Tunisie et Tunisiens
La Tiinisic trnverso évidemment on ce moment une phase d'où elle sortira certainement transformée en une belle Colonie française, ce qui ne fait pas l'ombre d'un doute (1).
Cette belle terre où l'Orient et l'Occident, représentés par Cartilage et par Rome, se sont succédés, où deux races et deux civilisations se sont rencontrées et combattues au Moyen-Age, est aujourd'hui comme leur patrie commune. \\i quel plus beau payÇ que la France, cette fée civilisatrice, pouvait la conquérir T
La Tunisie a beaucoim^ d'attraits, une position sii^j^ahM^de bonnes conditions morales'et^ociales, une population douce.
Pays de plaines et de côtes, elle peut redevenir ce qu'elle était autrefois, une grande puissance maritime et coloniale.
Par de sages réformes, la Tunisie pourra être en quelques années une prospère et splendide colonie française.
Ce serait pour la France une belle province de plus et le moyen d'affirmer que la France n'a rien perdu de ce génie qui au dernier siècle faisait sa gloire et sa richesse.
(ly La Tunisie est dans un état de transition aiguë. Encore officiellement puissance mahométane, elle est en réalité une procince de l'Empire colonial français, ci ceux qui dans le pays ont le titre de maîtres sont des serviteurs.»
(E. Reclus).
l'Hf:KACE
D'nillcurs, coloniser est dans le rùlc de la France civilisatrice.
Au lendemain de ses désastres de 1870-1871, la France, cruellement fraj^pôe, vaincue en Europe, mutilée et démembrée par l'ennemi, fut condamnée à inau^tirenja j)olitique de recueillement, à borner son action à un rôle de |)rudente neutralité. Mais si i)rofondément blessée qu'elle pût être, il restait en elle un trop plein, un surcroît de'richesse et de fortune (jui témoignait de sa grande vitalité. La délaite ne l'avait ni ruinée ni anéantie ; elle n'avait jioint étouffé son génie d'expansion, elle lui avait laissé bien des éléments de puissance. Et puisque son r(Me en Europe était momentanément effacé, ne devait-elle pas faire usage de ces éléments dans les colonies '^
Gomme le remarque avec raison M. Paul Leroy-Beaulieu (l), la politique française, depuis deux siècles, s'est égarée : « Après avoir, vers la fin du xvii'' siècle, dit-il, conquis en Europe des frontières solides , la tâche qui lui incombait, c'était de mettre en; valeur les immenses territoires que nous occupions dans les deux mondes, le CanWffnes rives du Missi--ir>i, la lîouisiane, les Indes. La politique continentale a piusaiu : elle a duré deux cents ans, a laissé notre pays diminué en prestige, rapetissé en territoire; nos colonies ont été la rançon de nos échecs continentaux; nous les avons abandonnées avec une insouciance de prodigue. Rien de frivole comme ce mot de Voltaire sur la perte des « quelques arpents de neige du Canada. » La Louisiane vendue pour quelques millions; Saint-Domingue, la perle des Antilles, nous échappant pour retomber dans une demi-barbarie; notre immense empire des Indes se
(1) La Colonisation chez les peuples modernes, par M. Paul Leroy-Beaulieu, membre de Tlnstitut, professeur au Collège de France.
l'Ill.lA'l. M
rOduisMiit A cirnj «!uin|»tnirs : m sont do (•(•>» c:iila8lroj*|p:^ «jiio l.i |»Iiij»art (l(î nos liisitorioiis montioimoiit d peiini; il soinl)io ({Lio puni- (Miy ro soient rlo^ fnits secondaires ot do miidiocro j)ort(3o. »>
Mst-oo Ae ces pnrolos no sont pus la vdritô mùme? No faulil pns ôtr?compl(>lomont ignorant do l'histoire do la nation fi'an(;.îiiso |)OUr soutenir qu'on France; il n'y a pns d*es[)riL colonial f*
Mais si les l''ran(;ai> n'ont pas l'esprit colonial , s ils sont incapables do (colonisation, ainsi que l'écrivent journellement les fouilles étrang(Nres, comment se fait-il donc qu(3 nous ayons, au siùclo doi'nier, crOé des colonies comme les Indes, comme le (Canada, comme la Louisiane V Nous avions créé une colonie de commerce et d'exploitation dans les Indes; nous avions créé des colonies de peuplement, comme la Louisiane et le Canada. Et bien que nous ayons perdu ces colonies au point de vue matériel , nous ne les avons pas encore tout à fait perdues au point de vue m^»ral.
A la surfacîe, il ne paraît rien rester de nous aux Indes; les lois, les institutions tout y est anglais, mais en réalité, l'administration et le gouvernement de ce grand et aHiTrable pays sont demeurés bien tels que nous les avions établis ; on ne peut réellement soutenir le contraire, et tout le monde sait que les Anglais n'ont fait que suivre les principes et appliquer les traditions de notre grand Dupleix.
Voyez le Canada. Le pavillon britannique couronne ses monuments. Mais les Anglais ont eu beau faire, la population que nous y avions implantée est restée bien française par les idées, les mœurs, le langage. Ne sont-ce pas là des preuves que les Français fureni un peuple très colonisateur et remarquablement doué pour les entreprises de colonisation. La merveilleuse position maritime de la France lui
XII PUÉFACf:
fait une 1<m impérieuse de poursuivre les enti'ej)riscs colonisatrices.
