratoire Gosio à Rome, un trypanosome qui paraît devoir être identifié à Tr. Duttoni''.
Finkelstein a noté l'existence de trypanosomes chez des souris domestiques du Caucase5.
Wenyon, au Soudan anglo-égyptien, a décrit comme des espèces distinctes : 1° un trypanosome de la souris rayée, Aruicanthis zébra, sous le nom de Tr. avicularis; 2" un trypanosome de la souris épineuse Acomys sp. sous le nom de Tr. acomys6. La première de ces espèces a la plus grande ressemblance avec Tr. Duttoni, la deuxième al teint des dimensions notablement plus grandes que celles du trypanosome de la souris domestique. Ces deux trypanosomes sont très incomplètement connus; il serait indispensable par exemple de
1. A. Thiroux, Soc. de Biologie, 27 mai 1005, et Annales de l'Inst. Pasteur, 1003, t. XXII, p. 564. Thiroux a cru qu'il s'agissait de La souris domestique Mus musculus; des souris parasitées envoyées par lui du Sénégal onl été examinées en 1012 par M. Trouessart, professeur au Muséum d'histoire naturelle, qui a reconnu qu'il s'agissait du Mus morio Trouessart 1880 - Mus maurus Gray 1862 (A. Laveran).
2. Dutton e1 Todd, Trypanosomiasis expédition lo Senegambia, Johnslon a. Thompson Yates Labor. Report, t. V, 1003, voir pp. 56-57.