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CHAPITRE XIV

SURRA

Agent pathogène : Trypanosoma Evansi, Steel, 1885.

§ 1. — Historique. Répartition.

Le nom de surra est employé de temps immémorial par les indigènes de certains districts de l'Hindoustan pour désigner une maladie des chevaux, caractérisée par un état de cachexie profonde, sans lésion posl morlcm en rapport avec cet te cachexie. Nous savons aujourd'hui que cette maladie règne non seulement sur les équidés, mais aussi sur les bovidés, sur les camélidés et sur les éléphants ; on a signalé aussi des épizooties de surra chez des chiens de chasse, dans certains districts de l'Inde.

En 1880, Griffith Evans1, observant dans la Dera Ismaïl Khan (Punjab), près de l lndus, découvrit, dans le sang des chevaux, mulets et chameaux atteints de surra, un organisme filiforme, très mobile, qu'il prit au premier abord pour un spirille, mais dont il reconnut vile, avec Lewis qui venait de découvrir le flagellé du sang des rats, la nature animale. Il conclut nettement que ce parasite était l'agent du surra; par inoculation sous-cutanée de sang, il réussit à transmet lie la maladie au chien et au cheval.

J.-H. Steel2, en 1S85, trouva le même organisme dans le sang des mulets de transport en Birmanie anglaise. 11 le rapprocha du parasite de la fièvre récurrente de 'l'homme et le nomma Spirochaete Evansi. Il transmit la maladie au singe macaque cl au chien.

Ce fut Crookshank3 qui, à Londres, grâce à l'examen de préparations du sang de chameaux, qu'Evans lui avait fait parvenir, mit en

1. G. Evans, lieport on Surra. published l>y ihe Punjab Government, Militury départaient, 3 fiée 1880.

2. J.-H. Steel, Report on his investigation into an obscure and fatal discase among transport mules in Brilish Burma, 1885.

3. Grooksiiank, Klaf*ellated Protozoa in the Blood of disoased and apparently healthy animais, Journal of the R. microsc. Soc, déc. 1886, pl. 17.

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évidence les principaux caractères de l'hématozoaire (membrane ondulante, ses rapports avec le flagellum, etc.).

Cet hématozoaire est maintenant désigné universellement sous le nom de Trypanosoma Euansî (Steel).

La découverte d'Evans cl Steel fut bientôt confirmée par un certain nombre de médecins et de vétérinaires anglais de l'Inde : Vandyke Carier, Gunn, C.-E. Nultall, etc., et surtout Lingard '.

1 >e l'enquête à laquelle on s'est livré pendant vingt ans, clans l'Inde et la Birmanie, et qui est résumée dans les rapports successifs de Lingard parus de 1893 à 1899, il résulte qu'on doit ranger sous la rubrique surra un grand nombre de maladies qui portaient des noms distincts suivant le district où elles sévissaient, suivant l'espèce animale plus particulièrement atteinte, suivant le symptôme qui avait le plus attiré l'attention.

Dans ces dernières années, la présence du surra ou d'une trypanosomiase très voisine (voir ch. xvi) a été constatée dans presque toutes les régions de l'Indochine française (1901-1903). aux Indes néerlandaises à partir de 1899, aux Philippines (1901), à l'île Maurice (1902), à Ceylan; les observations et expériences faites dans ces divers pays ont beaucoup contribué à préciser nos connaissances sur ces épizooties meurtrières.

Pour l'Inde et les pays limitrophes, le rapport de Lingard de 1899 contient, sur la distribution géographique du surra, des renseignements précis que nous résumons brièvement. La maladie existe dans de très nombreux districts du Punjab (22 sur 31), des provinces nordouest de l'Inde, dans la division de Kumaon (contreforts de l'Himalaya), dans la portion N.-E. du district de Jalpaiguri (Bengale), dans' le Bajputana, clans la présidence de Bombay. En d'autres termes, presque toute la région nord de l'Inde est contaminée et, par le Rajputana, la maladie atteint dans l'ouest la région de Bombay. Le Deccan est à peu près indemne. Lingard note une épizootie en 1893 à Secunderabad (Hyderabad). La maladie est, d'après les renseignements que nous ont fournis les D''3 Donovan et Gouzien, inconnue au voisinage de Madras et des possessions françaises du sud-est de la presqu'île indienne -.

