INDO-CHINE
Nous extrayons du discours prononcé le 29 octobre 1910 par M. A. KLo- BUKOWSKI, Gouverneur général de l’Indo-chine, à l’ouverture de la session ordinaire du Conseil supérieur, le passage suivant relatif à l’École française d'Extrème- Orient [cf. T’oung pao, Mars 1910, pp. 163164]:
«Dans ce chapitre, l'École française d’Extrème-Orient, qui s’est montrée digne, par ses travaux, du haut patronage de l’Institut de France, mérite une mention spéciale.
«Sa création aura été d’une grande utilité pour la science. Elle aura permis à des archéologues français d'étudier sur place, ou à proximité de leurs pays d'origine, deux branches remarquables de l’art: l'art cham dont les rares vestiges, déterminés par son actif et distingué Directeur intérimaire, présentent des beautés de premier ordre, et surtout l’art cambodgien, aux nombreux monuments, dont le groupe principal, celui d’Angkor, s'impose à l'admiration du monde. Elle aura été, de même, une station utile pour ces jeunes professeurs spécialisés dans les études sinologiques ou indianistes à qui la facilité est offerte
de se rendre en Extrème-Orient pour compléter leur instruction au contact des vieilles civilisations.
«L'oeuvre archéologique de l’École française doit être louée. La période des découvertes commencée à l’époque des Francis-Garnier, des Delaporte, des Harmand et des Aymonier, période d’explorations et de classement des ruines, est terminée. 11 s’agit aujourd'hui de sauver de la destruction complète ce qui reste du passé. C’est à quoi l’École française tend par un effort constant, aidée non-seulement par l’Administration, mais par l’imtiative privée de nos compatriotes et de nos protégés cambodgiens et annamites que nous avons intéressés à des recherches par lesquelles se reconstitue l’histoire des époques lointaines. Avant peu l’Indochine, comme l'Egypte et l’Inde, sera l’un des points d’attraction principaux du tourisme international.
«La question des études philologiques est plus complexe, envisagée au point de vue annamite. Une première complication naît de la nature même de ces études. La possession de la civilisation annamite ne peut s’acquérir, d’une manière scientifique, indépendamment de la connaissance de la langue chinoise. A cette tâche se consacrent des jeunes gens qui se sont déjà distingués dans les milieux savants de Paris.
«Mais en arrivant en Indochine, la préoccupation très légitime d’un jeune sinologue détaché à l’École française est de poursuivre sa propre évolution. Dès lors, les études annamites ne peuvent offrir à ses yeux, à côté des études chinoises, qu’un moindre intérêt et le temps qu’il leur consacre s’en trouve considérablement réduit.
«Une deuxième difficulté provient du fait suivant: dès qu’un pensionnaire de l'École a pu considérer ses premiers travaux personnels comme achevés, Paris et la France l’ont rappelé ou retenu, au moment mème où il allait pouvoir se donner plus entièrement à un travail, secondaire pour lui, mais d'importance capitale pour nous.
«J’exprime l'espoir que, dans un avenir prochain, le domaine des Lettres chinoises ayant été abondamment exploré, l’Indochine conservera quelqu’attrait aux yeux de savants qu’elle a accueillis avec le vif désir, attesté par ses sacrifices, de s'assurer une collaboration qui devrait être assidue et n’est en fait qu’intermittente.
«Je m’empresse d’ajouter que, grâce à leurs connaissances antérieures et à leur esprit de méthode, les membres de l’École, bien qu’occupés par ailleurs, ont su rapidement réunir et cataloguer un grand nombre de documents et d'ouvrages précieux. On leur doit la bibliothèque de Hanoi, une des plus riches du monde en ouvrages extrème-orientaux. C’est aussi à leurs correspondants que j'adresse mes félicitations, à ces collaborateurs bénévoles, qui, de l'intérieur du pays, ont apporté leur contribution à l'étude des moeurs et des coutumes indochinoises.»
ESSAI DE DICTIONNAIRE LO-LO FRANÇAIS
DIALECTE A—HI
PAR
de la Société des Missions étrangères de Paris.
