ACTE III, SCENE VII
a deux mois, deux mille francs pour une direction que vous lui avés fait avoir à Vale...
M. Turcaret.
Hé bien?
M. Rafle,
Il lui est arrivé un malheur.
M. Turcaret.
Quoy?
M. Rafle.
On a surpris sa bonne foy, on luy a volé quinze mille francs. Dans le fond, il est trop bon.
M. Turcaret.
Trop bon, trop bon! Hé ! pourquoy diable s’est-il donc mis dans les affaires ? Trop bon, trop boni
M. Rafle.
Il m’a écrit une lettre fort touchante , par laquelle il vous prie d’avoir pitié de lui,
M. Turcaret.
Papier perdu, lettre inutile.
• M. Rafle.
Et de faire en sorte qu’il ne soit point révoqué.
M. Turcaret.
Je feray plutôt en sorte qu’il le soit : l’emploi me reviendra, je le donneray à un autre pour le même prix.
M. Rafle.
C’est ce que j’ay pensé comme vous.
M. Turcaret.
J’agirois contre mes intérêts; je mériterois d’étre cassé à la tête de la compagnie.
M. Rafle.
Je ne suis pas plus sensible que vous aux plaintes des sots... Je lui ay déjà fait réponse, et lui ay mandé tout net qu’il ne devoit point compter sur vous.
M. Turcaret.
Non, parbleu !
M. Rafle, regardant dans son bordereau.
Voulés-vous prendre au denier quatorze cinq mille francs qu’un honnête serrurier de ma connoissance a amassés par son travail et par ses épargnes ?
M. Turcaret.
Oui, oui, cela est bon : je lui feray ce plaisirlà. Allés me le chercher. Je seray au logis dans un quart d’heure; qu’il apporte l’espece. Allés, allés.
M. Rafle, s'en allant, et revenant.
J’oubliois la principale affaire ; je ne l’ay pas mise sur mon agenda.
M. Turcaret.
Qu’est-ce que c’est que cette principale affaire ?