‹ TurcaretChapitre 30 sur 95 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

vagances que vous venez de faire sont fondées sur un faux rapport que Marine . . .

M. TuRCARET, interrompant. Un faux rapport! ven- Il trebleu!^ ce n'est point. . . .

La Baronne, interrompant à son tour. Ne jurez pas, 5 monsieur, ne m'interrompez pas; songez que vous êtes de sang-froid.

M. TuRCARET. Je me tais: il faut que je me contraigne.

La Baronne. Savez-vous bien pourquoi je viens de 10 chasser Marine?

M. TuRCARET. Oui, pour avoir pris trop chaudement mes intérêts. ,y

La Baronne. Tout au contraire; c'est à cause qu'elle 'j^ me reprochait sans cesse l'inclination que j'avais pour 15 vous. «Est-il rien de si ridicule, me disait-elle à tous moments, que de voir la veuve d'un colonel songer à un monsieur Turcaret, un homme sans naissance, sans esprit, de la mine la plus basse. . . .»

M. Turcaret. Passons, s'il vous plaît, sur les qua- 20 lités: cette Marine-là est une impudente.

La Baronne. « Pendant que vous pouvez choisir un époux entre vingt personnes de la première qualité ; lorsque vous refusez votre aveu même aux pressantes instances de toute la famille d'un niarquis dont vous êtes 25 adorée, et que vous avez la faiblesse de sacrifier à ce monsieur Turcaret ? »

M. Turcaret. Cela n'est pas possible. ^...y' ^.,

La Baronne. Je ne prétends pas m'en faire un mérite, % \i*^ monsieur. Ce marquis est un jeune seigneur, fort agré- 30 able de sa personne, mais dont les mœurs et la conduite ne me conviennent point. Il vient ici quelquefois avec

mon cousin le chevalier, son ami. J'ai découvert qu'il avait gagné Marine, et c'est pour cela que je l'ai congédiée. Elle a été vous débiter mille impostures pour se venger, et vous êtes assez crédule pour y ajouter foi! , /v*^ 'js Ne deviez-vous pas, dans le moment, faire réflexion que \ \ c'était une jervante passionnée qui vous parlait, et que,

! si j'avais eu quelque chose à me reprocher, je n'aurais pas été assez imprudente pour chasser une fille dont j'avais à craindre l'indiscrétion ? Cette pensée, dites-moi, lo ne se présente-t-elle pas naturellement à l'esprit? M. TuRCARET. J'en demeure d'accord:^ mais. . . "\ La Baronne, V interrompant. Mais, vous avez tort.

^' ' Elle vous a donc dit, entre autres choses, que je n'avais plus ce gros brillant qu'en badinant vous me mîtes l'autre 15 jour au doigt, et que vous me forçâtes d'accepter?

M. TuRCARET. Oh ! oui ; elle m'a juré que vous l'avez donné aujourd'hui au chevalier, qui est, dit-elle, votre parent comme Jean de Vert.^

La Baronne. Et si je vous montrais tout à l'heure 20 ce même diamant, que diriez-vous?

M. TuRCARET. Oh! je dirais, en ce cas-là, que. . . Mais cela ne se peut pas.

^ La Baronne, lui montrant son diamant. Le voilà,

^ monsieur; le reconnaissez-vous? Voyez le fond que l'on

5 25 doit faire sur le rapport de certains valets. I I M. TuRCARET. Ah ! que cette Marine-là est une grande

c scélérate! Je reconnais sa friponnerie et mon injustice; pardonnez-moi, madame, d'avoir soupçonné votre bonne foi.

30 La Baronne. Non, vos fureurs ne sont point exc" sables: allez, vous êtes indigne de pardon. M. Turcaret. Je l'avoue.

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