TRYPÀNOSOMIÀ.SE DU T0G0LANI
2 vaches inoculées, la première à trois reprises, avec du virus du 26-31" passage par chiens; un jeune taureau inoculé avec le sang- de la deuxième vache; le veau de la première vache, — né en cours d'infection, mais indemne, — inoculé, âgé de 45 jours, avec le sang du taureau.
Le sérum de ces 4 animaux n'a pas montré les propriétés trypanocides des sérums de certains des bovidés du Togo semblablement traités. Ces sérums microbicides n'ont aucune action in vivo.
Les bovidés, inoculés par Martini, ont montré une infection légère dont ils ont guéri.
Ce dernier savant a infecté, à Berlin, un buffle femelle d'Afrique qui a succombé en 6 semaines à une trypanosomiase typique (sévère anémie, etc.) avec une quantité énorme de trypanosomes clans le sang.
Chèvres. — Les caprins sont assez sensibles au Tr. togolaise. Une chèvre, inoculée par Ziemann avec le sang de sa chienne, a montré des trypanosomes nombreux après 8 jours, rares après 11, nombreux après 12, 13 jours, rares après 14, 16 jours, très rares après 17 jours; puis il a été exceptionnel d'en voir 1 au microscope et l'animal a guéri.
Avec le sang des équidés de passage, Martini a tué une chèvre en .'32 jours.
Schilling regarde les chèvres de Berlin comme plus sensibles que celles du Togo. Ces dernières résistent en général. Il cite pourtant une chèvre du Togo sacrifiée moribonde, avec nombreux trypan. dans le sang, 23 jours après une inoculation. Les chèvres, inoculées à Berlin, ont succombé en 1 à 2 mois.
Mesnil, au cours de l'année 1906, a inoculé 4 caprins, deux avec le virus de Schilling, deux avec celui de Martini.
Les 2 premiers (une jeune chèvre ayant l'immunité pour le Tr. Brucei, et un bouc témoin) ont succombé en 34 jours et 34 jours 1/2. Les 2 autres (chèvre ayant l'immunité à la fois pour les Tr. Brucei et Evansi et jeune bouc témoin) sont morts en 32 et 56 jours. Ces chiffres sont tout à fait analogues à ceux des savants allemands.
La température, observée journellement chez 3 de ces animaux, a suivi une marche assez particulière : elle a à peine dépassé 39" durant les 18-19 jours qui ont suivi l'inoculation; ce n'est que dans la -econde période qu'elle a oscillé autour de 40°.
L'examen microscopique du sang est exceptionnellement positif. Mais l'inoculation du sang à la souris, au cours de la maladie, infecte rapidement cet animal.
Le bouc, inoculé avec le virus de Schilling, était manifestement malade les 3 jours qui ont précédé la mort : il titubait en marchant., les paupières étaient enflées.
478 TRYPANOSOMES ET TRYPÀNO'SOMIÀSES
A l'autopsie de ces animaux, on note surtout l'abondance du liquide péricardique.
Mesnil et Brimont se sont servis, pour l'étude du pouvoir protecteur des sérums, d'un bouc qui, au contraire des caprins précédents, a guéri. Peut-être, la conservation du virus sur souris est-elle la cause de cette baisse de virulence. Voici l'observation très résumée du bouc :
Inoculé le 26 novembre 1907. Poussée fébrile à 40", 2 le 28 novembre ; la température oscille entre 39°, 5 et 40-, 1 pendant 5 jours; puis elle arrive au voisinage de 39° et y reste. Le sang du bouc, à la dose de 1 /4 de ce, a infecté régulièrement les souris, les 9 décembre 1907, 4 et 30 janvier, 9 mars 1908; il ne les a plus infectées le 6 avril; en revanche un cobaye a été infecté à cette date avec S ce. Le 11 mai, 2 cobayes inoculés chacun avec 5 ce. ne s'infectent pas; il en est de même d'un chien inoculé le 28 juillet.
L'infection du bouc, nettement caractérisée, a donc duré environ 5 mois. Deux réinoculations, tentées le 31 juillet et le 18 octobre, n'ont pas amené de résultats.
Nous verrons plus loin que ce bouc, éprouvé ensuite par une inoculation du Tr. Evansi, s'est infecté comme une chèvre témoin.
Oiseaux. — . Le passage le plus intéressant du mémoire de Schilling est celui relatif à la sensibilité des oies au Tr. togolense : c'est la première fois que la réceptivité d'un oiseau pour un trypan. pathogène de mammifère était dûment établie.
Les inoculations du virus de passage par chiens ont infecté 2 oies sur 3 et les passages par oies ont été, à une exception près, positifs. Une des 2 oies de la première catégorie est morte en 136 jours; une oie (de 3e passage) a succombé en 32 jours. Le sang des animaux infectés, qui montre rarement des trypan. au microscope, infecte le rat et donne au chien un nagana typique.
Le résultat paraît avoir été négatif avec la poule, le canard et le pigeon. Ziemann a consigné aussi son insuccès avec les trois mêmes oiseaux. Il est probable que des recherches méthodiques comme celles de Gcebel avec le Tr. Brucei (voir p. 445) permettraient d'obtenir des infections des poules et d'autres oiseaux.
§2. Agent pathogène. Mode d'infection. Identification.
Le Tr. togolense, bien étudié pour la première fois par Martini (/. c), ne nous a pas paru présenter de différences morphologiques appréciables avec le Tr. Brucei.
D'après les constatations de Schilling, la maladie paraît bien être
TBYPANQSOMIASB DU TOGOLAM)
transmise par les glossines. Le gros gibier serait, comme pour le nagana de l'Afrique orientale et australe, le réservoir du virus.
