CHINE
Dans le numéro de Mai 1910 du T’oung pao (p. 314), j'ai donné le facsimile d’une phrase qu’un Chinois avait écrite avec son sang le 8 Décembre 1909 afin de réclamer la prompte convocation d’une assemblée nationale. Ce patriote a trouvé de nombreux imitateurs; une correspondance de l’agence d’'Extrème-Orient, datée du 17 octobre 1910, a raconté comment deux jeunes hommes s'étaient grièvement blessés en présence des délégués des assemblées provinciales réunis à Péking; toute la presse européenne a parlé de ce dramatique incident. Un entrefilet du journal chinois, d'inspiration japonaise, le Chouen lien che pao NE 5e FF #hR (numéro du 22 Décembre 1910) nous apprend que les mêmes procédés continuent à être employés pour émouvoir l'opinion publique; les faits se sont passés à T’ien-tsin: le 19 Décembre, les élèves de l’école de médecine militaire discutaient avec animation sur la quatrième pétition qu'on se proposait de présenter au gouvernement pour demander la convocation de l’assemblée nationale: soudain l’un d’eux, nommé Fang Hongtcheng 1 ? 7&, originaire du Kouang-si, se coupa le doigt du milieu de la main gauche, et écrivit avec son sang les deux mots EL IX qui signifient littéralement «chaude sincérité» et qui sont une exhortation à être ardent au service de la bonne cause; aussitôt après, le jeune homme tombait à terre évanoui. Le même jour, un étudiant de l’école de droit, nommé Kiang Yuanki TL JÉ Fe , originaire du Hou-pei, s’enlevait avec un couteau un morceau de chair au bras gauche et il s’en servait pour écrire ces huit mots: > A] en) AL <E FF] HY «en faveur de mon pays je demande une direction d’en haut; avec larmes je le dis à mes compatriotes.» Dans ce second cas, le protestataire avait été indigné du décret autographe par lequel le régent avait déclaré sans effet la plainte portée par l’assemblée consultative (fseu tcheng yuan) contre le conseil d'état (kiun hi tch'ou); puis, lorsqu'il discuta avec ses condisciples au sujet de la quatrième pétition relative à la convocation de l’assemblée nationale, ses sentiments patriotiques arrivèrent à un tel paroxysme qu'il accomplit ce don de sa propre chair à ses convictions.