CHAPITRE XX
L’article 1®’’ de cette convention en montre tout l’esprit. Il est ainsi conçu :
« Afin de faciliter au gouvernement français l’accomplissement de son Protectorat, S. A. le Bey s’engage à procéder aux réformes administratives, judiciaires et financières que le gouvernement français jugera utiles. »
Depuis lors, S. A. le Bey règne et la France gouverne.
Quelle a été l’œuvre accomplie par la France en cinq années?
Le désordre, l’oppression et le gaspillage ont fait place à l’ordre, à la liberté et à l’économie. La perception des impôts a été régularisée ; et cette régularisation a eu pour résultat d’augmenter les ressources du pays, en même temps que l’on diminuait ou supprimait bon nombre d’impôts injustifiables ou vexatoires.
Aucun impôt nouveau n’a été créé.
Eu 1884, les recettes budgétaires s’élevaient à six millions de francs. Elles ont dépassé dix-neuf millions en 1888-1889, qui fut une année de sécheresse.
Le jiayement des intérêts d’emprunt et de la rente, qui monte à six millions, le tiers des recettes, est désormais assuré.
Partout le contrôle civil français est placé à côté de l’administration indigène, dont il assure le bon et loyal fonctionnement.
Partout où cela a été possible, on a créé et organisé des communes que l’on subventionne en attendant qu’elles aient des ressources propres.
En 1884, on déj^ensait i)our l’enseignement j:)ublic une somme dérisoire de 1,800 francs. D’un bond cette dépense s’est élevée à 430,000 francs! La langue française est enseignée partout en Tunisie, jusqiie sous les tentes des nomades.
Ou a consacré près de dix millions de francs airx routes et aux ponts, de 1884 à 1889. Un chemin de fer relie la Tunisie à l’Algérie.
Un service maritime de la Compagnie générale Transatlantique assure, trois fois par semaine, les rai^ports de la Tunisie avec la France.
En cinq ans, toutes les côtes de la Tunisie ont été garnies de bouées lumineuses et de phares. Le service des ports fonctionne partout. Les travaux du port de Tunis sont activement poussés, et sejjt millions sont destinés à ces travaux importants.
L’agriculture et la viticulture prennent un grand développement dans la Régence.
Le mouvement commercial, qui était de 23 millions avant l’occui^ation, a atteint le chiffre de 51 millions. Et c’est la France qui arrive toujours en tête, pour les imiwrtations aussi bien que pour les exportations. Elle achète pour près de 10 millions de marchandises à la Tunisie, ce qui représente 48 pour 100 des exportations de ce pays ; et les marchandises françaises représentent 50 pour 100 des importations. Le chiffre d’affaires entre la Tunisie et la France, sans cesse en progression, déliasse aujourd’hui 30 millions.
Les bureaux de postes et de télégraphes ont été multipliés extraordinairement; on en a constitué jusque dans les plus petites localités, et même jusque dans des centres de grandes exploitations rurales.
Les biens de mainmorte (habhous) ont passé en grande partie, par adjudications publiques, aux mains des colons européens ; et les mulsumans s’en trouvent bien, ces adjudications ayant enrichi leurs fondations pieuses.
L’emploi du boni de la conversion permettra* d’assurer à Tunis, qui sera sous peu une station d’biver délicieuse, tous les agréments d’une ville européenne.
Bientôt on creusera un port de commerce à Bizerte. D’autre part, le premier réseau du chemin de fer est adopté et va être construit.
Ce qui est remarquable, c’est que ces travaux immenses sont résolus ou faits sans bruit et sans réclame, avec le plein accord de toutes les autorités placées sous la direction du résident général.
En peu d’années, l’initiative privée a fait surgir comme par enchantement une grande et belle ville européenne à côté de la ville arabe. Si bien qu’il suffit de deux ou trois ans d’absence pour que les voyageurs ne s’y reconnaissent plus à leur retour.
Telles sont les principales manifestations du Protectorat, dont l’œuvre, commencée et mise en train par M. Cambon, s’épanouit si merveilleusement sous l’impulsion de M. Massicault.
Femmes nomades à la fontaine.
TABLE DES MATIÈRES