(Suite). ?)
FA! (Ch. Fà 2% ) Fermenter.
FA! (Ch. Fäng? Pr ) S'assurer, se garer, tâcher d'éviter, se défier:
i! ts'ou l'it-tch'é* L'a-zeu* yé* a*
sa},
keu' ti fa'-dré* ngo', on ne sait de quel bois se chauffe cet individu, il faut se défier quelque peu de lui. Meu'-té fa'-dzè”, prendre des précautions contre l'incendie.
Ne tcha’-tcha* fa'-dzè*, prends bien garde. Mou“-ho* fa'-dzè*, prendre ses précautions contre la pluie.
(ra!-DZÈ*).
FA? (Ch. Fa Éd ) Punir; amende.
FA-HYÉ-Z0* Baquet (?)
FA?-TCH'OU? (Ch. Jü-tch'oû
28 JE ) Allumette. Ya” fa°-tch'ou*, |
allumette chimique. (Du) Chinois idng fä-teh'ot 2 28 VE.
1) Voir Z'’oung pao, 1911, Mars.
FFA? Sec, séché. Go? li geu*mo ka*-bi ffa-ffa t’if-to' a beu’, je n'ai plus un fil sec sur le corps (moi un corps habit sec-sec un ne-pas avoir). (0. FFAŸ-HOA°).
FÊ? (Ch. Féa #p) '/,59 de l'once; lo de ligature. T'oÿ t'if fé”, un d'argent. Jit-mo* d'i-fe, dix sapèques.
FÊË* (Ch. Fén? 27) Espèce.
Seu* ti-fé*, une espèce de bois.
«fen»
Ki! dit-fé*, cette espèce-ci. Va’ l'is-fé*, cette espèce-là. (v. 30°).
FEU* Propre. À‘ feu*, malpropre. Lyé?-peu' a* feu”, n'avoir pas les mains propres (se dit aussi «des gens portés au vol.»). (v. FOU’; 0. FOUÉ*).
FFI' Vêtir, revêtir. Ka‘-bi* fi'; Ka*-bi* g0°-fi'; Ka*-bi* vi, s’habil-
ler. (o. Go°-FFI'; v. VI°).
FI Partager, diviser, répartir.
(o. Vi).
FI! Gratter, racler. Lo?-ti-s0 fi', déterrer les arachides. (0. vi').
FO! Ferme, solide, fort; brave.
Fo'-f0-20* mo* ngoa', il faut être plus ferme. 7s’ou° fo'-mo°, homme vaillant. ÆKeu! a*-dje ts'ou* fo’ l’it-ich'é* nyeu”, c'est vraiment ce qu'on appelle un homme.
FOU (Ch. Foë? E ) Nourrir.
Ni'-p'yé? fou lou, avoir de quoi manger. (Bouche nourrir suffire).
K'a-no* fou a* lou’; K'a-no° foudjé* a* di, n'avoir pas de trop pour vivre. A! 4’ou? lou'-ngou* ni-p'yé? mé* fou-djé* a* di?, la récolte de cette année ne nous suffit même pas pour vivre. (0.
FOU-DJË*).
FOU Jouir. Zcha°-do* fou, jouir du bonheur.
FOU' (Ch. Fou? FR) Soutenir, aider, protéger; assurer; garantir.
A-maŸ geu*-mo* fou', protéger, défendre son corps, sa vie. Zch'é”do*-fou, des (o.
FOU'-DJË*).
FOU! (Ch. #64? ff) Particule
spécificative des remèdes. Mo°-is’e*
excuser torts.
l'it-fou\, une potion. Keu' nô°-ts'e* seu°-fou' tou’ hoa*, il a pris trois potions.
