XV. — Particules banales
106. — Une des particularités des dialectes lo-lo est le large emploi de particules dépourvues de sens, qui paraissent jouer dans la phrase un rôle purement euphonique.
107. — Nous avons déjà (ef. $ 5) des voyelles a et é qui s’ajoutent à certains mots terminés en 0, en ex, en 0, et qui donnent à cette voyelle la valeur d’une semi-voyelle. Ex.:
lou', raccommoder, donne éoué! (lwé!);
ngou', falloir, donne xgoua' (ngwa');
ho*, marque du passé, donne 4oa° (wa*).
108. — La particule «* s'ajoute fréquemment au verbe à la fin d’une phrase et est nettement détachée. Ex.:
Yé?-sou' jou ho, ki Fou? l'ito keu-ho* ts'eu” Fou? lou* a”;
cette année, il y a 1910 que Jésus est né; m. à m. Jésus né (marque passé) cette année un-mille neuf-cent dix ans écoulés.
119. — Cette particule s'ajoute spécialement aux verbes ou aux adjectifs en e4, 0, à qu’on emploie seuls dans une réponse affirmative. Ex.:
Ho* is'eu”, pouvoir vaincre; ou 4o* ts’eu° a,
Feu*, propre; ou feu* a*.
Di? di? — Di «?, est-ce suffisant? — Ca suffit.
Beu* beu*? — Beu’ a, y en a-t-il? — Il y en a.
Rem. 1. — Si la réponse est négative, ou n’emploie pas la particule finale a°. Ex.;
A* di, ça ne suffit pas; et non a* di 4°;
A“ beu”, il n’y en a pas; et non a beu? af.
Rem. ?. — Cette particule peut toujours être supprimée sans nuire au sens ni à l'élégance.
110. — Il existe toute une classe de particules euphoniques qu’on peut toujours supprimer sans nuire à la clarté du sens, mais dont l'emploi donne à la phrase, pour une oreille lo-lo, plus de vivacité et d'élégance. Elles n'ont par elles-mêmes aucun sens, ou perdent du moins, dans cet emploi, celui qu'elles pouvaient avoir à l’origine.
Ces particules, plus ou moins nombreuses suivant les dialectes, sont les suivantes en a-hi: /*, dé°, o! (prononcé Lo! dans certains villages), yé* et zo*. Cette dernière z0* avec la première /6° sont les seules qui aient, en soi, un sens propre. Zo*— petit, enfant, fils; lé — venir, à. Mais ces sens disparaissent dans leur emploi comme particules euphoniques. Ex.:
S0° a*-seu' lé” no! 16°, Fa-zeu* dou'-k'ou? d ngoa'?, si quelqu'un nous interroge, comment faut-il répondre? ; m. à m. autrui nous interroger comment répondre falloir.
Nit-ou? mi'-vé* o! qou’ a* di; tcha?-tcha? 20 Mou* sa{-p’o* dou* 20% 0! byé* ngo'; n0°-ts'e*-p'o* 20* 0! Heu ngoa!, il ne faut pas faire de pratiques superstitieuses ; il faut prier Dieu et appeler le médecin; m. à m. pratiques-superstitieuses faire ne-pas pouvoir; très-bien (de) Dieu paroles dire falloir; médecin appeler falloir.
111. — Zé* s'emploie surtout après le sujet ou à la fin de la phrase. Ex.:
A*-seu° 16% mou mi gou°? — Mou* sa*-p'o* lé? gou’, — qui a
créé le ciel et la terre? — C'est Dieu.
112. — Dè* s'emploie de préférence avant un verbe simple, surtout avant ÿyé*, «dire». Ex.:
Keu\ mo° Muÿ-rit-a° dè mé°. — Fa mère s'appelle Marie;
Ka“-mi'-do* 20% beu* dè* byé°? — Pourquoi dit-on qu’il a un fils?
113. — O! s'emploie surtout avant le verbe gouverné par un autre verbe exprimant le pouvoir, la causalité. Ex.:
O1 go di di? O! go di. — O0! go aà* di. — Peut-on faire? On peut faire. — On ne peut pas faire.