En dehors de l'Inde, le surra existerait en Perse, d'après Haig (cité par Lingard); en tous cas, il sévit sûrement sur le littoral du

I II. Vandyke Carter, Scienlif. tnein. by med. ofjîcers of the Army of India. ISS7, Calcutta, 1888. Alfred Lingard, Report on Horse Surra, vol. 1, Bombay, 1893. — Summary of further report on Surra, Bombay, 1894. — Idem, 1895. — Animal report of the impérial bâcler iologist for the officiai year 1895-1890. — Report on Surra in Equines, Buffaloes and Canines, etc., vol. Il, Bombay, 1899.

2. Donovan a vu cependant, chez un veau des environs de Madras, (1rs trypan. semblables à Tr. Bvansi (lellre. particulière).

golfe Persique, car on a trouvé que, parmi les chevaux importés ù " Bombay, certains avaient déjà des trypanosomes.

Presque toute la Birmanie anglaise, le Manipour et l'Assam sont contaminés (les observations de Steel ont été faites à Bangoon et à Tanghoo); il en est de même des régions limitrophes de Chine : provinces de Shan (d'après Lingard), Yunuan (d'après le vétérinaire français Blin), et on ne peut avoir aucune idée de l'extension de celle

Fig. XLV1II.

Carte donnant la répartition du surra et do la maladie des chevaux de l'Annam dans l'Inde ot dans l'Indochine. Los zones dans lesquelles la maladie est endémique sont marquées d'une -t-, celles dans lesquelles le surra n'a été ohservé qu'à l'état sporadiquo ou sous forme d'épizootio passagère sont, marquées d'un o.

épizootie en Chine. Il y a des raisons de croire qu'en Corée la maladie des poneys et des bœufs signalée par W. F. Campbell (cité par Lingard), n'est autre que le surra; mais la preuve microscopique n'en a pas encore été fournie.

La carte ci-jointe (fig. XLVIII) indiquant la répartition du surra en Asie est empruntée, pour ce qui concerne les Indes, au Journal of the Ji. army med. corps, janvier 1904.

Aux Indes néerlandaises, le surra a été observé d'abord sur les

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équidés et les buffles (variété Karbouw ') des districts de Samorang et de Rembang, à Java; il paraît en voie d'extension; par exemple, Schat - le signale clans le centre de Java (districts de Kediri et de Soerabaya) on il a produit, en 1901, une épizootie sur les bœufs et les buffles. Grâce aux mesures énergiques prises (abatage ou isolement des animaux infectés, protection contre les piqûres des mouebes), on a pu limiter l'épizootie et il sera sans doute possible de l'empêcher de s'installer clans cette région.

A Sumatra, le surra du cheval aurait été observé par Vrijburg, vétérinaire à Deli :i.

En un mot, tout le sud des régions asiatique et indo-malaise est atteint parla redoutable épizootie.

Depuis septembre 1901, la présence du surra a été constatée aux îles Philippines, et elle a été l'occasion pour le Bureau of animal [ndustry de Washington de publier, clans son Bulletin n° 42 (1902), sous les signatures de Salmon et Stiles, un Emergencij Report on Surra où se trouve résumé tout ce qui a été publié sur les trypanosomes en général et le surra en particulier. Dans leur travail, Salmon et Stiles reproduisent les rapports du vétérinaire J.-G. Slee et des D" Allen M. Smith et J.-J. Kinyoun. On a reconnu que l'épi— zootie, découverte d'abord chez des chevaux à Manille, s'étendait à toute l'île de Luçon. Elle sévit aussi sur les buffles var. Kerabau (J.-J. Curry).

.Musgrave et Williamson ont donné des détails circonstanciés sur la maladie des chevaux 4. Pour eux, les quelques cas observés par Curry sur les buffles restent tout à fait isolés.

Quant à l'origine de la maladie, on n'est pas encore fixé. Salmon el Stiles penchent pour une importation récente : des troupes indoanglaises l'auraient portée de l'Inde en Chine, et les Américains, dela Chine à Luçon. Les médecins et vétérinaires qui ont étudié l'épizootie sur place, sont d'avis, au contraire, que la maladie existait aux Philippines avant l'occupation américaine et qu'elle y était connue chez les chevaux, sous le nom de calentura. Le rapport de L.-M. Maus ', daté de septembre 1901, est très probant à cet égard;

1. L.-A. Penning, Veeartsenijk. Bladcn v. Ned. Indië, t. XII et XIII, 1899-1900.

2. SCHAT, Mémoire publié en 1902 dans les Archives do l'industrie sucrière à Java; non- (levons la traduction do ce mémoire (écrit en langue hollandaise) à l'obligeance de M. Van Reutta et du IV L. Vincent, Schat, Thèse de doctorat, Berne, 1909.