N. B. Nombre de mots lo-lo ressemblent parfaitement aux mots chinois. Ce n’est pas toujours à
dire que ces mots ont été emprutés
[Fou*]
au chinois. Je ne suis pas le seul à être de cet avis, que: il a dû exister, il y a quelques milliers d'années, un idiome commun de la Haute-Asie, d’où sont sortis la chinois, le lo-lo et les langues y apparentées. Le lo-lo me parait avoir mieux conservé de beaucoup les formes primitives. Du reste si les Lo-lo ont fait des emprunts aux Chinois, les Chinois eux aussi, c’est chose évidente au Seu-tch'ouan et au Yun-nan, en ont faits aux Lo-lo.
tères chinois qu’on ne peut expli-
Nombreux sont les carac-
quer d'une manière satisfaisante que par le Lo-lo.
Beaucoup de caractères chinois, parmi d'innombrables formes et synonymes, sont notés comme ayant eu des prononciations nonnasales, des sens parfaitement semblables aux mots Lo-lo dialectiquement correspondants; et cela, dans des caractères fossiles, c’està-dire tout-à-fait inusités maintenant, ignorés de la plupart des Lettrés; et conservés par la tradition, par la voie des Dictionnaires assez complets, qui citent tous les sons et tous les sens qu’ils ont leurs
trouvés dans devanciers ,
même sans y voir goutte.
FOU' Abriter.
FOU' Produire, émettre. 7c4a'
fou', se faire suer.
FOU* Propre, pur, sans mélange.
US oo
[rou*]
Tek'o* fou’ do*, purgatoire (brüler pur endroit). Zek’o* fou* do” zé?, descendre en purgatoire. Zs'eu* fou”, blanchir (par la lessive). (v.
FEU*; DJYÉ?).
FOU* Fou, furieux, fureur. 2° Jfou* cha, tu es fou! Fou-é*!; Fou’ pa'-lo*; Fou y imbécile! (o.
FOUÉ® ; FOU°-T”A?).
FOU'-FOU* Tout, tous; absolument tout; tous sans exception.
Fou'-fou* dou'-lé* a*, ils sont tous
venus.
CR GA (Ch. Gax %£) Disposer,
ajuster. A'eu°-k’eu” gä mo*, poser, disposer solidement, GA! Lâche, peu serré. X°1°-n0°
ga', go°-ou0' a*
di?, les souliers sont trop grands, on ne peut pas marcher.
GA* Abcès, bouton. À°2° yi°-a*, abçès aux jambes (provenant, diton, de la rosée), Ga* ts’eu* lyé?peu lo°-lo*-20* mo*, pour laver un abcès, il faut avoir la main légère.
(v. A'-Gaf).
GA-DO* Avantage, utilité. (0. NGA-DO*),
GA'-K’0* Col (d’habit).
GA*-LA* Chapeau.
GA*-MA Queue de l’habit des.
femmes.
GE! Aimer; aimer à. Dzo* gé!, mangeur; aimer manger. À%° tou”
gé', avoir la passion du vin. Me
dzo* gé', gourmand, (0. NGË!; RÊ!), GE!
traverser une rivière.
Traverser. Y2°-m0° gé!, Vr°-mo* k'anoŸ tcho* gé', passer plusieurs rivières.
GEU* Revenir. Geu? dat; Geu?
Ja, partons; il faut s’en retourner, Geu°-yi; retourner, s’en retourner.
Geu*-lé*, revenir, rentrer. (0. GOU*).
GEU* Entrer, rentrer. (o. NGEU*).
GEU* Donner, offrir, conférer.
Go* yit-mo* jo keu! a* geu* sé?, je ne lui ai pas encore donné les sapèques (moi sapèques prendre lui ne-pas donner encore), Fé?sou' geu*-m0° j0° geu*, distribuer la Sainte-Eucharistie (de Jésus corps prendre donner). Dou“-geu*, annoncer.
GEU*-BI* Écureuil (rat palmiste).
(o. HEU<-BI*).
GEU*-K’EU* Jardin.
GEU*-MO* Corps. Ti geu*-mo* no”, souffrir par tout le corps.
GO (Ch. Go na) Atroce, mêchant. X’2* go-mo°, chien méchant.
Li pé*-lé? go a, le soleil est ardent.
GO Prendre, puiser. Zs0° go, puiser du riz (dans la petite cuve).