114, — 7Zo* peut s'ajouter soit à certains substantifs, soit à la numérale spécifique de certains substantifs, soit à certains adjectifs ou adverbes. Ex.:
Mou“ sa#-p’o* 20%), pour Mou sa p'o*, Dieu;
lit-tck 6% 20%, une personne, pour #'it-tch'é? ;
tcha?-tcha” 20°, très-bien, pour /cha?-tcha?.
Rem. — Excepté pour 40“, ces règles de position ne sont pas absolument rigoureuses.
XVI, — Construction de la Phrase.
115. — L'ordre des termes dans la phrase lo-lo est le suivant: 1° sujet; 2° complément; 3° verbe. Le régime du substantif précéde le substantif et l'adjectif qualificatif le suit. Le compliment indirect se place avant le complément direct. Ex.:
Go Pé'-to-lou' djo*, j'aime Pierre; m. à m. moi Pierre aimer.
Mi'-leu* dzeu*-mou* yi*-mo% ts'eu’-lou* Pé'-to-lou' keu' ba* fa? Loa?, le mandarin de Mi-lé a puni le père de Pierre d’une amende de 10 ligatures; m. à m. (de) Mi-lé (le) mandarin sapèques 10 ligatures Pierre (de) lui père punir-partic. du passé.
116. — Le sujet, — substantif ou pronom —, d’une phrase interrogative peut fort bien, pour donner plus d’emphase à l’interrogation, se placer après le complément du verbe. Ex.:
Mou* mi af-seu’-leu y0°?, qui a créé le Ciel et la terre? m. à m. Ciel terre qui faire.
1) Cette expression peut aussi avoir le sens de «le fils de Dieu».
Go-h* ts'ou” Mou“-sa*-p'o* g0* l6* ngeu* ngeu°?, est-ce Dieu qui nous à créés?, m. à m. nous hommes Dieu faire être être.
Tcha*-204, U'-ki, Alo%-bo* Mou“-sa-p'o* go ngeu* ngeu°?, est-ce Dieu qui a créé les étoiles, le soleil et la lune?, m. à. m. étoiles, soleil, lune, Dieu faire être être.
Rem. — Ces deux derniers exemples nous montrent la manière de rendre en a-hi nos phrases interrogatives commençant par «est-ce» ?
117. — Il arrive, mais assez rarement, que le complément indirect sait énoncé après le complément direct.
118. — Les particules indiquant le présent, le passé et le futur se placent après le verbe, à la fin de la phrase: elle en font du reste, en quelque sorte, partie intégrante.
119. — Lorsqu'un verbe, exprimant par exemple le pouvoir, la possibilité, la causalité, etc, gouverne un autre verbe, il se place après ce verbe. Ex.:
byé* di?, on peut dire; m. à m. dire pouvoir.
120. — On aura remarqué que nous n’avons pas mentionné les pronoms relatifs: c’est qu’en eflet ils n’existent pas en lo-lo. Les propositions relatives se placent purement et simplement après leur antécédent. Ex.:
Mou“-su*-p'o*, 11-563 fou”-mo° ngeu’, geu*-mo* a* Leu”, Dieu, qui est un pur esprit, n’a pas de corps, m. à m. Dieu, esprit pur être,
corps, ne-pas avoir.
De même que pour faciliter les recherches dans le Dictionnaire, je le ferai précéder de textes avec mot-à-mot et traduction littérale, pour mieux faire saisir le génie particulier de ce dialecte A-hi.
Le dialecte A-hi n’est fixé par aucune écriture.
Pour ce qui concerne le langage journalier, on trouvera dans le Dictionnaire de nombreux exemples, qui en donneront une idée très-exacte.
Pour les sujets de plus longue haleine, je reproduirai d’abord avec l'orthographe adoptée ici la Parabole de l'enfant prodigue, (parue dans le Bulletin de l’Ecole-Française d’'Extrême-Orient T. IX, n° 5, Juillet—Septembre 1909).
Parabole de l'enfant prodigue.
