‹ Tunis et ses environs; texte et dessins d'après natureChapitre 96 sur 124 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

élevés, non moins délabrés : une cour de prison. C’est là que se trouve la porte d’entrée du beau musée d’arcbéologie beylical, le musée Alaoui, dont on doit l’organisation à M. René de La Blaucbère, directeur des Antiquités et des Arts de Tunisie, qui y a accumulé de vrais trésors, en grande partie découverts par lui. On lui doit surtout d’avoir rapporté en bon état l’immense mosaïque de Sousse, la plus graude connue, assurément, découverte par des officiers français, et de l’avoir replacée sans dommage sous la voûte dorée de la grande salle du Seraï. Les sculptures anciennes sont rangées dans une vaste salle à colonnes et à galeries, décorée à Litalienne, par laquelle on accède à la merveille des merveilles, à l’appartement dit des sultanes.

Rien ne peut donner l’idée de la richesse, de la variété, de la délicatesse des sculptures en plâtre qui décorent les murs et les coupoles de la pièce centrale et des quatre cabinets qui l'encadrent.

Ce n’est pas le spécimen d’un art déterminé, c’est une réunion de panneaux, de frises et de pendentifs de tous les styles d'Orient. 11 y a des motifs indiens à côté de motifs arabes ou turcs ; mais tout cela est nieux

Ou dirait l’intérieur d’un palais en dentelles.

Je ne m’attarderai pas ici à des descriptions que les « guides» ont épuisées. 11 n’y a eu réalité, en dehors du beau et riche musée d'archéologie et de l’appartement des sultanes, rien d’artistique au Eardo. Et j’aime mieux passer outre que de me livrer à des critiques trop faciles.

Je le redis encore : les Tunisiens sont bien doués et ont un goût merveilleux pour l'agencement des couleurs et pour le port des vêtements. Ils sont élégants, fins, beaux

gracieux, harmoadmirablement agencé.

Femme arabe nomade.

causeurs. Mais il faut que l’atavisme fasse encore des miracles pour les amener à une appréciation quelconque des beaux-arts tels que nous les concevons, pratiquons et apprécions en Europe. A chacun son lot.

Que dire de l'escalier des lions ?... Rien. Pas davantage de la grande salle de réception dans laquelle se trouve le trône du bey, et oii l’on voit de nombreux portraits de souverains d’Europe, cadeaux princiers. Il y a là un grand déploiement de luxe, mais d’un luxe à côté, où l’or brille sur des velours mangés par les vers, où des lézardes zigzaguent sur tous les murs comme des fleuves de cartes géographiques. Cette salle a plus de cent mètres de long; elle est immense. J’y ai assisté à des réceptions, les jours de grandes fêtes musulmanes, lorsque tous les corps constitués, les corps consulaires et les bourgeois de Tunis viennent saluer Son Altesse.

Le bey se tient alors debout devant le trône. Il porte un uniforme couvert d’or et de pierreries. Une aigrette de diamants brille à sa chéchia. Le ministre résident général, qui représente la France, est à côté de lui en grand uniforme. Autour d’eux sont groupés les princes de la famille beylicale. Les dignitaires, ministres et généraux, sont sur deux rangs, formant, dans le sens de la longueur de la salle, une double haie entre laquelle s’avancent ceux qui viennent saluer et complimenter le prince.

Quelques consuls se conforment encore à nue vieille étiquette diplomatique assez curieuse. En franchissant le seuil de la salle ils saluent, puis ils recommencent le salut chaque fuis qu’ils ont fait une dizaine de pas. Après avoir complimenté le bey, ils s’en retournent à reculons, s’arrêtant et saluant également tous les dix j>as. Ces réceptions ne manquent pas de solennité.

Les jardins du Bardo sont très grands, mais mal entretenus; les herbes folles y étouffent les mandariniers.

A deux cents mètres du Bardo se trouve le palais de Ksar-Saïd.

Le palais de Ksar-Saïd est entouré de jardins magnifiques. Son orangerie est superbe; elle couvre plusieurs hectares et contient des milliers d’arbres aux pommes d’or. Le palais lui-même est en assez bon état, et certains appartements sont bien entretenus.

C’est dans ce palais que le bey Mohammed- es -Sadolc a signé le traité du 12 mai 1881, qui confirme l’occupation de la Tunisie parla France. On remarquera que ce traité, signé à Ksar-Saïd, porte communément le nom de traité du Bardo.

La Manouba est une fort jolie agglomération de palais, de villas et de maisons de plaisance, peu éloignée du Bardo, à neuf kilomètres de Tunis. C’est la première station du chemin de fer de Tunis à Ghardimaou (vers l’Algérie). La Manouba est un charmant but de promenade en voiture ou à cheval. On y peut visiter des jardins d’orangers qui passent pour les plus beaux de la région. Son nom lui vient d’une sainte dont le petit marabout est situé au milieu des jardins. C’est le tombeau Lala-Manouba (Dame Manouba), lieu de pèlerinage pour les musulmans.

L’ancien palais d’été de Hamouda-Pacha, à la Manouba, a été converti par Ahmed- Bey en une caserne de cavalerie qu’occupe aujourd’hui notre 4e régiment de chasseurs d’Afrique. Le grand aqueduc ancien qui conduisait les eaux potables du Zaghouan à

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