CHAPITRE XVIII
En 1884, S. A. le bey Ali, actuellement régnant, a fondé, avec l’assentiment du gouvernement français, le collège qui porte son nom, le collège Alaoui, et qui est une école normale. C’est une des premières créations dues à la direction de l’Enseignement, qui a précédé et facilité la création de nombreuses écoles ouvertes depuis en Tunisie. Le collège Alaoui est dans un site merveilleux, dominant la ville, le lac, le golfe et Carthage. Cette fondation comprend le collège ou école normale et une école primaire annexe.
La population du collège (école normale) se compose de 21 élèves-maîtres, 17 pensionnaires, 22 demi-pensionnaires et 62 externes; ensemble 122 élèves.
L’internat de l’école normale est gratuit aussi bien que celui de l’école annexe, qui compte un grand nombre d’élèves. L’instruction française y est très développée. On y a installé une salle de dessin, une salle de travail du bois, une salle de modelage et une salle d’ajustage. C’est en somme un établissement qui peut marcher de pair avec les établissements analogues d’Europe les mieux dirigés et les mieux tenus.
Une cantine scolaire y a été établie, qui donne, moyennant 3 lcaroubes (12 cent.), un plat chaud aux enfants, à midi. Et c’est réellement un charmant spectacle que celui que présente la marmaille multicolore de l’école primaire, attablée sous un grand hangar. Les élèves de l’école normale ont un réfectoire.
L'école des garçons de l’Alliance israélite compte près de 1,200 élèves, dont 800, appartenant à des familles pauvres, reçoivent gratuitement la nourriture et sont habillés à la fête de Pâques. L’enseignement y est français. L’école des filles à l’Alliance israélite, qui compte 613 élèves, est dirigée par une maîtresse française pourvue de brevets.
Je sortirais du cadre de ce livre si je m’étendais davantage sur les efforts considérables faits sous la direction de M. Machuel, et sous l’impulsion de MM. Cambon et Massicault, résidents généraux. Le gros effort de tous s’est porté du côté de l’instruction, et le résultat est surprenant. Cours d’adultes, cours de dessin, bibliothèques, musées, tout ce qu’il y a d’imaginable dans cet ordre d’idées a été institué à Tunis.
Je dois également mentionner ici renseignement indigène donné en Tunisie dans 971 écoles coraniques ou kouttab, par 979 maîtres à 17,361 élèves musulmans.
Au-dessus des écoles coraniques, il y a une sorte d’enseignement supérieur musulman dont les cours sont professés dans les mosquées ou les medreças.
Le matériel de l’école coranique est des plus rudimentaires : quelques nattes, un petit tapis pour le maître, un vase servant pour le lavage des planchettes à écrire. L’écolier fournit une planchette eu bois poli, une plume en roseau, un encrier... et c’est tout. La rétribution scolaire mensuelle varie de 1 à 5 piastres (0,60 à 3 fr.).
Tunis seule compte 110 écoles coraniques, avec 1,600 élèves environ. Il y avait plus d’élèves dans ces écoles avant la création des écoles françaises et de l’école annexe du collège de Sadiki, qui en ont drainé un grand nombre.
Le budget de l’instruction publique, qui était de 120,000 francs en 1885, s’élève maintenant à 435,522 francs, somme à laquelle il faut ajouter 28,552 francs votés par les municipalités et les dépenses supportées par le collège Sadiki, s’élevant à 169,730 francs, soit un total de 633,804 francs affectés à l’enseignement public en Tunisie. Et c’est, croyez-le, de l’argent bien employé.
Moissonneurs tunisiens.