‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 103 sur 124 · MM · texte numérisé non relu

MM

vie grâce anx travaux de l’administration forestière française, dont elles sont les auxiliaires. Elles refusaient de se soumettre à un pouvoir despotique et ruineux, et elles se sont soumises sans rebuffade à une administration ordonnée et bienveillante.

Leur pays est admirable. Quelque chose comme les Vosges ou l’Auvergne. A une certaine altitude, vers sept cents à huit cents mètres, ce sont les plantes et les oiseaux de France : les fougères, les chèvrefeuilles, les chênes blancs (chênes zeen), les ronces, les roses de Provins et les lis blancs. On y entend chanter les chardonnerets, les pinsons, les linots, les fauvettes, les rossignols, les mésanges, les verdiers, les bouvreuils, comme chez nous. L’illusion serait complète si le lion, la panthère, la hyène et le chacal ne cohabitaient pas avec les oiseaux qui rappellent la France. Il y neige en hiver. L’été, les ruisseaux tombent en cascatelles du haut des rochers couverts de lichens, tout comme dans les montagnes de l’Europe. Le chêne-liège est si abondant et si prospère en Khroumirie, qu’avant cinq ou six ans le démasclage produira chaque année des centaines de mille francs au gouvernement tunisien. On m’assure même que ce produit atteindra annuellement deux millions, d’ici à dix ans. Les fourrages y sont plantureux et le bétail magnifique, alors même que la sécheresse dénude et désole les plaines en certaines années.

M. Massicault a eu l’amabilité de me permettre de l’accompagner dans une excursion qu’il a faite en Khroumirie, vers la frontière algérienne, au milieu du territoire de ces mêmes Ouclitetas qui ont occasionné la campagne de Khroumirie par les actes de brigandage qu’ils ont accomplis sur le territoire algérien, vers Souk-Arrhas.

Je n’oublierai jamais le changement de décor que j’ai vu s’opérer sous mes yeux en moins de deux heures. A Ghardimaou, les plaines de la Medjerda étaient arides et désolées par la sécheresse de 1888, le soleil y était accablant. Après une heure de marche en voiture, nous voyagions déjà au milieu des buissons fleuris ; mais c’étaient des lentisques, des romarins, des thuyas, et autres buissons des zones chaudes. A mesure que nous montions, ces buissons étaient remplacés par ceux des zones tempérées : le chèvrefeuille et les fougères apparaissaient. A la place du croulement des guêpiers et des cris rauques des geais bleus de la plaine, c’étaient des chants sans fin d’oiseaux de France. J’y goûtai là un charme incomparable.

Au début de cet ouvrage, j’ai exposé les raisons diverses qui ont motivé et justifié l’occupation de la Kégence de Tunis par la France. Je dois énumérer, en le terminant, les réformes civilisatrices et les bienfaits dont la France a doté la Tunisie depuis rétablissement du Protectorat.

A vrai dire, le Protectorat français ne fonctionne légalement et régulièrement en Tunisie que depuis le moment où la convention du 8 juin 1883 a été ratifiée par la Chambre des députés et par le Sénat, c’est-à-dire depuis le mois d’avril 1884.

Page 1