Voici des faits recueillis par Schilling qui plaident nettement en faveur de la corrélation entre le gros gibier, les tsétsés et les trypanosomiases. Dans le district Sokodé-Basari , il y a peu de gibier (antilopes, hyènes) et peu de tsétsés; les chevaux y succombent au nagana, mais les bovidés et une petite race chevaline résistent. Le transport des bovidés de Sokodé à Atakpamé se fait par une route où abondent à la fois le gibier et les tsétsés; les animaux y contractent la maladie.
Schilling a infecté un chien en le faisant piquer, à plusieurs reprises, par une tsétsé qui avait piqué auparavant un chien avec nombreux trypan. dans le sang.
Ces données sont évidemment fort incomplètes et de nouvelles études sont indiquées pour le jour où la maladie serait retrouvée dans une région où elle existerait à l'état enzootique.
Identification. — Pendant plusieurs années, la trypanosomiase du Togoland a été assimilée au nagana du Zoulouland et son agent a élé désigné, comme celui de ce dernier, sous le nom de Tr. Brucei.
En 1906, ayant en notre possession à la fois 1 les virus de Schilling et de Martini, nous avons essayé vis-à-vis d'eux le pouvoir protecteur des sérums de chèvres infectées ou guéries d'une infection à Tr. Brucei. Ce pouvoir étant nul.il y avait présomption que les deux virus n'appartenaient pas à la même espèce.
Les expériences dont nous avons déjà parlé (p. 477) ont corroboré cette manière de voir :
I. Une jeune chèvre, inoculée de nagana le 8 juillet 1905, l'ait une infection d'au moins 3 mois, car le 6 octobre elle est encore infectée. Les autres essais sont négatifs.
Elle est réinoculée le 11 janvier 1906. Un chien inoculé avec son sang le 14 avril ne contracte pas d'infection.
Inoculée le 2 mai 1906 avec 1 ce. de sang dilué de cobaye à trypan. nombreux (virus Schilling), elle meurt le 5 juin 1906, 12 heures avant un bouc témoin.
II. Une chèvre infectée (21 décembre 1904) et guérie (avril 1905) de nagana, puis infectée (6 octobre 1905) et guérie (février-mars 1906) de surra, a encore son immunité pour le premier virus dans le courant de 1906 (réinoculations le 8 juin et le 23 octobre non suivies de réinfections).
Elle reçoit le 29 novembre 1906 1 ce, 5 de sang dilué de cobaye à trypan. nombreux virus .Martini). Elle succombe infectée le 31 décembre, alors qu'un bouc témoin résiste jusqu'au 24 janvier.
De nouveaux essais du pouvoir protecteur de sérums ont
1. Lweran et Mesnil, C. R. Acad. Sciences, t. CXLI1I, juin 1900, p. 1482.
480 TRYPANOSOMES ET TUYPANOSOMIASES
montré que le sérum d'un caprin infecté de Tr. Brucei ne protège pas contre le virus de Schilling, et vice versa '. Ces constatations de Mesnil et Rrimonl ont amené ces expérimentateurs à proposer le nom de Tr, togolense pour le trypan. du Togoland.
Des expériences analogues ont conduit les mêmes auteurs à concevoir une certaine parenté entre les Tr. togolense et Evansi. Le sérum du bouc infecté de Tr. togolense a parfois montré une faible action protectrice vis-à-vis du trypan. du surra. Réciproquement le sérum (Tune chèvre surrée a manifesté de l'activité vis-à-vis du Tr. togolense. Plus, lard, Laveran et Thiroux - ont constaté des phénomènes croisés d'attachement entre ces deux trypanosomes.
Entre temps, Mesnil avait pu, par l'expérience suivante, démontrer que Tr. Evansi et Tr. togolense constituent bien deux espèces distinctes •1.
Le bouc dont nous avons parlé (p. 478), qui a guéri de son infection à Tr. togolense, a acquis de ce fait une immunité solide vis-à-vis du trypan. homologue.
On inocule le bouc le 30 janvier 1909, avec du surra de l'Inde (virus de passage par souris), en môme temps qu'une chèvre témoin. Tous les deux contractent une infection qui dure environ o mois; elle a été seulement moins intense chez le bouc que chez la chèvre.
Les affinités des Tr. togolense et Tr. Evansi paraissent donc assez lointaines.
Enfin, en raison de la ressemblance du Tr. togolense avec les formes longues du Tr. Pecaudi qui s'observe dans les mêmes contrées. Mesnil et Brimont ont eu l'idée de faire agir le sérum de leur bouc Togo sur ce virus. L'action a été nulle aussi bien sur les formes longues que sur les formes courtes.
L'individualité spécifique du Tr. togolense nous paraît donc bien établie. Il n'en reste pas moins vrai, étant donnés les résultats sériques dont nous avons parlé, qu'il existe quelques affinités entre les Tr. Evansi et togolense. Des essais comparés de trypanolyse ont môme permis à A. Léger et Ringenbach 1 d'établir des affinités entre les 3 espèces: Brucei, Evansi et togolense. Etant données les grandes ressemblances morphologiques de ces espèces, il y a lieu de concevoir un groupe les renfermant et occupanl une place à part dans l'ensemble des trypan. pathogènes.
1. Mesnil cl Brimont, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIII, févr. IDO'J, p. 120.
2. Laveran et Tmnoux, C. P.. Acad. Sciences, l. GLII, 27 fév. 1011, p. 487; — Levaditi et Mutebmilch, Ibid., t. GLII1, juill. 1911, p. 366.