ACTE I, SCÈNE II
trente ... (à la baronne^ Mon maître donc, après avoir réfléchi, s'abandonne à la rage: il demande ses pistolets.
La Baronne, à Marine. Ses pistolets. Marine ! ses pistolets ! 5
Marine. Il ne se tuera point, madame, il ne se tuera point.
Frontin. Je les lui refuse; aussitôt il tire brusquement son épée.
La Baronne, à Marine. Ah! il s'est blessé, Marine, lo assurément.
Marine. Hé! non, non; Frontin l'en aura empêché.
Frontin. Oui, je me jette sur lui à corps perdu} «Monsieur le chevalier, lui dis-je, qu'allez-vous faire? vous passez les bornes de la douleur du lansquenet. Si 15 votre malheur vous fait haïr le jour, conservez-vous, du r moins, vivez pour votre aimable baronne; elle vous a, ''■ jusqu'ici, tiré généreusement de tous vos embarras; et soyez sûr, ai-je ajouté, seulement pour calmer sa fureur, qu'elle ne vous laissera point dans celui-ci. » ^^ 20
Marine, bas^ a la baro?ine. L'entend-il, le maraud.'' -
Frontin. «Il ne s'agit que de mille écus une fois;| M. Turcaret a bon dos, il portera bien encore cette \ charge-là. »
La Baronne. Eh bien, Frontin? 25
Frontin. Eh bien! Madame, à ces mots, admirez le pouvoir de l'espérance, il s'est laissé désarmer comme un enfant; il s'est couché et s'est endormi.
Marine, ironiquement. Le pauvre chevalier!
Frontin. Mais ce matin, à son réveil, il a senti re- 30 naître ses chagrins; le portrait de la comtesse ne les a point dissipés. Il m'a fait partir sur-le-champ pour
venir ici, et il attend mon retour pour disposer de son sort. Que lui dirai-je, madame?
fLA Baronne. Tu lui diras, Frontin, qu'il peut toujours faire fond sur moi, et que, n'étant point en argent comptant. . .
{^Elle veut tirer son diamant de son doigt pour le lui donner. ) Marine, la retenant. Eh! madame, y songez-vous ? La Baronne, à Frontin^ remettant son diamant. Tu 10 lui diras que je suis touchée de son malheur.
Marine, à Frontin^ ironiquement. Et que je suis, de mon côté, très fâchée de son infortune.
Frontin. Ah! qu'il sera fâché, lui...! {à part.) Maugrebleu de la soubrette!^ i5 La Baronne. Dis-lui bien, Frontin, que je suis sensible à ses peines.
Marine, à Frontin^ ironiquement. Que je sens vivement son affliction, Frontin.
Frontin, à la baronne. C'en est donc fait, madame,
20 vous ne verrez plus M. le chevalier. La honte de ne
pouvoir payer ses dettes va l'écarter de vous pour jamais ;
car rien n*est plus sensible pour un enfant de famille.
Nous allons tout à l'heure prendre la poste. "
La Baronne, bas à Marine. Prendre la poste, Marine. 25 Marine, à la baronne. Ils n'ont pas de quoi la payer. Frontin, à la baronne. Adieu, madame. La Baronne, tirant son diamant de son doigt. Attends, Frontin.
Marine, à Frontin. Non, non; va-t'en vite lui faire 30 réponse.
La Baronne, à Marine. Oh ! je ne puis me résoudre à l'abandonner, (i Frontin^ en lui donnant son diamant.)