'■'<. A. Vbijburg, Veearlsenijk, Bladen v. Med. Indië, t. XII 1, cité par J.-K.-F. de DoeS, (irnrc.sk. Tijdschr. v. Nederl. Indië, t. XLI, 1901.

V. W.-E. Musgrave et N.-E. Williamson, Biolog. Laboratory, 1903, n° :». 20 pages. W.-B. Musgrave el M. -T. Clegg, Trypanosoma and Trypanosomiasis with spécial référence lo Surra in Lhc Philippine islands. Départ, of the interior. Biolo-jical laboratory, n" ">, Manila, 1903.

'■>. Résumé in New-York medic. Journ., 8 février 1902, éditorial article.

TKYPANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES l'auteur décrit d'une façon Irès rcconnaissable le trypanosome du sang dos chevaux atteints de calentura, sous le nom de spirille, sans se douter par conséquent qu'il avait devant lui un protozoaire flagellé, parasite de maladies connues et classées.

Dans leur récent travail, Musgrave et Williamson affirment que le surra n'existait pas aux Philippines avant mai 1901. Musgrave et Glegg ont publié un travail important sur l'épizootie de surra aux Philippines.

A l'île Maurice, une épizootie à trypanosomes a été signalée au cours de 1902, au début de la campagne sucrière ; elle a atteint les équidés et les bovidés. En juin 1902, d'après le vétérinaire Deixonne, la mortalité était déjà effrayante; la plus grande partie des animaux de trait avaient succombé1.

Le Dr Alfred Lesur écrivait à l'un de nous, à la date du 27 juin 1902 : « Le surra règne à Maurice depuis la fin de l'année dernière. Le marché de Madagascar qui, de tout temps, a fourni à la colonie ses boeufs de charroi et de boucherie nous ayant été virtuellement fermé par la concurrence des autorités militaires anglaises pour la guerre du Transvaal, des commerçants de notre place ont imaginé de faire venir de l'Inde des bœufs à meilleur compte. Il en est arrivé une cargaison au mois de septembre 1901. Un certain nombre de ces animaux ayant succombé pendant la traversée, le navire fut mis en quarantaine. La mortalité persistant, l'autorité sanitaire lit pratiquer des autopsies qui ne révélèrent pas la cause de la mort. On se contenta d'interprétations banales et le débarquement fut autorisé. Même succession de décès à l'étable d'entrepôt, même mystère sur la cause de la maladie. Finalement les animaux survivants furent, livrés à leurs destinataires qui les dirigèrent sur une localité du nord de l'île où ils créèrent un foyer d'infection qui s'étendit de proche en proche. A l'heure actuelle, l'île Maurice est contaminée dans presque toute son étendue.

« L'épizootie, à ses débuts, paraissait régner presque exclusivement sur les bœufs, elle a atteint ensuite les mules, les ânes et les chevaux, sans cesser pour cela de sévir sur les bœufs. La destruction des animaux de trait a pris de telles proportions, que les agriculteurs se demandent avec anxiété s'ils pourront faire la récolte. On a déjà commencé, il est vrai, d'importer de nouvelles bêtes, saines cette fois, mais, comme aucune loi n'oblige les propriétaires d'ani-

I. Consulter au sujet do l'épizootie de Maurice : A. Laveran, Acad. de méd.. 28 OCt. 1902. — Rapports d'EoiNGTON des 8, 14 et 18 août 1902. — Rapport du Comité d'enquête chargé d'étudier les mesures ii prendre pour enrayer les progrés de l'épizootie rie Maurice, 1903. — Vassal. .Sur le surra de Maurice. Joarn. officiel de Madagascar, 27 juin 1903. — Nous nous sommes servis en outre pour l'étude dr cette épizootie de lettres qui ont été adressées à l'un de nous par M. le IV Alfred I.esur el par M. Deixonne, vétérinaire à Maurice.

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