‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 10 sur 107 · ACTE I, SCENE II i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II i

matin, envoyé son portrait , nous ne savons pas seulement son nom.

Je vais parier que cette comtesse-là est une dame normande. Toute sa famille bourgeoise se cotise pour lui faire tenir à Paris une petite pension, que les caprices du jeu augmentent ou diminuent.

Frontin.

C’est ce que nous ignorons.

Marine.

Ho ! que non ! vous ne l’ignorés pas. Peste ! vous n’étes pas gens à faire sottement des sacrifices! vous en connoissés bien le prix.

Frontin.

Sçavés-vous bien, madame, que cette dernière nuit a pensé être une nuit éternelle pour M. le chevalier? En arrivant au logis, il se jette dans un fauteuil; il commence par se rappeler les plus malheureux coups du jeu, assaisonnant ses réflexions d’épithetes et d’apostrophes énergiques.

La Barone, regardant U portrait.

Tu as vu cette comtesse, Frontin; n’est-elle pas plus belle que son portrait ?

Frontin.

Non, madame; et ce n’est pas, comme vous

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yoyés, une beauté régulière; mais elle est assés piquante, ma foy, elle est assés piquante. Or, je voulus d’abord représenter à mon maître que tous ses juremens étoient des paroles perdues; mais, considérant que cela soulage un joueur désespéré, je le laissay s’égayer dans ses apostrophes.

La Barone, regardant toujours le portrait.

Quel âge a-t-elle, Frontin?

Frontin.

C’est ce que je ne sais pas trop bien; car elle a le teint si beau, que je pourrois m’y tromper d’une bonne vingtaine d’années.

Marine.

C’est-à-dire qu’elle a pour le moins cinquante ans.

Frontin.

Je le croirois bien, car elle en paroît trente. Mon maître donc, après avoir bien réfléchi, s’abandonne à la rage : il demande ses pistolets.

La Barone.

Ses pistolets. Marine ! ses pistolets !

Marine.

Il ne se tuera point, madame, il ne se tuera point.

Frontin.

Je les lui refuse; aussitôt il tire brusquement son épée.

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