Ts'ou® L'it-ich'és zo* ni*-ich'é* beu’, Zo* na leu! keu' ba“ Homme un fils deux avoir. Fils petit celui-là (de) lui père
djou® byé®: A'-ba*, go dy Aô'-pou jo* go gou* lé*. Keu' ba* à dire: Père, moi de héritage prendre moi donner. (de) lui père keu' dy A5'-pou” vi keu' geu* ko°, K’a-no0° nyi a* lou’,
lui- de héritage partager lui donner. Combien jours pas écoulés,
zo* na'-mo° keu' dyi* ho!-pou fou'-fou® vou* ho’. To go’-la do’,
fils petit lui de héritage tout vendu. Argent ramassé, mil-vit-vi® dou\ do?.
loin sortir.
Keu°-sè°, dou*-dou' keu' L'o° (50 ; Jou'-fou ts0
Là-bas, à-tort à travers (de) lui argent gaspiller;, tout gaspiller keu% ho 2#-do*, keu’-sè lou'-ngou* a* tcha?; keu' dzo* 10° a* finir après, là-bas récolte pas bonne; lui manger à ne-pas beu, so p'yé? vyé? lou!, o%po° ny to®-lé, Vyé? avoir, autrui pour cochons paître, ventre affamé devenir. Cochons jo nourriture désirer manger même, autrui prendre lui ne-pas nourrir.
ts0° ngou' dz0* né, 50 keu' a cho.
Keu li-ha keu! ni'-mo° ki-zeu* deu“: g0° ba cha
Alors lui cœur ainsi songer: (de) moi père en-présence
L — Un homme avait deux fils. Le plus jeune fils dit à son père: Père, donne moi ma portion d’héritage. Son père ayant fait le partage, lui donna sa part. Après quelques jours, ce jeune fils vendit toute sa part d’héritage; et ayant recueilli son argent, il s’en alla au loin. |
Là, il gaspilla malhonnétement son argent. Ayant tout gaspillé, il arriva qu’en ce pays la récolte fut mauvaise, et il n’eut même pas à manger. Il en fut réduit à faire paître les cochons d’un autre: il eut faim, tellement qu’il désirait manger la nourriture des cochons;
mais personne ne lui en donnait à manger. Alors, en lui-même il
nèut-mo°-ts'ou? k'a-no* tchou°! Keu'-hi* pé”-lé? dzo* tcha?, Go serviteurs combien être! Eux beaucoup manger bon. Moi kita! ny po'-tya. Go geuv-yi do”, go ba* djou* byé*: A'-ba*, ici affamé très Moi retourner, moi père à dire: Père,
go Mou“-sat-p'o* lé* At 16°, n° 6% ki 16° hoa°; ki'-houa” n° moi Dieu offenser, toi offenser ; dorénavant (de) toi 20% 80 EN ; n° go? j0° ni neu*-mo°-ls'ou l'is-
fils compter ne pouvoir; toi moi prendre (de) toi serviteur un tch'6 mo. Kyé* to dou“-lé* do, geu’ do. Keu' ba* mi'-vif-20* faire. Aussitôt se lever, s'en retourner. Son père au loin keul geu*-lé cha nyi-ngou’, chou’-mé* to°-lé*, lui revenir aperçevoir, compatir devenir.
Na'-na® tché 9, keu' Lé%-reu* tyé-djé*, keu' djo*-djo* Vite courir aller, (de) lui cou embrasser, lui aimer-aimer
mo’, Keu' zo* Keu' djou* byé*: A\-ba*, goŸ Mou“-sa#-p'o* lé ki té”,
faire. Son fils lui à dire: Père, moi Dieu offenser,
ns LES ki té hou: on z0* s0 at d?, Keu' ba“
toi offenser: (de)toi fils compter ne pouvoir. Son père
neut-mo%-ts ou"-hi djou byé*: Na'-na° Ha%-b% tsé-mo* jo dou'lé” serviteurs à dire: Vite habits très-beaux prendre venir
ng0', keu' fi; lyé?-pit jo’, keu' to; Æi-no° jo’, heu} falloir, lui vêtir; anneau prendre, lui enfiler; souliers prendre, lui
pensa: «chez mon père nombreux sont les serviteurs; eux ont à manger abondamment; moi ici j'ai faim à en mourir. M'’en étant retourné, je veux dire à mon père: Père j'ai offensé et je t'ai offensé. Dorénavant je ne puis compter comme ton fils, mais prends-moi comme ton serviteur»! Et aussitôt s'étant levé, il s’en retourna. Son père l’apercevant de loin qu’il revenait, fut touché de compassion.
