‹ TurcaretChapitre 8 sur 95 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

établi chez vous, qu'il dispose de votre bourse comme de la sienne.

La Baronne. Il est vrai que j'ai été sensible aux premiers soins du chevalier. J'aurais dû, je l'avoue, l'éprouver avant que de lui découvrir mes sentiments ; s et je conviendrai de bonne foi que tu as peut-être raison de me reprocher tout ce que je fais pour lui.

Marine. Assurément, et je ne cesserai point de vous tourmenter que vous ne l'ayez chassé de chez j vous; car enfin, si cela continue, savez-vous ce qui en lo arrivera ?

La Baronne. Hé ! quoi ?

Marine. Que M. Turcaret saura que vous voulez conserver le chevalier pour ami ; et il ne croit pas, lui, qu'il soit permis d'avoir des amis. Il cessera de vous 15 faire des présents, il ne vous épousera point; et si vous êtes réduite à épouser le chevalier, ce sera un fort mauvais mariage pour l'un et pour l'autre.

La Baronne. Tes réflexions sont judicieuses. Marine; je veux songer à en profiter. 20

Marine. Vous ferez bien ; il faut prévoir l'avenir. 1. Envisagez dès à présent un établissement solide ; profitez l ' des prodigalités de M. Turcaret, en attendant qu'il vous épouse. S'il y manque, à la vérité on en parlera un peu « 'm^^'^ dans le monde; mais vous aurez, pour vous en dédom'-J25 mager, de bons effets, de l'argent comptant, des bijoux, de bons billets au porteur,^ des contrats de rente ;^ et vous trouverez alors quelque gentilhomme capricieux ou malaisé, qui réhabilitera votre réputation par un bon mariage.

La Baronne. Je cède à tes raisons, Marine; je veux 30 me détacher du chevalier, avec qui je sens bien que je me ruinerais à la fin.

Marine. Vous commencez à entendre raison. C'est là le bon parti. Il faut s'attacher à M. Turcaret, pour Pépouser ou pour le ruiner. Vous tirerez du moins, des débris de sa fortune, de quoi vous mettre en équipage,

5 de quoi soutenir dans le monde une figure brillante ; et, quoi que l'on puisse dire, vous lasserez les caquets, vous fatiguerez la médisance, et l'on s'accoutumera insensiblement à vous confondre avec les femmes de qualité. La Baronne. Ma résolution est prise ; je veux bannir

lo de mon cœur le chevalier ; c'en est fait,^ je ne prends plus de part à sa fortune, je ne réparerai plus ses pertes, il ne recevra plus rien de moi.

Marine. Son valet vient, faites-lui un accueil glacé : commencez par là le grand ouvrage que vous méditez.

15 La Baronne. Laisse-moi faire.

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