YUNNAN ET LE TONKIN
la route du Tonkin avait forcé le commerce à se créer des débouchés par la rivière de Canton, il y a lieu de bien augurer de l'avenir.
La liste des produits exportés mérite l'attention, elle prouve qu’il y a pour nos industriels une place à prendre dans le commerce avec le Yunnan et les régions voisines. Sur 404.000 francs de produits importés par ce pays, nous trouvons le coton filé de Bombay pour 207.000 francs, le coton brut pour 87.000; les planches pour cercueil pour 60.000; le bois de santal pour 8.827; les lamages pour 3.900; les noix d’arec pour 3,607; les allumettes pour 2.801 ; le pétrole pour 2.678; les parapluies pour 936.
Quant aux produits chinois qui ont pénétré au Yunnan par la voie du Tonkin au lieu d’y entrer par la voie longue et périlleuse des fleuves de Canton, le tabac préparé de Canton atteint le
chiffre de 406.000 francs; les litchis (fruit sec) pour 40.000 francs :le papier chinois de deuxième qualité pour 41.000 francs: les fruits dits yeux de dragon pour 4.764 francs; les bulbes de narcisse pour 2 463 et les médecines pour 2.214.
A propos des produits entrés au Tonkin, il est intéressant de faire remarquer que le coton filé de Bombay est du n° 20 et un peu du n° 18.
Ce n’est, dit le rapport, qu’un commencement, puisque la totalité de ce produit importé annuellement dans le Yunnan par les rivières de Canton s'élève à À million 1/2 de taëls environ, près de 9 millions de francs. Ce chiffre correspond à la quantité relevée sur les statistiques de la douane de Pakoï en 1888, dont le total est de 8.626 353 francs.
A Mongtze comme au Tonkin et dans presque tous les ports de Chine, les cotons filés de Bombay ont entièrement supplanté ceux de Manchester ; il est vrai qu'ils sont meilleur marché, et, quoique de qualité inférieure, ils répondent mieux aux goûts et surtout aux besoins des indigènes.
Le coton brut du Tonkin vient en seconde ligne pour une valeur de 87.548 fr. 50. Ce produit, très estimé sur les marchés de la province, est préféré à celui du Laos, et il n’est pas douteux qu'avant longtemps cette matière première, employée par les tisserands du pays pour la fabrication d’une cotonnade étroite à l’usage des aborigènes, ne soit l’objet d’un commerce important. Judépendamment de sa plus belle qualité, le coton du Tonkin peut transiter sous le couvert de passes, avantages sérieux qui lui permet d'arriver sans frais dans les villes de l’intérieur.
Quant aux cercueils, ils sont d'origine tonkinoise, venant du district de Tholon, au rord-ouest de Laokaï. Ce bois sapin, très estimé par les Asiatiques à cause do sa qualité spéciale qui, paraît-il, est imputrescible, est l’objet d’un commerce important, entièrement entre les mains des Chinois, et qui ne pourra qu'augmenter le jour où, ayant fait acte de possession, les coupes seront réglementées.
Le pétrole, les allumettes, les parapluies et grand nombre d’autres articles qui n'ont pu jusqu'ici pénétrer qu'en
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très petite quantité au Yunnan, à cause des frais élevés qu'ils avaient à supporter par les autres voies, trouvent une vente facile et un grand débouché.
On a vu le chiffre important obtenu par le tabac préparé de Canton. Cet article, très demandé dans toute la province et dans certaines parties du Kæi-Tchéou, deviendra, par la suite, un des grands produits d'importation.
Il y aurait là un débouché assuré pour le tabac du Tonkin le jour où on cultivera cette plante en grand et où on la préparera pour la consommation indigène.
Les marchandises entrées au Tonkin ne méritent pas moins l’attention. Sur 572 000 fr., l’étain figure pour 266,651 kil. 91, représentant une valeur de 476,694 fr. 50. Presque tout a été déclaré à destination de Hong-Kong, une faible partie est restée au Tonkin pour les besoins de l’industrie locale.
On sait que la France, pour ce produit, est entièrement tributaire de l’étranger ; si nos industriels ne vont pas s'approvisionner au Tonkin même, ils se trouveront conduits à acheter sur le marché anglais les étains expédiés par Tonkin à Hong-Kong.
Le thé figure pour 30.000 francs (14.000 kilo’s); c’est une qualité particulière, sans préparation aucune; ce thé, bien que ne pouvant pour le moment entrer en ligne pour la consommation européenne, deviendra par la suite un article sérieux d'échange. Jusqu'ici son usage a été limité au Tonkin et à une certaine partie de l’Annam; mais depuis que M. le gouverneurgénéral de l’Indo-Chine a pris un arrêté permettant aux produits du Kouang- Si et du Yunnan (lopium excepté) d'entrer au Tonkin en franchise, ce produit est plus demandé et va jusqu'à Hong-Kong.
L'opium figurant à la sortie pour une somme de 19,851 francs, quoique ayant acquitté les droits d’exportation, n'a, en réalité, pas quitté la province; il a été en grande partie consommé à Ho-Kéou (Son Phong) par les habitants, ou est passé à Laokoi en contrebande, par petites quantités, pour l’usage de la population seulement. On estime à plus de 15 millions de francs la valeur de cette drogue susceptible d’être exportée annuellement.
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Il est sorti pour 5.700 fr. 50 de muse à destination de Paris. La province peut exporter annuellement pour plus de 3 millions de francs de ce produit. Ce commerce est actuellement entre les mains des marchands du Sze- Tchouan, dont les maisons-mères établies à Tchong-King l’expédient à Han- Kéou et de là à Shanghai, devenu le centre du marché.
On conçoit que, par des changements de mains aussi nombreux et une route aussi longue, ce produit arrive à Shang Haïi fortement grevé.
En raison de l'importance qu'il y aurait pour notre colonie et notre industrie nationale à ce que cette matière première prit la voie du fleuve Rouge, des efforts ont été tentés par notre consul à Mongtze auprès des négociants intéressés dans la question.
pour les décider à expédier le muse «vià Hanoï». Tous apprécient l'avantage qui en découlerait pour leur produit, mais la crainte de descendre dans la vallée du fleuve Rouge où les Chinois du plateau vivent difficilement et le manque de relations avec les négociants du Tonkin sont les deux objections capitales soulevées par les exportateurs chinois. Ils allèguent, en outre, que cette marchandise, représentant une grande valeur sous un faible volume, ne peut être confiée au premier venu et que le concours d'intermédiaires chinois, établis déjà au Tonkin, est indispensable jusqu’à nouvel ordre.
Cependant, un de ces négociants,
plus hardi que ses collèues, a consenti à faire un premier envoi par cette voie à condition que l’arrivée à destination lui fût garantie. Si, comme il y a lieu de l'espérer, cet essai réussit, ce sera un grand pas de fait et nous pourrons voir, avant longtemps. un nouveau produit sur le marché de Hanoï.
Ce commerce de transit deviendra certainement fort considérable; le rapport dit que, jusqu'ici, la demande d'articles de toute nature est si grande que les convois sont vendus d'avance; à peine passées en douane, les marchandises sont chargées sur de nouveaux chevaux et expédiées dans l’intérieur, au grand désappointement des gens du pays, qui se procurent difficilement ce dont ils ont besoin.
Le marchands indigènes n’ont pas tardé à se rendre compte des avantages des passes de transit: aussi ils en usent largement. Durant le dernier trimestre de l’année 1889, il a été délivré 1514 passes de transit, couvrant la totalité des marchandises importées, soit pour une valeur de 617.532 francs.