Il courut au-devant de lui, et entourant le cou de son fils, il l’embrassait, Son fils lui dit: «Père, j'ai offlensé et Dieu et toi; je ne puis plus compter pour ton fils». Son père dit aux serviteurs: Apportez vite de beaux habits pour l’en revêtir, prenez
un anneau et lui enfilez au doigt; prenez des souliers et l'en
to. Lo-bou'-204 1s'0° deu‘-mo? sé dou'-lé*, a“-seu? ho* dzof. chausser. Veau gras celui-là amener venir, nous tuer manger. Got 204 cheu* ho, s0* to°-lé3 à°; keu! na? Lo°, cho 0! Lo° a’. Mon fils mort ressusciter; lui perdu, retrouvé.
Tso? dzo* cha? Vit-ha, 204 rat leu mi-kou' mou geu’-lé?,
Riz manger en-train alors, fils grand celui-là champs des revenir, aiké ko di-d® li-ha, sa*-né' mou! nô'-djo*. Keu' vi neu‘maison arriver presque alors, flûte soufller entendre, Lui de mo-ts'ou L'it-tché keu dou'-lé* no':
serviteur un appeler venir interroger:
A'-k63 at-mi hit beu’? Neut-mo-ts'ou byév: Ni ni‘-
À la maison quelle chose avoir? Serviteur dire: (de) toi frère Fyé% geu’-lé* hou; ni ba i do, lo-bou'-20* ts’0° deu*-mo° ho* cadet revenu; ton pères’étantréjoui, veau gras celui-là tuer dz0*. Zo% rat onit-ha tolé, aWé% né af geu’-y. Keu' manger. Fils grand colère devenir, maison et nepas rentrer. Son bat ché Leu lé? keu' lé* keu. Keu' keu' ba* dou‘-k’ou? byé*: père courir sortir lui appeler. Lui (a) son père répondre dire:
+ sl
Go? L'ano ou? ni ol-ma-mo, mi dou a m0”,
Moi combien années toi servir, (de)toi paroles nepas écouter faire,
mo at no; mi kizzot né dit-leut jo go ho à
faire ne pas (avoir); toi chevreau même un prendre (à) moi tuer nepas
chaussez. Amenez le veau gras, tuez-le et mangeons. Mon fils était mort, il est ressuscité; il était perdu, le voilà retrouvé! Et tandis qu'ils festoyaient, le fils aîné revint des champs. Alors qu'il allait arriver à la maison, il entendit le son de la flûte. Appelant un de ses domestiques il lui demanda:
Que se passe-t-il à la maison? Le serviteur répondit: ton frère cadet est revenu; ton père s’en étant réjoui a fait tuer le veau gras pour festoyer. Le fils aîné fort en colère, ne voulut même pas entrer. Son père courut vite l'appeler. 11 répondit à son père: je te sers depuis tant d’années! et tes paroles il n’en est pas que je n'ai pas écoutées; or tu n’as même pas tué un chevreau en mon hon-
dz0* mo. Keu! keu! dyit ho'-pou dou*-dou' a*-ka* {so ho*,
manger faire. Lui lui de héritage malhonnètement gaspiller,
geus-lé, n& lo-beu'-20* 1s°0° den*-mo* lé* ho keu' tcho. — Keu' ba* revenir, toi veau gras celui-là tuer lui nourrir. — Son père
LE3 byés: Go 204, nm ka-no ou go pyé* lcheou’ 18, go?
dire: mon fils, toi combien années moi avec être, (de) moi neu*neu* fou'-fous n° dy ngeu. NS nit-kyé* cheu’ ho s0*-Loÿ-lé, affaires tout toi de être. Ton frère-cadet mort ressusciter, keu! na? ho, chô 0! ko, a li a di? a’,
lui perdu, retrouvé, ne pas se réjouir ne pas pouvoir.
neur. Lui, ayant gaspillé malhonnêtement son avoir, revient; et tu lui tues le veau gras. À quoi son père dit: Mon fils: tu es avec moi depuis tant d’années, c’est vrai; mais tout ce que j'ai est à toi. Ton frère cadet qui était mort, est ressuscité; il était perdu, le voilà retrouvé. On ne peut pas ne pas se réjouir.