Na|)oléon T'', cet liomme de génie et ce grand patriote, n'avait-il j)as rôvé de faire de la mer Méditerranée un lac français. « F, a France et Tltalie (écrivait en 1883, dSj^la Renie des Deux-Mondes, un de nos premiers marins) ne peuvent avoir pour cliamp d'activité extérieure, en T^urope du moins, que ce vaste bassin de la Méditerranée dont Rome avait fait le centre du monde antique, dont Napoléon P"' avait rôvé de faire un lac français. L'Italie se porte héritière de Rome; la Fi'ance n'a jamais renoncé au rcve de celui qui, un moment, éleva si haut la gloire et la })uissance de son nom.
Et cela est bien vrai.
Prevost-Paradol , écrivait en 1868 : « Puisse-t-il venir bientôt ce jour où nos concitoyens, à l'étroit dans la France africaine, déborderont sur le Maroc et la Tunisie, et fonderont enfin cet empire méditerranéen qui ne sera pas seulement une satisfaction pour notre orgueil, mais qui sera certainement , dans l'état futur du monde , la dernière ressource de notragrandeur. »
Une^HFrtie seulement du beau revc de Prevost-Paradol s'est réalisé; mais que cette partie est belle et bien digne de la France (1).
(1) <( La France, écrit encore M. Paul Leroy-Beaulieu, semble vouloir faire œuvre sérieuse de colonisation en Tunisie. Elle y prétend prendre sa revanche des longs tâtonnements et des échecs coloniaux d'autrefois....
» .... Déjà un grand nombre de capitalistes français ont acheté des terres dans l'ancienne Régence et s'efforcent de les mettre en valeur. La Tunisie a beaucoup d'attraits : une position superbe qui offre un développement de côtes tel qu'en possèdent peu de pays; des golfes nombreux qui pénètrent dans les terres et qui peuvent former des ports excellents de guerre ou de commerce; une étendue de sol fertile dont la proportion à l'ensemble du territoire dépasse de beaucoup celle des autres contrées de l'Afrique du Nord; des montagnes médiocrement élevées qui abritent les vallées et les plaines sans constituer aux voies de communication des obstacles difficilement surmontables; la prédominence des vents du nord qui tempèrent la sécheresse de Tair et fournissent des
PliKl .\<:K Mil
On a fait dos pro(Ji;^os dopuis (|UoIquos années qu(3 h* (lrap(Nni IVan(;nis ahrito ot prot<^KO lo colon européen. Il faut |)îir('()uiir lii j)ros(pi'îlo «le Nobcul, la pinine de Mornay, les cntoaux (lu DjoImîI Uesas , les i)InleQUX de Tchmcba , vr)ir tV)ncti()iin6r les (l(5foncouses à vapeur, les moissonneuses, les machiiœs les plus perfectionnOes et les j>lus puissantes qu'ait crOéos rinduj^tric contemporaine; il faut contempler ces immenses étendues de terre mises en culture, en céréales ou en vignes lu oii, il n'y q que (luchiucs années, se voyaient de maigres broussailles; il faut ('nm[)ter ces jolies fermes éclatantes de blancheur qui, rà et là, jettent une note fraîche et gaie dans le rude paysage tunisien, et l'on sera vraiment émerveillé et ému de tant d'élan , de tant de constance, de tant de foi dans l'avenir !
Le Maroc est un empire qui s'écroule dans la corruption et la décrépitude, parce qu'il n'a pas trouvé une main pour le relever. La Tunisie, au contraire, se relève, brillante et fière, soùs l'action civilisatrice et féconde de la France.
pluies plus régiilicres et plus nombreuses que dans les autres parties tle la Barbarie; le voisinage de notre Algérie, déjà assez avancée é%AA|AAisation, la proximité de la Sicile vi le \i^ltôs qui déversent à Tunis le superïïu de leur population robuste, sobre et laborieuse : voilà, certes, des conditions physiques formelles.
» Les conditions morales et sociales ne le sont pas moins : une race douce, pour la plus grande partie sédentaire, n'ayant aucun goût pour les armes, habituée à la vie des villes et au travail des champs, connaissant et pratiquant comme régime habituel la propriété individuelle; des hautes classes et les classes moyennes déjà affinées par une demi-culture, ayant du penchant pour les choses de l'esprit, se sentant attirées par nos écoles, toutes disposées, sous la réserve des opinions religieuses, à se faire nos disciples
» Comme résultat de toutes ces circonstances heureuses, une paix que rien ne trouble, une sécurité qui n'a guère à envier aux pays les plus policés, une cordialité de rapports entre les nouveaux venus, les dominateurs européens, et la grande masse des habitants : voilà une colonie presque idéale à son début.
» L'histoire si variée de la colonisation n'a pas présenté encore d'origines aussi pures. »
XIV PHRFACK
Il (!st un ci'dé tout spcMM.'il (ju'il faut uussi coiisidOrcr. C'est le côtù <lo riniluenco religieuse. La religion callioliquc a fait de grands progrès en Tunisie dejiuis le j)etit nomi)re d'années où notre |)rotectorat a Uni j)ar s'imposer*.
Un ^rand français, le cardinal Lovigerie (1), s'est montré grand patriote en faisant respecter, vénérer cL aimer à la fois la religion catholique et la France, en faisant comj)rendre aux poj)ulations que la France ne venait pas en conquérante, égoïste, accapareuse, mais qu'elle venait, la croix à la main, |)Our donner û tous les bienfaits de la civilisation chrétienne.
Fl grâce au Cardinal et ù ses collaborateurs, à ces prêtres, à ces missionnaires dévoués, à ces Frères Blancs, à ces Sœurs Blanches, on aura beau dire et beau faire, j'en suis convaincu à présent, la Tunisie restera désormais une terre bien française.
1) Voir le livre: Le Cardinal Lacujerle^ par M. François Bournand, préface YM' Mgr Lesur. (A. Taffin-Lefort, ('.'diteur, à Lille et Paris.)
Franc.1i. bournand
Tunis j 24 Juin 1893.