‹ Turcaret comédie en cinq actes Le SageChapitre 21 sur 107 · ACTE I, SCENE VII Si · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VII Si

connoissance ; sans vous, j’aurois violé la foy des joueurs : ma parole perdoit tout son crédit, et je tombois dans le mépris des honnêtes gens.

La Barone.

Je suis bien aise, chevalier, de vous avoir fait ce plaisir.

Le Chevalier.

Ah I qu’il est doux de voir sauver son honneur par l’objet même de son amour !

Marine, bas.

Qu’il est tendre et passionné ! Le moyen de lui refuser quelque chose !

Le Chevalier.

Bonjour, Marine. Madame, j’ay aussy quelques grâces à lui rendre ; Frontin m’a dit qu’elle s’est intéressée à ma douleur.

Marine.

Hé ! oui, merci de ma vie ! je m’y suis intéressée : elle nous coûte assés pour cela.

La Barone, à Marine.

Taisés-vous, Marine; vous avés des vivacités qui ne me plaisent pas.

Le Chevalier.

Hé! madame, laissé$-la parler ; j’aime les gens francs et sincères.

Marine.

Et moy, je hais ceux qui ne le sont pas.

Le Chevalier.

Elle est toute spirituelle dans ses mauvaises humeurs ; elle a des reparties brillantes qui m’enlevent. Marine, au moins, j’ay pour vous ce qui < s’appelle une véritable amitié ; et je veux vous en donner des marques. [Il fait semblant de fouiller dans ses poches.) Frontin, la première fois que je gagneray, fais m’en ressouvenir.

Frontin.

C’est de l’argent comptant.

Marine.

J’ay bien affaire de son argent! Hé! qu’il ne vienne pas ici piller le nôtre.

La Barone.

Prenés garde à ce que vous dites. Marine.

Marine.

C’est voler au coin d’un bois.

La Barons.

Vous perdés le respect.

Le Chevalier.

Ne prenés point la chose sérieusement.

Je ne puis me contraindre, madame; je ne puis voir tranquillement que vous soyés la dupe de monsieur, et que M. Turcaret soit la vôtre.

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