PROPHYLAXIE GÉNÉRALE DES TRYPANOSOMIASES
encore on arriverait à obtenir artificiellement l'immunisation, soit au moyen de sérums, soit en employant des virus atténués '.
1° Essais d'immunisation jnir îles sérums. — Ce sont les essais faits avec Tr. Lewisi qui ont donné les meilleurs résultats; le sérum des rats immunisés, celui des rats hyperimmunisés surtout, acquiert des propriétés préventives, mais l'immunité passive qu'il confère est beaucoup moins solide que l'immunité active conférée par une première atteinte.
Le sérum des animaux guéris d'une trypanosomiase, ou en cours d'infection, acquiert souvent des propriétés préventives en mélange avec le virus homologue, mais ces propriétés sont trop peu actives pour être utilisées dans la pratique -.
Kleine et Mollers ont obtenu un sérum d'âne protégeant les souris à la dose de 0 ce, 50 contre une inoculation intrapéritonéale de Tr. Brucei faite vingt-quatre heures après; le sérum d'âne, actif pour les souris, ne protégeait pas l'âne lui-même contre la trypanosomiase *.
Diesing a fait au Cameroun des essais d'immunisation des bovidés contre le nagana avec le sérum d'ânes qu'on supposait guéris et hyperimmunisés. Le sérum a été utilisé pour permettre aux bovidés de traverser une zone dangereuse. Les résultats ont été incertains et en tout cas très peu durables *.
Ces essais d'immunisation par les sérums ont été abandonnés, ce qui prouve que les résultats obtenus étaient peu satisfaisants.
Les souris inoculées avec un mélange virus-sérum qui ne se sont pas infectées n'ont acquis de ce fait aucune immunité.
2° Essais d' immunisation par des virus atténués. — Différents procédés d'atténuation ont été employés : conservation du sang à trypanosomes à la glacière ou à la température du laboratoire ; chauffage pendant une heure à 41°; addition au sang de différentes substances, du bleu de méthylène par exemple. Lorsqu'on inocule les virus ainsi traités, on observe que l'infection se produit avec un retard plus ou moins marqué, mais qu'elle ne perd rien de sa gravité.
Novy et Me Neal,qui ont réussi à obtenir des cultures de quelqn<^ trypanosomes pathogènes, ont constaté que la virulence s'atténuait, puis disparaissait quelques jours avant la mort des trypanosomes et ils ont émis l'opinion qu'on réussirait peut-être à immuniser des animaux a l'aide de ces cultures. Cet espoir a été déçu jusqu'ici3.
U A. I.ayeuan, Inoculations préventives contre les maladies à Protozoaires, XV Congres internat, de médecine de Lisbonne, 1000. Comptes rendus, section III, I"r fasc.
2. A. Làveran et V. Mesnil, lr" édit. de cri ouvrage, Paris, 1904, chapitre Nagana.
3. Kleine et Mûllers, Zeilschr. f ÏÏyg. u. fnfeclionskrank., t. LU, 1000. i. Diesing, Arch. f. Schiffs u. Tropen Hyg., octobre 1003.
•"). I'.-G. NOVY, Procecd. of the Soc. f. exper. biology a. mcd., 1007.
224 TUVl'ANOSOMES ET TRYPANOSOMIASES
R. Koch eL Schilling ont essaye d'atténuer la virulence pour les bovidés de Tr. Brucci ou de Irypanosomes voisins en faisant passer ces parasites par des espèces animales différentes1. Deux passages, le premier par rat, le second par chien suffisaient, d'après Koch, pour obtenir cette atténuation du virus. Schilling a reconnu que 2 ou 3 passages par rat ou par chien étaient insuffisants, et il a employé des virus ayant subi de 18 à 21 passages par chiens.
Il est fréquent de voir des bovidés guérir spontanément de sûrra ou de nagana. Les expériences de Koch et de Schilling auraient donc été bien plus probantes si elles avaient donné de bons résultats chez les équidés; Schilling a reconnu que le procédé d'inoculations préventives préconisé par Koch et par lui ne réussissait pas chez les équidés.
Deux jeunes ânesses inoculées par Martini avec un trypanosome provenant d'un étalon du Togo, après passages chez des souris blanches, ont résisté ensuite assez longtemps à l'inoculation d'un virus toujours mortel pour l'âne, mais ces animaux ont fini par succomber et leur sang était virulent2.
Chez les bovidés inoculés, les trypanosomes peuvent rester dans le sang pendant plusieurs années; par suite, des troupeaux de bovidés soumis aux inoculations préventives, constitueraient des foyers permanents de trypanosomiase très dangereux dans les pays où abondent les mouches piquantes capables de propager la maladie. Devant ce danger, R. Koch 3 a reconnu qu'il fallait renoncer au procédé d'immunisation qu'il avait préconisé d'abord.
3° Essais d'immunisation avec les try panosomes morts. — Nous avons constaté dès 1902, pour le nagana, que l'inoculation de sang à trypanosomes ayant perdu toute virulence (après plusieurs heures de chauffage à 40° par exemple) n'empêche pas l'infection par un virus frais de se produire et ne modifie pas la marche de l'infection*.
En 1907, Novy a proposé d'utiliser, pour l'immunisation, des cultures de trypanosomes plasmolysées dans l'eau distillée et il a appliqué ce procédé au Tr. Lewisi*. La difficulté qu'on éprouve à obtenir des cultures des trypanosomes pathogènes n'a pas permis de pousser plus loin ces essais.
P>. Ross et Thomson0 ont essayé de vacciner des rats contre le
1. lî. Koch, Deulsches KolonialbUdt . 1901, n° 24. — Schilling, Même Becl, 1er janvier 1004 et 1") mai 1905; Arb. a. d. Kais. Gesundheilsamte, 1904, t. XXI, pp. 476-536. et Zeitschr. f. Hy<j. a. Infectionskr., I. LU, 1905.
2. E. Martini, Zeitschr. f. llytj. u. Infectionskr.. 1. L, 1905. — Kleine et Môllers, Même Recueil, t. LU, 1906.