ACTE III, SCÈNE V
diamant est à vous à l'heure qu'il est, selon nos conventions; j'ai laissé passer le terme. ^
La Baronne. Expliquez-moi tous deux cette énigme.
M. Turcaret. Il n'y a point d'énigme là-dedans, madame; je ne sais ce que c'est. 5
Le Marquis, à la baronne. Il a raison, cela est fort clair; il n'y a point d'énigme. J'eus besoin d'argent il y a quinze mois; j'avais un brillant de cinq cents louis: on m'adressa à M. Turcaret ; M. Turcaret me renvoya à un de ses commis, à un certain M. Ra — Ra — Rafle: c'est 10 celui qui tient son bureau d'usure. Cet honnête M. Rafle me prêta sur ma bague onze cent trente-deux livres six sous huit deniers; il me prescrivit un temps pour la retirer. Je ne suis pas fort exact, moi; le temps est passé, mon diamant est perdu. 15
M. Turcaret. Monsieur le marquis, monsieur le . marquis, ne me confondez point avec M. Rafle, je vous] ' i^ » prie. C'est un fripon que i'ai chassé de chez moi: s'il a U fait quelque mauvaise manœuvre, vous avez la voie de la •'^ ^' justice. Je ne sais ce que c'est que votre brillant, je ne l'ai jamais vu ni manié.
Le Marquis. lime venait de ma tante; c'était un des plus beaux brillants; il était d'une netteté, d'une forme, d'une grosseur à peu près comme . . . (^Regardant le diamant de la baronne.) Eh! ... le voilà, madame! 25 Vous vous en êtes accommodée avec M. Turcaret, apparemment ? ^^ -.. « -
La Baronne. Autre méprise, monsieur; je l'ai acheté, '^'^■ assez cher même, d'une revendeuse à la toilette.^
Le Marquis. Cela vient de lui, madame; il a des 30 revendeuses à sa disposition, et, à ce qu'on dit, même da'ns sa famiHe.
M. TuRCARET. Monsieur, monsieur!
La Baronne, au marquis. Vous êtes insultant, monsieur le marquis.
Le Marquis. Non, madame, mon dessein n'est pas S d'insulter: je suis trop serviteur de M. Turcaret, quoiqu'il me traite durement. Nous avons eu autrefois ensemble un petit commerce d'amitié; il était laquais de mqn^rand-père^jljne 2ortait sur ses bras. Nous jouions tous les jours ensemble; nous ne nous quittions 10 presque point: le petit ingrat ne s'en souvient plus.
M. Turcaret. Je me souviens, je me souviens. Le passé est passé, je ne songe qu'au présent.
La Baronne. De grâce, monsieur le marquis, changeons de discours. Vous cherchez M. le chevalier.? 15 Le Marquis. Je le cherche partout, madame, aux spectacles, au cabaret, au bal, au lansquenet; je ne le
I trouve nulle part. Ce coquin-là se débauche ; il devient libertin.
La.sBaronne. Je lui en ferai des reproches. 20 Le Marquis. Je vous en prie. Pour moi, je ne 1/ change point; je mène une vie réglée, je suis toujours à table; j'ai du crédit chez Fite et chez Larmorlière^ parce que l'on sait que je dois bientôt hériter d'une vieille tante, et que l'on me^ voit une disposition plus que pro- 25 chaîne à manger sa succession.
La Baronne. Vous n'êtes pas une mauvaise pratique pour les traiteurs.
Le Marquis. Non, madame, ni pour les traitants ;
n'est ce pas, monsieur Turcaret? Ma tante pourtant
30 veut que je me corrige: et, pour lui faire accroire qu'il
y a déjà du changement dans ma conduite, je vais la
voir dans l'état ou je suis. Elle sera tout étonnée de